"Elle est décédée", a indiqué à l'AFP Laurence Cina-Marro, confirmant une information de la radio France Bleu Azur. Mme Augier allait avoir 96 ans le 27 mars.

Placée sous tutelle en 2013 pour la protéger des sollicitations - elle est sans descendants - Mme Augier vivait dans un vaste appartement aménagé dans un étage de l'établissement cinq étoiles dont elle avait contribué à faire la renommée.

Revenu aux bénéfices alors qu'il tournait à perte en 2011, selon la direction, le Negresco est le dernier palace familial du pays resté français, doté du label "entreprise du patrimoine vivant" valorisant le savoir-faire français.

Mme Augier était contrainte de se déplacer en chaise roulante et souffrait de pertes de mémoire qui l'empêchaient de gérer efficacement l'hôtel, placé sous administration judiciaire depuis 2013 après plusieurs décennies d'une direction à l'ancienne, mêlant autoritarisme et paternalisme.

Avec sa façade Belle Epoque et sa coupole rose, Le Negresco, dont elle avait héritée de son père en 1957, est l'un des symboles de la Promenade des Anglais, parfois surnommée la Tour Eiffel de Nice. Véritable hôtel-musée, il abrite 124 chambres et suites au mobilier éclectique.

Des meubles Empire côtoient des fauteuils années 70 à la coque plastique, des tableaux de coqs gaulois ou une "Grosse nana jaune" de Niki de Saint Phalle. Collectionneuse compulsive, Jeanne Augier avait accumulé 6.000 oeuvres d'art, faisait porter des "costumes à la française" à ses voituriers et s'était offert un célèbre portrait de Louis XIV.

En raison de sa renommée, il pourrait valoir entre 300 millions et 400 millions d'euros, selon une estimation de 2016, sans compter le mobilier et les oeuvres d'art.

Mme Augier avait créé en 2009 un fonds de dotation ("Mesnage-Augier-Negresco") qui gérera en principe son patrimoine à sa disparition. Les bénéfices doivent aller au développement de l'hôtel, à la défense des animaux, aux handicapés et au "rayonnement de l'art français".

Mais sa succession s'annonce compliquée en raison des multiples convoitises, manoeuvres et conflits autour de l'hôtel.

En 2017, le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre a saisi le tribunal de commerce pour décider de la suite. Une intervention vécue comme une pré-vente déguisée par la direction et les salariés qui ont ensuite obtenu que le dossier soit dépaysé dans la ville de Marseille (sud-est).