Journaliste, écrivaine, illustratrice, peintre et chroniqueuse, Maïa Mazaurette est surtout connue en France en tant que " sexperte ". Un néologisme qui a son explication. Ado, elle considérait déjà que le thème de la sexualité n'était pas assez pris au sérieux. Plus tard, elle a donc décidé d'en faire son cheval de bataille. Depuis 2015, la quadra rédige une chronique hebdomadaire - Le sexe selon Maïa - dans les colonnes du journal Le Monde. Ces billets ont tous été regroupés dans un livre éponyme (1), sorti au début de cette année, aux éditions de La Martinière. En même temps, elle publie régulièrement des ouvrages s'adressant à la fois aux hommes et aux femmes. Le dernier en date s'appelle Sortir du trou, lever la tête (2), où elle décortique la sexualité contemporaine qui connaît des lendemains compliqués suite au mouvement #MeToo. Selon elle, " on a trop souvent pensé que le sexe avait pour mission d'asservir plutôt que de servir à faire du bien ". C'était l'idée qui dominait en mai 68. Aujourd'hui, cela a changé, les pensées ont évolué. Certaines études ont même démontré qu'avoir des rapports pouvait procurer un effet bénéfique sur le corps : faire oublier la migraine ou la douleur des règles. Cet angle médical a, entre autres, légitimé l'envie de sexe et a surtout permis de mettre en valeur le " bon " sexe. Ainsi, l'auteure l'affirme : " Le sexe, c'est beaucoup mieux maintenant. " Passionnant et éclairant.
...

Journaliste, écrivaine, illustratrice, peintre et chroniqueuse, Maïa Mazaurette est surtout connue en France en tant que " sexperte ". Un néologisme qui a son explication. Ado, elle considérait déjà que le thème de la sexualité n'était pas assez pris au sérieux. Plus tard, elle a donc décidé d'en faire son cheval de bataille. Depuis 2015, la quadra rédige une chronique hebdomadaire - Le sexe selon Maïa - dans les colonnes du journal Le Monde. Ces billets ont tous été regroupés dans un livre éponyme (1), sorti au début de cette année, aux éditions de La Martinière. En même temps, elle publie régulièrement des ouvrages s'adressant à la fois aux hommes et aux femmes. Le dernier en date s'appelle Sortir du trou, lever la tête (2), où elle décortique la sexualité contemporaine qui connaît des lendemains compliqués suite au mouvement #MeToo. Selon elle, " on a trop souvent pensé que le sexe avait pour mission d'asservir plutôt que de servir à faire du bien ". C'était l'idée qui dominait en mai 68. Aujourd'hui, cela a changé, les pensées ont évolué. Certaines études ont même démontré qu'avoir des rapports pouvait procurer un effet bénéfique sur le corps : faire oublier la migraine ou la douleur des règles. Cet angle médical a, entre autres, légitimé l'envie de sexe et a surtout permis de mettre en valeur le " bon " sexe. Ainsi, l'auteure l'affirme : " Le sexe, c'est beaucoup mieux maintenant. " Passionnant et éclairant. Votre essai est une sorte de bible qui permet d'aller au-delà des idées reçues sur la sexualité. Dans un contexte post #MeToo, quelles étaient vos motivations ?J'ai commencé à le construire un peu avant le mouvement, vers l'été 2017. En fait, je regardais le schéma anatomique des femmes pour écrire une chronique et je suis tombée sur un vagin, représenté comme un trou. Dans le dictionnaire, le trou est défini comme un espace vide. Or, le vagin n'en est pas un. Ça m'a révoltée. Et avec ces livres de psychanalystes, genre Théorie du corps amoureux de Michel Onfray, qui prétendent que les femmes n'ont pas de libido et qu'elles sont constamment dans l'attente des hommes, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. J'ai écrit la première partie, Sortir du trou, dans cet esprit révolutionnaire. Mais comme on reproche souvent aux féministes de jouer les victimes et de n'apporter aucune solution, j'ai vite écrit la deuxième, Lever la tête. Mon objectif : mettre des mots sur ce que j'essaie de construire, à savoir une autre vision de la sexualité, voire une nouvelle culture sexuelle. Est-ce que justement cette sexualité a évolué vers une plus grande liberté de parole ?Je pense que la liberté de parole existait déjà avant. Mais on n'écoutait pas les femmes. Avec #MeToo et les réseaux sociaux, ça a bien bougé. C'est une question de masse critique. Si c'était facile de disqualifier mon discours quand j'avais 20 ans, en me disant que j'en faisais des tonnes, c'est plus difficile d'envoyer dans les cordes des millions de femmes. Donc, oui, il y a une qualité et une quantité de parole qui est différente. Il y a également plus d'ouverture en ce qui concerne le " langage sexuel "... Oui. Aux Etats-Unis, ils n'arrivent pas à dire " vagina ", ils disent " V zone ", un terme enfantin utilisé parce qu'ils sont bloqués, le langage sexuel n'est pas fluide. En France et en Belgique, on a de plus en plus de facilités à enrichir notre vocabulaire. On a cette volonté d'utiliser les bons mots, et d'appeler une chatte, une chatte. Il y a même une sorte de délectation à l'idée de se réapproprier le langage et à l'explorer. En plus, la sémantique nous apporte un éclairage incroyable sur la sexualité. Dernièrement, je me suis penchée sur le mot " coup " : coup d'un soir, un à-coup, coup de butoir, etc. Ça vient du latin " colpus " qui signifie coup de poing. Donc ça se rapporte à l'imaginaire de la violence, de l'agression. Interpellant, non ? Cette liberté de parole a-t-elle changé quelque chose dans l'érotisme au cinéma, ou même dans le porno ? Ça commence, mais c'est encore timide. A mon époque, du côté des femmes à la fois désirables et au tempérament bien trempé, il y avait Xéna la Guerrière à la télé ou Lara Croft dans les jeux vidéo, mais c'était à peu près tout. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de rôles forts pour les actrices, comme dans la série Game of Thrones. Dans la nouvelle mini-série Dracula de Netflix, ils ont imaginé un héros masculin très ambigu, à la fois puissant, désirable, drôle et surtout bisexuel, preuve qu'il y a une vraie révolution de l'imaginaire qui est en train de se faire. L'industrie du porno, elle, n'a pas vraiment évolué. Ça reste un genre fait par les hommes pour les hommes. Il n'y a que 26% de femmes qui ont consommé de la pornographie en 2019. Mais c'est aussi parce que les femmes se stimulent différemment, elles ont d'autres ressources. Quand elles évoquent la masturbation, par exemple, certaines disent qu'elles utilisent de la musique, des podcasts, des images... Bref, elles font plus appel à leur imagination. Ce qui est une chance, quelque part. Faut-il donc en profiter pour casser le culte du sexe " pimenté " et lui préférer le sexe " vanille ", doux et consacré au bien-être de l'autre ? Oui. Les orgies ou le libertinage, c'était chic avant. Et c'est d'ailleurs surprenant que la génération 68 ait eu cette obsession pour le sexe " violent " alors qu'elle était incroyablement privilégiée, sans guerre et en pleine vague " love power ". Selon moi, ils ont gardé les codes de leurs parents et grands-parents, empreints de haine, de sexisme, de machisme ou même d'homophobie. Or, il faut déconstruire tout cela. Il faut concevoir que la sexualité, c'est avant tout se faire du bien. Vous estimez que planifier ces moments de plaisir est une bonne idée... Oui, ce n'est pas si mal en fait. On planifie nos repas, et cela ne nous coupe pas l'appétit. Il y a une résistance face à ce concept, parce qu'on imagine toujours le sexe comme un acte spontané. Mais prévoir des plages d'insouciance à l'avance permet de prendre le temps avec son partenaire et de faire des choses différentes. Si on a toujours le même timing, on reproduit un peu les mêmes gestes. Donc, oui, peut-être qu'une fois tous les deux mois, il faut se dire " Je prévois un après-midi pour toi ". Sinon, Netflix risque de passer toujours en premier... Pour entretenir " la petite flamme ", vous ne dénigrez pas l'infidélité. Est-ce que cela fait partie des choses à changer dans notre culture sexuelle ? En fait, souvent, on confond infidélité et irresponsabilité. Or, quand on est infidèle, il faut être responsable. On a le devoir de protéger le partenaire. Avec mon mari, depuis le jour de notre mariage, les choses sont claires : on ne s'appartient pas sexuellement, à condition que l'autre ne l'apprenne jamais. Nous sommes très amoureux l'un de l'autre, mais ça nous permet d'essayer de nouvelles choses et de ne pas mettre en danger notre couple qui, sans cela, deviendrait une prison. Pour moi, ce n'est pas réaliste de penser que l'on peut se frustrer en vivant septante ans avec la même personne. La tentation existe, et il faut apprendre à vivre avec. Plus particulièrement, au sein du couple, qu'est-ce qui a réellement évolué dans les pratiques sexuelles ? Il y a une amélioration des compétences sexuelles, notamment des hommes. Avant, on disait que pour avoir de l'expérience, il fallait enchaîner les partenaires. Mais pourquoi faire la même chose avec 1000 personnes différentes alors qu'on pourrait faire 1000 choses différentes avec une seule personne ? Je pense également que le mouvement MeToo a ouvert le dialogue dans les relations. Les hommes ont osé demander à leurs femmes si elles avaient déjà été harcelées dans la rue, par exemple. Mais le couple est aussi devenu un endroit où l'on peut exprimer ses fantasmes et ses vulnérabilités, sans avoir peur que l'autre nous abandonne. Un super espace d'épanouissement pour les deux personnes, où l'on n'utilise pas uniquement le vagin et le pénis pour se donner du plaisir, mais où l'on convoque tous les sens, tous les lieux et toutes les émotions. Pour Frédéric Beigbeder, l'amour dure trois ans. Pour d'autres, sept ans. Le désir, lui, aurait-il une durée de vie illimitée ? Oui, et c'est prouvé. En Chine, une étude a été réalisée sur des couples ayant passé toute leur vie ensemble et affirmant avoir toujours des papillons dans le ventre quand ils se voient. Et c'était vrai. Dans leurs cerveaux, les centres qui s'allumaient étaient les mêmes que ceux qui s'allumaient chez des personnes amoureuses depuis peu. Donc, oui, c'est possible. Et d'ailleurs, le secret n'est-il pas justement de considérer le désir comme la clé et la priorité ? Je suis assez convaincue que si on parvient à l'entretenir, le plaisir survivra toujours... Vous affirmez que " la sexualité est l'un des seuls domaines où l'utopie est possible ".En effet. L'utopie, pour moi, ce serait une sexualité de l'intégrité et de la dignité, où l'on est soi-même à 100%. Ce qui pourrait faire en sorte que la sexualité soit reconnue comme une culture. Moi, ce que j'aimerais, dans un monde idéal, c'est qu'il y ait un Danse avec les stars de la sexualité, qu'on puisse regarder des compétitions à la télévision avec des femmes et des hommes, et admirer leurs performances. Après tout, ce n'est pas plus absurde que de faire un triple salto sur la glace. La date approche : quel est votre avis personnel sur le fait de célébrer la Saint-Valentin ? J'aime beaucoup ! Les arguments qu'on oppose à la Saint-Valentin sont tellement de mauvaise foi, comme celui de dire : " On va aussi s'aimer les 364 autres jours de l'année. " Oui, sauf qu'à la Saint-Valentin, on va organiser des choses qu'on ne fait pas les autres jours. Et même si on offre déjà des chocolats et des fleurs toute l'année, il faut en offrir encore plus ce jour-là ! Et pourquoi ne pas en profiter pour faire un bilan de couple ? C'est très utile pour s'épanouir. Et puis surtout, moi je trouve qu'on n'a pas assez de fêtes sur une année, alors autant ne pas cracher sur celles qu'on a.