A l'heure où nous pensons à planifier nos prochaines vacances au soleil, nos fils d'actualité sont envahis de divers challenges promettant un corps svelte et sculpté pour la belle saison. Si ces formats ne sont pas inédits, ils gagnent un peu plus en popularité chaque année sur les réseaux sociaux. Et pour cause: un nouveau corps en quelques semaines seulement, depuis chez soi et à un prix avantageux, en séduit plus d'un. Parmi les plus populaires, on retrouve le Top Body Challenge de l'influenceuse et coach sportive Sonia Tlev ou encore le Bikini Body Guide de Kayla Itsines, entraîneuse australienne. Ces programmes contiennent une série d'exercices simples (sur papier) à effectuer sur 12 semaines. Mais ces méthodes sont-elles vraiment efficaces? Et peut-on se lancer les yeux fermés?

Les risques de blessures

" Notre société est de plus en plus sédentaire. Penser à bouger plus est une bonne chose mais il ne faut pas le faire n'importe comment. " Catherine Dormans, kinésithérapeute et coach sportive, souligne l'importance de la progression : "Trop de sport et trop de répétition d'un coup et sur une courte durée, c'est très mauvais."

Si la jeune femme incite ses patients à pratiquer une activité physique, elle déconseille autant d'efforts sans progression. Pousser le corps au-delà de ses limites peut provoquer des claquages, des tendinopathies ou encore des fractures de fatigue." Beaucoup pensent : "J'ai mal mais c'est parce que ça brûle donc il faut continuer!", mais ce n'est pas ça, les exercices sont simplement mal effectués ou ne sont pas adaptés à la personne." Malgré les apparences, les exercices ne sont pas toujours faciles et efficaces.

Trop de sport et trop de répétition d'un coup et sur une courte durée, c'est très mauvais

Catherine Dormans, kinésithérapeute et coach sportive

Dans les programmes cités plus haut, nous retrouvons une majorité d'exercices analytiques (NDLR : exercices qui ne mobilisent qu'une seule articulation) et très peu d'exercices globaux. "Un joueur de tennis, par exemple, a besoin d'exercices analytiques pour améliorer son coup droit. Monsieur et madame Tout-le-monde ont besoin d'exercices globaux afin d'obtenir de meilleures aptitudes motrices et cognitives, poursuit l'experte. Pour qu'un programme de remise en forme soit complet, les exercices de renforcement musculaire doivent être accompagnés de cardio." Si certains challenges le préconisent, il est rare de trouver des conseils et étapes à suivre pour ce type d'entraînement. " Certains challenges proposent la course à pied deux fois semaine pour le cardio, mais aucun suivi, aucune explication n'est donnée. Pratiquer la course à pied sans y aller progressivement peut aussi engendrer des blessures. "

Le rôle de l'assiette

Pour une remise en forme efficace, le sport n'est pas suffisant. "L'alimentation joue un rôle essentiel. C'est 30% de sport et 70% d'alimentation", rappelle la kinésithérapeute. Certains programmes proposent, contre rémunération supplémentaire, un menu alimentaire à joindre au programme sportif. Tous les régimes ne sont cependant pas adaptés à tout le monde. Manon Liégeois, diététicienne, acquiesce : " Les régimes qu'on trouve sur le Net sont élaborés pour n'importe qui. Ils conviennent donc à tout le monde et à personne à la fois. Certains vont se forcer alors que le régime n'est pas adapté à leurs vies personnelles. Ils risquent alors de partir dans des extrêmes et puis revenir après X semaines au même point de départ."

., Getty Images
. © Getty Images

Ces régimes souvent draconiens exposent les consommateurs à des troubles alimentaires comme l'anorexie ou la boulimie et ce, dus aux restrictions et aux frustrations.

Les régimes qu'on trouve sur le Net sont élaborés pour n'importe qui. Ils conviennent donc à tout le monde et à personne à la fois.

Manon Liégeois, diététicienne

L'importance du mental

Pour prendre soin de son corps, il faut aussi prendre soin de sa tête. Pour garder la motivation et atteindre ses objectifs, le moral doit suivre. Mais ces challenges sont-ils propices à une acceptation de soi? Boostent-ils notre confiance en nous et nous poussent-ils à dépasser nos limites? Pour Marine Laboury, psychologue, la réponse est non: " Tout tourne autour de l'image. On nous impose encore et toujours un corps en particulier, ce qui signifie que certains corps ne sont pas acceptés."

Mais ces challenges sont-ils propices à une acceptation de soi? Boostent-ils notre confiance en nous et nous poussent-ils à dépasser nos limites? Pour Marine Laboury, psychologue, la réponse est non

La psychologue souligne deux conséquences : l'anxiété et la culpabilité. Une anxiété renforcée pour les personnes ayant déjà une relation compliquée avec leur corps et une culpabilité de ne pas y parvenir ou simplement de ne pas jouer le jeu. Des préjudices causés, entre autres, par les réseaux sociaux. "Les réseaux sociaux nous balancent des informations qu'on ne cherche pas. On est forcés à recevoir ces infos et à se comparer. Pour les personnes souffrant de dysmorphophobie, il s'agit de standards inatteignables. En découlent encore une fois de la déprime, de la culpabilité et de l'angoisse." Pour Marine, l'idéal serait de proposer des programmes qui ciblent la santé et non l'image.

., Getty Images
. © Getty Images

Les points positifs

Nos spécialistes relèvent tout de même un point positif : la motivation. Cela incite les gens à bouger et à reprendre de bonnes habitudes. L'effet de groupe peut également tenir la motivation à flot. Photos, groupes de soutien ou encore partage de recettes, l'échange permet à bon nombre de ne pas baisser les bras. " Ce qui est motivant aussi, c'est que ça marche du tonnerre les premiers jours donc on continue. Mais sur le long terme ça ne fonctionne pas ", atteste Manon.

Il est préférable de pratiquer une activité physique une fois par semaine toute l'année, plutôt que trois fois par semaine de manière intensive mais pendant seulement 3 mois.

Selon Catherine, beaucoup abandonnent en cours de route. On peut apercevoir des résultats à court terme, mais travailler un maximum pendant 2 ou 3 mois, ça ne fonctionne pas. " Un triathlon ne se prépare pas en quelques mois. Un corps dans lequel on se sent bien c'est pareil. Ces challenges ne sont pas miraculeux. " La kinésithérapeute modère tout de même ses propos : "Je déconseille ce genre de programme mais s'il s'agit d'un grand sportif, qui sait comment se positionner et exécuter les exercices, pourquoi pas? S'il s'agit d'un novice, c'est trop dangereux."

Par Mélanie Briamont

Comment s'y mettre alors?

" Vouloir faire du sport c'est très bien ! Mais il n'y a pas de bon moment pour commencer. Entretenir son corps, c'est toute l'année ! " insiste Catherine. Selon la coach sportive, le tout est d'y aller progressivement et avec un accompagnement. Mieux vaut débourser quelques euros de plus mais ne pas prendre le risque de se blesser et de se décourager.

Pour Manon Liégeois, le maître-mot reste le même : progression. La diététicienne préconise un rééquilibrage alimentaire et non un régime. Si le corps est plus sollicité qu'habituellement, il faut lui donner ce dont il a besoin, comme des minéraux par exemple. Mais ici aussi, tout dépend de chaque profil. " Certaines personnes ont des pathologies, des intolérances ou des allergies. Tout ce qu'on trouve sur Internet n'est certainement pas adapté à tout le monde. "

., Getty Images
. © Getty Images

Notre jeune psychologue, elle, conseille simplement de ne pas se comparer sans arrêt aux standards affichés sur les réseaux sociaux. Elle recommande à chacun de se focaliser sur sa santé et son bien-être et non pas sur son apparence physique.

Les plans d'actions de nos trois expertes sont donc identiques: s'entourer de professionnels afin de ne pas se blesser, ne pas se comparer à son voisin, y aller progressivement pour des résultats sur le long terme et enfin, soigner son corps, son alimentation et son esprit toute l'année, hiver comme été!

A l'heure où nous pensons à planifier nos prochaines vacances au soleil, nos fils d'actualité sont envahis de divers challenges promettant un corps svelte et sculpté pour la belle saison. Si ces formats ne sont pas inédits, ils gagnent un peu plus en popularité chaque année sur les réseaux sociaux. Et pour cause: un nouveau corps en quelques semaines seulement, depuis chez soi et à un prix avantageux, en séduit plus d'un. Parmi les plus populaires, on retrouve le Top Body Challenge de l'influenceuse et coach sportive Sonia Tlev ou encore le Bikini Body Guide de Kayla Itsines, entraîneuse australienne. Ces programmes contiennent une série d'exercices simples (sur papier) à effectuer sur 12 semaines. Mais ces méthodes sont-elles vraiment efficaces? Et peut-on se lancer les yeux fermés?" Notre société est de plus en plus sédentaire. Penser à bouger plus est une bonne chose mais il ne faut pas le faire n'importe comment. " Catherine Dormans, kinésithérapeute et coach sportive, souligne l'importance de la progression : "Trop de sport et trop de répétition d'un coup et sur une courte durée, c'est très mauvais." Si la jeune femme incite ses patients à pratiquer une activité physique, elle déconseille autant d'efforts sans progression. Pousser le corps au-delà de ses limites peut provoquer des claquages, des tendinopathies ou encore des fractures de fatigue." Beaucoup pensent : "J'ai mal mais c'est parce que ça brûle donc il faut continuer!", mais ce n'est pas ça, les exercices sont simplement mal effectués ou ne sont pas adaptés à la personne." Malgré les apparences, les exercices ne sont pas toujours faciles et efficaces. Dans les programmes cités plus haut, nous retrouvons une majorité d'exercices analytiques (NDLR : exercices qui ne mobilisent qu'une seule articulation) et très peu d'exercices globaux. "Un joueur de tennis, par exemple, a besoin d'exercices analytiques pour améliorer son coup droit. Monsieur et madame Tout-le-monde ont besoin d'exercices globaux afin d'obtenir de meilleures aptitudes motrices et cognitives, poursuit l'experte. Pour qu'un programme de remise en forme soit complet, les exercices de renforcement musculaire doivent être accompagnés de cardio." Si certains challenges le préconisent, il est rare de trouver des conseils et étapes à suivre pour ce type d'entraînement. " Certains challenges proposent la course à pied deux fois semaine pour le cardio, mais aucun suivi, aucune explication n'est donnée. Pratiquer la course à pied sans y aller progressivement peut aussi engendrer des blessures. "Pour une remise en forme efficace, le sport n'est pas suffisant. "L'alimentation joue un rôle essentiel. C'est 30% de sport et 70% d'alimentation", rappelle la kinésithérapeute. Certains programmes proposent, contre rémunération supplémentaire, un menu alimentaire à joindre au programme sportif. Tous les régimes ne sont cependant pas adaptés à tout le monde. Manon Liégeois, diététicienne, acquiesce : " Les régimes qu'on trouve sur le Net sont élaborés pour n'importe qui. Ils conviennent donc à tout le monde et à personne à la fois. Certains vont se forcer alors que le régime n'est pas adapté à leurs vies personnelles. Ils risquent alors de partir dans des extrêmes et puis revenir après X semaines au même point de départ." Ces régimes souvent draconiens exposent les consommateurs à des troubles alimentaires comme l'anorexie ou la boulimie et ce, dus aux restrictions et aux frustrations.Pour prendre soin de son corps, il faut aussi prendre soin de sa tête. Pour garder la motivation et atteindre ses objectifs, le moral doit suivre. Mais ces challenges sont-ils propices à une acceptation de soi? Boostent-ils notre confiance en nous et nous poussent-ils à dépasser nos limites? Pour Marine Laboury, psychologue, la réponse est non: " Tout tourne autour de l'image. On nous impose encore et toujours un corps en particulier, ce qui signifie que certains corps ne sont pas acceptés." La psychologue souligne deux conséquences : l'anxiété et la culpabilité. Une anxiété renforcée pour les personnes ayant déjà une relation compliquée avec leur corps et une culpabilité de ne pas y parvenir ou simplement de ne pas jouer le jeu. Des préjudices causés, entre autres, par les réseaux sociaux. "Les réseaux sociaux nous balancent des informations qu'on ne cherche pas. On est forcés à recevoir ces infos et à se comparer. Pour les personnes souffrant de dysmorphophobie, il s'agit de standards inatteignables. En découlent encore une fois de la déprime, de la culpabilité et de l'angoisse." Pour Marine, l'idéal serait de proposer des programmes qui ciblent la santé et non l'image.Nos spécialistes relèvent tout de même un point positif : la motivation. Cela incite les gens à bouger et à reprendre de bonnes habitudes. L'effet de groupe peut également tenir la motivation à flot. Photos, groupes de soutien ou encore partage de recettes, l'échange permet à bon nombre de ne pas baisser les bras. " Ce qui est motivant aussi, c'est que ça marche du tonnerre les premiers jours donc on continue. Mais sur le long terme ça ne fonctionne pas ", atteste Manon.Selon Catherine, beaucoup abandonnent en cours de route. On peut apercevoir des résultats à court terme, mais travailler un maximum pendant 2 ou 3 mois, ça ne fonctionne pas. " Un triathlon ne se prépare pas en quelques mois. Un corps dans lequel on se sent bien c'est pareil. Ces challenges ne sont pas miraculeux. " La kinésithérapeute modère tout de même ses propos : "Je déconseille ce genre de programme mais s'il s'agit d'un grand sportif, qui sait comment se positionner et exécuter les exercices, pourquoi pas? S'il s'agit d'un novice, c'est trop dangereux."Par Mélanie Briamont