...

Son parcours n'a rien de rectiligne. Ce sont les aléas qui le dessinent. Pour preuve : c'est par hasard, et par intérim, que Valérie Bach s'est immiscée dans le monde de l'art. L'Arcachonnaise a alors 25 ans. Sa connaissance des langues - anglais, allemand, russe - retient l'attention du galeriste parisien Baudoin Lebon. Elle se passionne pour cet univers qu'elle ne connaît pas, se composant un panthéon hétéroclite. Après sept années fructueuses, elle se voit contrainte de réorienter sa carrière et reprend des études de commerce qu'elle termine " major de promo ". Comme le laissent entrevoir son regard déterminé et sa façon de se mouvoir drapée dans la confiance, elle appartient bien à l'espèce " force qui va " louée par Hugo. " Je suis incapable de dilettantisme ", confie-t-elle. Gestion d'établissements médicaux mais également, " à la grande époque des start-up ", création d'un site en forme de centrale d'achats pour répondre à la problématique des patients en état de dépendance, rien n'arrête l'intéressée qui s'investit à fond dans les projets. En 2006, elle suit son mari en Belgique. Entrepreneur à succès, Philippe Austruy est à la tête du Groupe SIS, un holding familial actif dans les soins et les services à la personne. Partie de France sans perspective professionnelle, Valérie Bach ne se pose pas longtemps la question d'une éventuelle occupation. " Au rez-de-chaussée de la maison que l'on avait décidé de louer se trouvait une galerie vide. L'art se rappelait à moi. " Sans réseau aucun - " je ne connaissais qu'une personne à Bruxelles " - et mobilisée par l'arrivée de Lou, leur fille, elle se trouve devant une page blanche. Depuis la rue Ernest Allard, l'apprentie galeriste va " se remettre dans le bain ", consciente qu'il faut " au moins dix à quinze ans pour percer ", créant des contacts et exerçant son oeil à travers sa soif de voyages qu'elle attribue à son côté Verseau. Six ans plus tard, la galerie passe à la vitesse supérieure en intégrant un bâtiment néo-classique classé, acquis par le couple en 2007. Doté d'une superficie de 3000 m2, qui prendra toute son ampleur trois ans plus tard à la faveur de l'inauguration de La Patinoire royale, voici l'un des plus grands espaces privés dédiés à l'art moderne et contemporain d'Europe. Là aussi, la bonne fortune s'en est mêlée car " c'est en discutant dans le Thalys avec un copain " que la Française a eu vent de cette opportunité. " Galerie Valérie Bach " et " Patinoire royale ", pourquoi deux pans distincts ? " Au départ, on s'est laissé guider par le nom, tellement beau, de Patinoire royale, qui nous inspirait une programmation plus particulière, plus historique... mais à l'arrivée, on s'aperçoit qu'aujourd'hui, on y fait un vrai travail de galerie et que l'endroit ressemble en réalité à un grand lieu dédié à l'art, dans lequel trois expositions peuvent être mises sur pied en même temps. Cela déroute d'ailleurs le public qui est surpris de ne rien avoir à payer pour des propositions qui s'apparentent à celles d'un musée ", explique celle dont l'accent du Sud-Ouest se rappelle discrètement le temps d'un " o " fermé - " jaune ", " rose " - charmant pour une oreille d'ici.Hypercommunicante, affûtée dans les négociations et redoutablement efficiente, Valérie Bach possède également cette faculté de profiter, un don " provincial " selon elle, qui lui permet de savourer le présent. Goûter la qualité d'une programmation qu'elle décide en toute liberté, traquer les plasticiens capables d'habiter la magistrale nef de son " paquebot ", prendre plaisir à " laisser mûrir " en elle les artistes à travers la fréquentation intensive de leurs accrochages, apprécier le soutien du public massivement présent à chaque événement et surtout... " continuer à faire bien ". Une vraie vie de galeriste épanouie.