L'actrice de 30 ans, récompensée par deux César, s'est rendue mardi après-midi à Nanterre, près de Paris, pour y être entendue dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet de Paris sur les faits qu'elle reproche au réalisateur. En fin d'après-midi, alors que l'audition était toujours en cours, ses avocats ont annoncé qu'elle avait décidé de porter plainte contre M. Ruggia avec qui elle a tourné, à l'âge de 13 ans, son premier film, "Les Diables".

Dans une enquête publiée début novembre par le site d'information continue Mediapart, l'actrice a dénoncé "l'emprise" que Christophe Ruggia aurait exercée sur elle pendant la préparation et le tournage du film, puis un "harcèlement sexuel permanent", des "attouchements" répétés et des "baisers forcés dans le cou", qui auraient eu lieu chez lui et lors de plusieurs festivals internationaux, le tout alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans.

Cette dénonciation a provoqué un séisme dans le milieu du cinéma français, jusque-là resté assez imperméable au mouvement #Metoo. Quelques jours plus tard, de nouvelles accusations de viol par une photographe française contre le célèbre réalisateur franco-polonais Roman Polanski ébranlaient encore le milieu du cinéma.

Adèle Haenel n'avait jusqu'à présent pas déposé de plainte, regrettant qu'il y ait "si peu" de condamnations dans ce type d'affaire et dénonçant "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire".

Malgré l'absence de plainte, le parquet de Paris a ouvert quelques jours après la publication de l'enquête de Mediapart et de sa propre initiative une enquête pour "agressions sexuelles" sur mineure de moins de 15 ans "par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel".

"Désormais sollicitée par le service d'enquête, Adèle Haenel s'engage activement dans cette procédure, considérant qu'il est de sa responsabilité de justiciable comme de personnalité publique d'y prendre part, au regard de la gravité des faits dénoncés et des conséquences pour chacun", ont expliqué Me Anouck Michelin et Me Yann Le Bras dans leur communiqué.

Ce sont, par ailleurs, "les dénégations publiques" de Christophe Ruggia qui l'"ont déterminée à obtenir judiciairement la reconnaissance de son statut de victime", ont expliqué ses avocats. "En coopérant pleinement à l'enquête, elle entend faire lever tout doute qui confinerait à accorder une impunité".

Début novembre, Christophe Ruggia, qui a été radié par la Société des réalisateurs de films, avait nié toute agression envers Adèle Haenel, mais dit un peu plus tard avoir "commis l'erreur de jouer les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu'une telle posture suscite".

Au-delà de son cas personnel, Adèle Haenel "espère que cette affaire participera au développement d'un système judiciaire plus apte à accompagner (les femmes) dignement et à recevoir leurs récits sur des faits difficiles à dénoncer et à faire juger", concluent ses avocats.