Tchatter sur Msn en simulant la réalisation d'un dossier essentiel, vérifier sa sexyness sur Facebook plutôt que la comptabilité de la société, prendre une pause nicotine alors qu'on ne fume pas, en résumé, prétendre qu'on est débordé alors qu'on n'en fiche pas une, cette attitude de flemmard a (enfin) un nom : le bore-out. Grâce à deux chercheurs suisses, Philippe Rothlin et Peter R. Werder. Suite à une étude réalisée sur 10 000 employés (1) et à de nombreux entretiens individuels, ils se sont aperçus que 15 % des salariés s'ennuyaient à mourir sur leur lieu de travail ! Rien de neuf sous les statistiques. Les blagues sur les fonctionnaires datent autant que celles sur les blondes. En revanche, le fait de diagnostiquer cette " paresse " comme une véritable crise pourrait changer la donne. Parce que le bore-out peut, à terme, mener au même résultat que le burn-out : la dépression. D'ailleurs, une partie des symptômes sont identiques : irritabilité, épuisement émotionnel, présentéisme, production en baisse, et perte d'intérêt pour son travail. " On sait qu'une surcharge comme une sous-charge de travail affecte psychiquement les gens. Selon la pyramide de Maslow, l'homme a besoin de reconnaissance, d'estime et de stimulations. Un travail qui exclut ces critères peut être destructeur pour le mental. À tel point que la législation belge reconnaît l'absence de travail comme une violence morale ", note le Dr Philippe Corten, neuropsychiatre, directeur de la Clinique du stress (CHU Brugmann, à Bruxelles) et professeur à l'Institut du Travail à l'ULB.
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Tchatter sur Msn en simulant la réalisation d'un dossier essentiel, vérifier sa sexyness sur Facebook plutôt que la comptabilité de la société, prendre une pause nicotine alors qu'on ne fume pas, en résumé, prétendre qu'on est débordé alors qu'on n'en fiche pas une, cette attitude de flemmard a (enfin) un nom : le bore-out. Grâce à deux chercheurs suisses, Philippe Rothlin et Peter R. Werder. Suite à une étude réalisée sur 10 000 employés (1) et à de nombreux entretiens individuels, ils se sont aperçus que 15 % des salariés s'ennuyaient à mourir sur leur lieu de travail ! Rien de neuf sous les statistiques. Les blagues sur les fonctionnaires datent autant que celles sur les blondes. En revanche, le fait de diagnostiquer cette " paresse " comme une véritable crise pourrait changer la donne. Parce que le bore-out peut, à terme, mener au même résultat que le burn-out : la dépression. D'ailleurs, une partie des symptômes sont identiques : irritabilité, épuisement émotionnel, présentéisme, production en baisse, et perte d'intérêt pour son travail. " On sait qu'une surcharge comme une sous-charge de travail affecte psychiquement les gens. Selon la pyramide de Maslow, l'homme a besoin de reconnaissance, d'estime et de stimulations. Un travail qui exclut ces critères peut être destructeur pour le mental. À tel point que la législation belge reconnaît l'absence de travail comme une violence morale ", note le Dr Philippe Corten, neuropsychiatre, directeur de la Clinique du stress (CHU Brugmann, à Bruxelles) et professeur à l'Institut du Travail à l'ULB. Parmi les 100 000 façons de tuer un homme, "la meilleure est de le payer à ne rien faire " chantait déjà le poète québécois Félix Leclerc. Il n'empêche. Pour les employés qui frisent le burn-out, être payé pour passer son temps à jouer à des jeux en ligne ou à regarder des vidéos sur YouTube semble un rêve inavouable. Difficile pour eux de plaindre leurs collègues apathiques. Or, le bore-out ne concerne pas les vrais paresseux mais, au contraire, des personnes compétentes et laborieuses... Totalement démotivées par l'absence de défis ! " Au bout d'un certain temps, les gens souffrent de cette situation. Parce que nous sommes dans une société qui valorise le travail et le stress. La preuve avec le burn-out : si on était gêné d'avouer une dépression, on est presque fier de déclarer un burn-out, explique Philippe Rothlin, coauteur de Diagnose Boreout. Nous sommes également plus formés et plus compétents. Il est logique qu'on ait envie de mettre en pratique cet apprentissage sur le lieu de travail. Dès lors, si on ne nous motive pas avec des défis à relever, on se sent rapidement dévalorisé, on ressent l'absence de reconnaissance, et on finit pas se demander si on est à la bonne place. Un sentiment que personne n'aime ressentir. Cela mène au mécontentement, même si on reçoit son salaire en fin de mois... " Pas simple non plus, une fois qu'on est dans la spirale, de trouver mille et une astuces pour ne pas bosser plus. La stratégie de l' " italian jacket " (laisser sa veste sur le dos de sa chaise, une tasse de café à côté de son ordinateur allumé pour donner l'illusion qu'on est quelque part dans la maison, alors qu'en réalité on profite d'une heure de liberté) ne fonctionne pas indéfiniment. S'ajoute à cela l'angoisse d'être percé à jour, et de risquer un licenciement. Les auteurs de l'ouvrage Diagnose Boreout proposent deux solutions à l'employé " bore-outé " : en parler à son boss pour trouver une nouvelle procédure de travail ou, plus radical, changer de job. Selon le Dr Patrick Mesters, consultant en entreprise, directeur de l'European Institute for Intervention and Research on Burn Out (2) et neuropsychiatre, les deux procédés peuvent être périlleux si les approches pour y remédier n'ont pas été mûrement réfléchies au préalable : " Parler à son supérieur est parfois risqué. Si celui-ci n'est pas sensible à l'aspect humain, il ne sera probablement pas prêt à revoir sa gestion du potentiel humain. Il va prendre une gifle, et sera fermé à toute négociation. Si cela se passe mal, l'organisation, en entier, pourra se focaliser sur cette personne qui se plaint ! Histoire de cacher encore un peu les soucis sous-jacents, et plus profonds, de la société. Quant à la démission, elle aussi, est un pari risqué. Parce que l'individu atteint de bore-out a un profil particulier. C'est lui qui a choisi ce mode de fonctionnement comme stratégie de survie. S'il n'apprend pas une nouvelle façon de réagir, il risque de reproduire exactement la même situation ailleurs. " Alors, finalement, à qui la faute : à l'employé, au patron ou à l'entreprise ? Pour Patrick Mesters, tous sont responsables. Selon lui, il faut voir le bore-out comme une opportunité de se pencher sur la culture de management de l'entreprise. " Lors d'un changement de stratégie économique, il peut y avoir des dysfonctions dans l'entreprise. Le phénomène est normal, et lié au passage quasi obligé de l'entreprise au travers de zones de turbulences liées à l'incertitude. Cependant, si, pour différentes raisons, le management vacille et n'est pas à même de garder le gouvernail en main, cela peut créer des tensions et des conflits de valeurs. Si en plus, la " job description " est vague, qu'il faut faire plus avec moins, et qu'on différencie mal sphère privée et professionnelle, on risque d'aller droit dans le mur. " Alors comment créer des conditions pour nourrir l'enthousiasme humain sans le décourager ou l'épuiser ? " L'idéal est de créer une culture d'entreprise misant sur l'intelligence collective au long cours basée sur un management durable qui puisse faire face aux changements économiques perpétuels. " Dans l'équation du succès d'une société, le bien-être des employés n'est plus une donnée à négliger. D'autant plus qu'on sait que des conditions de travail optimales ne remplacent jamais à elles seules la présence d'un management cohérent et juste, surtout en périodes d'incertitude. Le bore-out est donc une main tendue vers l'entreprise pour mettre en place des stratégies de gestion des ressources humaines qui encouragent " une pédagogie de l'aide à la réussite collective " et non limitée à la seule compétition. Dernièrement, l'enquête sur la satisfaction du personnel en Belgique (3) confirme la tendance : ce n'est pas le salaire qui est considéré comme le critère le plus important par les employés, mais la politique de changement de l'entreprise. À savoir : l'information, le suivi et l'accompagnement en cas de bouleversement. Suivi de peu par la manière dont ils se sentent concernés par leur organisation, mais également le contenu de leur fonction et enfin la qualité du management. Pour trouver une solution au bore-out, l'entreprise doit donc avant tout être sensibilisée aux interactions humaines et développer une structure adéquate. Patrick Mesters propose un premier pas facile à réaliser : " Pourquoi ne pas ajouter dans la grille d'évaluation des cadres des critères de leadership ? Afin de choisir ceux qui ont la capacité de générer de l'enthousiasme, d'accompagner leur équipe et de créer des relations professionnelles porteuses. " Et si c'est le travail lui-même qui est rébarbatif, répétitif et donc terriblement ennuyeux ? " Il faut stimuler le mental, réplique Philippe Corten. Le cas des contrôleurs de centrales nucléaires est intéressant. Ces personnes doivent surveiller une aiguille dans un cadran à longueur de journée. Celle-ci peut rester immobile pendant des années, mais s'ils sont distraits pendant quelques instants, ils risquent Tchernobyl ! Rien de plus pénible que de surveiller quelque chose qui ne change jamais. D'où l'idée de leur confier des check-list à remplir régulièrement. Elles ne servent à rien... Sauf à garder leur esprit en éveil. " À chacun de faire un pas vers l'autre. L'employé a tout intérêt à trouver du soutien auprès d'un thérapeute ou d'un coach professionnel, et l'entreprise de se tourner vers des modes de management qui respectent sens, valeurs, respect et qui s'y tiennent farouchement lors des crises. Un argument supplémentaire pour motiver les directeurs d'entreprise à prendre ce phénomène de société en compte ? Le bore-out coûte de l'argent. Difficile aujourd'hui d'estimer le dommage financier pour les entreprises belges, mais celui pour les sociétés américaines est estimé à 517 billions d'euros par an. À méditer... (1) Réalisée par Dan Malachowski pour AOL/Salary. com. (2) Et coauteur du livre Vaincre l'épuisement professionnel, chez Robert Laffont, 2007. (3) Réalisée par Securex en 2007. Internet : www.securex.be Valentine Van Gestel