L'actrice, couronnée de deux César, dénonce les faits dans une longue interview au site d'investigations Mediapart. Elle dit avoir été harcelée sexuellement par le réalisateur français durant trois ans, notamment lors du tournage du film "Les Diables", en 2001.

C'était son premier film. Adèle Haenel était alors âgée entre 12 et 15 ans, Christophe Ruggia en avait entre 36 et 39 ans. Les faits - présumés répétés - se seraient déroulés soit au domicile du réalisateur ou lors de festivals pendant la promotion du long-métrage.

Il "m'embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine", détaille l'actrice désormais âgée de 30 ans. "Je ne bougeais pas, il m'en voulait de ne pas consentir (¿) Je suis vraiment en colère. Je veux raconter un abus malheureusement banal et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible", confie encore l'actrice, qui ne souhaite toutefois pas porter plainte. Elle met en cause la justice qui "condamne si peu les agresseurs" et "un viol sur cent".

Mediapart a enquêté pendant sept mois sur ces accusations et a interrogé une trentaine de personnes, dont la régisseuse générale du film, Laëtitia. "Les rapports qu'entretenait Christophe avec Adèle n'étaient pas normaux. On avait l'impression que c'était sa fiancée. On n'avait quasiment pas le droit de l'approcher ou de parler avec elle, parce qu'il voulait qu'elle reste dans son rôle en permanence. Lui seul avait le droit d'être vraiment en contact avec elle. On était très mal à l'aise dans l'équipe", confie Laëtitia.

Malgré le mouvement #MeToo, Adèle Haenel n'a pas pris la parole tout de suite. "Je ne savais pas comment en parler, et le fait que cela se rapproche d'une affaire de pédophilie rendait la chose plus compliquée qu'une affaire de harcèlement", justifie aujourd'hui l'actrice.

C'est finalement le documentaire sur Michael Jackson et les accusations de pédophilie à son encontre qui a décidé la jeune femme a briser le silence. De son côté, Christophe Ruggia a refusé de répondre aux questions de Mediapart. Il a réagi par l'intermédiaire de ses avocats. Il réfute "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchement sur cette jeune fille alors mineure".

Christophe Ruggia radié de La Société des réalisateurs de films (SRF)

"Suite à l'enquête parue dans Médiapart, la SRF exprime son soutien total, son admiration et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel, qui a eu le courage de s'exprimer après tant d'années de silence. Nous tenons à lui dire que nous la croyons et que nous en prenons acte immédiatement, sans nous dérober à notre propre responsabilité", a indiqué la SRF dans un communiqué. "Nous avons lancé ce jour la procédure de radiation de Christophe Ruggia de la SRF", ajoute cette association professionnelle de cinéastes, qui compte quelque 300 adhérents.

Christophe Ruggia, 54 ans, réalisateur des films "Le Gone du Chaâba" ou "Les Diables", en a été plusieurs fois le co-président ou vice-président entre 2003 et 2019.

"Suite à l'enquête parue dans Médiapart, la SRF exprime son soutien total, son admiration et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel, qui a eu le courage de s'exprimer après tant d'années de silence. Nous tenons à lui dire que nous la croyons et que nous en prenons acte immédiatement, sans nous dérober à notre propre responsabilité", a indiqué la SRF dans un communiqué.

"Nous avons lancé ce jour la procédure de radiation de Christophe Ruggia de la SRF", ajoute cette association professionnelle de cinéastes, qui compte quelque 300 adhérents.

Christophe Ruggia, 54 ans, réalisateur des films "Le Gone du Chaâba" ou "Les Diables", en a été plusieurs fois le co-président ou vice-président entre 2003 et 2019.

Je suis encore plus choquée par le fait qu'il dise qu'il m'a "découverte", parce qu'en fait, il m'a surtout détruite

"Qu'il y ait une emprise involontaire de l'adulte, metteur en scène, c'est probable", mais Christophe Ruggia " nie catégoriquement les attouchements et le harcèlement sexuel", a réaffirmé à l'AFP lundi son avocat Jean-Pierre Versini.

"Je suis choquée qu'il démente", a déclaré Adèle Haenel lundi soir dans une émission en direct diffusée par le site de Médiapart. "Je suis encore plus choquée par le fait qu'il dise qu'il m'a "découverte", parce qu'en fait, il m'a surtout détruite", a-t-elle ajouté.

"Ça fait 17 ans, c'est un cheminement ultra long", a-t-elle encore dit. "Le monde a changé. Et c'est pour ça aussi en fait que je parle, parce que je dois le fait de pouvoir parler à toutes celles qui ont parlé dans le cadre des affaires #MeToo et qui m'ont fait changer de perspective sur ce que j'avais vécu. Et du coup je voudrais contribuer à ça".