C'est presque par hasard qu'elle a découvert Harry Potter, finalement. A 16 ans, elle n'était plus vraiment la cible, c'est sa maman qui avait glissé les livres dans son sac alors qu'elle partait en voyage. Elle n'était pas convaincue, cette histoire de sorciers ne lui semblait plus de son âge. Pourtant, il a suffi de quelques pages pour qu'elle se laisse happer, comme tant d'autres, par le récit. Sa mère, une fois de plus, avait eu raison; il est vrai que sa vision de la transmission envers sa fille est toujours passée davantage par les bouquins que par les conseils de beauté. Vingt ans plus tard, Clémence Poésy se souvient de cette première rencontre avec Fleur Delacour, le personnage qu'elle incarna, au cinéma, dès le quatrième épisode de la saga. Un petit rôle, en fin de compte, au regard de son impressionnant C.V. mêlant blockbusters et films d'auteurs, en français ou anglais, sur petit ou grand écran, mais qui lui vaut encore une inébranlable reconnaissance.
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C'est presque par hasard qu'elle a découvert Harry Potter, finalement. A 16 ans, elle n'était plus vraiment la cible, c'est sa maman qui avait glissé les livres dans son sac alors qu'elle partait en voyage. Elle n'était pas convaincue, cette histoire de sorciers ne lui semblait plus de son âge. Pourtant, il a suffi de quelques pages pour qu'elle se laisse happer, comme tant d'autres, par le récit. Sa mère, une fois de plus, avait eu raison; il est vrai que sa vision de la transmission envers sa fille est toujours passée davantage par les bouquins que par les conseils de beauté. Vingt ans plus tard, Clémence Poésy se souvient de cette première rencontre avec Fleur Delacour, le personnage qu'elle incarna, au cinéma, dès le quatrième épisode de la saga. Un petit rôle, en fin de compte, au regard de son impressionnant C.V. mêlant blockbusters et films d'auteurs, en français ou anglais, sur petit ou grand écran, mais qui lui vaut encore une inébranlable reconnaissance. Familière et mystérieuse à la fois, la jeune actrice, maman depuis un an d'un petit Liam, incarne désormais le nouveau visage du soin Shiseido, la crème lissante antirides Benefiance plus spécifiquement, ciblant les femmes actives, comme elle, aux vies bien remplies. "Ma bulle ultrasensorielle", assure celle qui, au quotidien, se maquille peu pour "se reconnecter" à son visage au naturel, tout en aimant la "poésie d'un beau rouge" et l'effet euphorisant qu'il peut avoir sur le ciel gris. Rien à redire à cette philosophie. Qu'est-ce que la beauté pour vous? Elle est liée à la lumière que l'on dégage, celle que l'on irradie sur les choses mais aussi à l'énergie, la gentillesse, la grâce qui émanent de chacun. Cette lumière intérieure est de plus en plus visible à mesure que l'on vieillit: tout ce que l'on a vécu, l'âme presque, transparaît... et la beauté se révèle. Avant de collaborer avec Shiseido, aviez-vous déjà une attirance particulière pour le Japon? C'est l'endroit au monde où je perds tous mes repères et je trouve cela très agréable. Là-bas, la grâce et la sophistication sont à chaque coin de rue. C'est très émouvant. J'aime le mystère qui se dégage de ce pays. Je passe mon temps à regarder les gens et à imaginer les vies qu'il y a derrière. Les Japonaises, surtout, me fascinent. Leurs visages sont si purs, si parfaits. Qu'est-ce qui vous a plu dans l'idée de devenir égérie Shiseido? A mes yeux, cette marque incarne l'équilibre japonais, entre respect de la tradition et technologie de pointe. Je suis impressionnée par le raffinement et la qualité des produits. Lorsque j'utilise le soin Benefiance, c'est mon petit luxe à moi, ma bulle ultrasensorielle. Avant, j'appliquais mes soins un peu sauvagement. Maintenant, j'ai appris à me masser, à créer mon moment perso pendant lequel je profite du parfum, de la texture, de chaque sensation. Votre miroir, ami ou ennemi? On ne s'entend pas trop mal. Je sais que j'ai un visage peu symétrique, avec beaucoup d'imperfections, mais cela ne me dérange pas. Je refuse de tomber dans la quête de la perfection: mon métier, c'est avant tout de raconter des histoires et mon visage me sert à ça. Qui sont vos modèles féminins? Ma mère, ses amies, mes amies. J'ai grandi et j'ai la chance de vivre entourée de femmes fortes et généreuses. Votre mère vous a-t-elle transmis ses routines beauté? Cette question la ferait beaucoup rire... J'ai échangé plus de livres avec elle que de conseils beauté et, aujourd'hui, c'est plutôt moi qui lui en donne. Sa trousse de maquillage ne contient qu'un mascara. Pourtant, elle nous a emmenées très jeunes, ma soeur et moi, voir une dermatologue qui nous a appris les gestes de base: nettoyer et hydrater sa peau. Cette routine, je n'y déroge jamais. Vous sentez-vous bien dans votre âge? J'aime mes 36 ans. Ma mère m'a souvent dit que la trentaine était la décennie dont on est le plus nostalgique par la suite et je le suis presque déjà à l'avance. On accompagne de jeunes enfants, nos parents vont bien, professionnellement on s'est trouvé. Je me dis que ce que je vis est précieux, que cela va me manquer. Quand les nuits sont courtes et les matins difficiles, ça m'aide à me souvenir que j'ai beaucoup de chance. Vous réjouissez-vous du regain d'énergie que connaît le féminisme? J'ai été élevée avec cette sensibilité-là par une mère et un père féministes. Ce combat doit se mener main dans la main. Les événements de ces derniers mois ont permis aux hommes de se rendre compte de ce que les femmes supportaient, y compris aujourd'hui. Il reste d'ailleurs encore beaucoup à faire. Si j'ai rejoint le mouvement Time's Up et le collectif français 50/50 en 2020, c'est pour que les révélations de l'affaire Weinstein et ce qu'elles ont engendré aient un impact à terme. Pas seulement dans l'industrie du cinéma mais pour toutes les femmes, en particulier celles dont on écoute moins la voix. Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre boulot d'actrice? Raconter des histoires! Jouer, c'est une école d'empathie: vous essayez en permanence de comprendre complètement quelqu'un d'autre. C'est regarder le monde à travers un tas de prismes différents. C'est déroutant et bouleversant. Mais c'est surtout un luxe incroyable. Il m'est arrivé de croiser la route de personnages auxquels je me suis attachée au point de leur demander conseil quand je galère sur une scène. Mes amis se moquent d'ailleurs de moi quand je raconte cela. Lorsqu'un personnage est bien écrit, on arrive à trouver le chemin vers lui. Ce qui ne veut pas dire que je sois prête à tout jouer. J'ai déjà refusé des rôles parce que je n'avais pas envie de regarder le monde à travers ces yeux-là. En tout cas, à ce moment-là de ma vie. A ce titre, Fleur Delacour (NDLR: la sorcière française qui apparaît dans le tome 4 de la série Harry Potter) a-t-elle beaucoup compté pour vous? Dans mon travail d'actrice, c'était très léger et pourtant, on m'en parle encore des années plus tard! J'ai d'ailleurs l'impression qu'il y a un revival en ce moment. C'était fantastique de pouvoir faire partie de cette aventure même si j'étais un peu là en touriste. Je suis attachée à la saga. J'ai adoré les livres, ma mère me les avait recommandés. Je me revois encore pleurer dans le train en terminant le tome 6. Les films sont arrivés bien après, et j'étais à mille lieues, en les lisant, d'imaginer le destin qu'ils connaîtraient. Les deux aventures sont très belles: ce qui est arrivé pour J.K. Rowlingn qui est une femme aussi extraordinaire que l'univers qu'elle a inventé; et la manière dont les films ont été tournés. Ce sont des blockbusters mais faits avec énormément d'attention, d'humanité et de respect pour ce qui rendait ces bouquins magiques. Votre père est aussi du métier, c'est ce qui vous a poussée dans cette voie? Lorsque j'étais enfant, il était comédien et metteur en scène mais mon quotidien était régulier grâce à ma mère enseignante. Nous le suivions cependant en tournée pendant les vacances. J'aimais le voir rentrer après le spectacle, les yeux mal démaquillés, je trouvais cela très beau. Je suis montée pour la première fois sur scène à ses côtés, avec ma soeur. Je garde des souvenirs forts de l'odeur des théâtres, cela m'émeut toujours. Vous vous servez du parfum, des odeurs, pour construire vos personnages? J'en change pour chaque rôle: j'ai porté des jus masculins pour donner une structure différente à un personnage, des fragrances plus poudrées pour des films d'époque, d'autres plus fraîches et plus pures pour incarner des femmes dont les passions m'évoquaient ce genre de sillages. En privé, le parfum est l'impression que vous laissez derrière vous, dans un espace, quand vous êtes passé, c'est une trace de soi, une façon de se présenter au monde. Vous êtes l'une des rares actrices à passer sans cesse du cinéma français au cinéma anglais. C'était votre souhait dès le départ? Ça s'est fait un peu tout seul, au gré des castings, ceux qui ont d'abord le mieux marché étaient en anglais, il y a eu comme un effet boule de neige et je suis partie vivre là-bas. Je partage aujourd'hui ma vie entre la France et la Grande-Bretagne. On apprend beaucoup en travaillant dans une autre langue, en essayant de la maîtriser pour comprendre cette culture du mieux que l'on peut. Jusqu'à présent, j'ai toujours eu le luxe de ne pas avoir à accepter des choses dont je n'avais pas envie. Je choisis souvent mes rôles en fonction de ce que je viens de tourner: si c'est un film à gros budget, je penche pour une production plus intimiste. Et j'alterne le français et l'anglais. Quels sont vos projets actuels? Je viens de terminer deux films. L'un, en français, Le milieu de l'horizon, de Delphine Lehericey, est une histoire d'apprentissage à travers les yeux d'un enfant qui, dans la campagne française de la fin des seventies, voit sa mère partir avec une femme. L'autre en anglais, Resistance, réalisé par Jonathan Jakubowicz, retrace un épisode de la vie du mime Marceau, joué par Jesse Eisenberg, qui tente, avec l'aide des résistants, de sauver des enfants juifs de la déportation. Vous dessinez aussi. Est-ce important pour vous? Je dessine oui, un peu, de toutes petites choses. C'est un espace qui n'appartient qu'à moi. Qui ne dépend que de moi alors que le reste de ma vie d'actrice dépend énormément des autres. Est-ce cette envie de liberté qui vous a poussée à vous lancer dans la réalisation de courts-métrages? J'avais envie depuis longtemps de passer de l'autre côté de la caméra, d'explorer des formes courtes aussi, d'inventer de petits mondes. J'ai découvert des aspects du métier que je connaissais peu, comme le montage, toute la logistique à mettre en place avant même que le film n'existe. Et j'adore ça. J'apprends énormément sur mon travail d'actrice, car oui, ce que l'on a fait sur le plateau nous échappe après le tournage. Là, je me rends compte qu'il n'appartient qu'à moi de proposer d'autres options, d'offrir du choix au metteur en scène.Vous sentez-vous victime de la dictature des réseaux sociaux? J'ai une relation difficile avec eux. J'ai dû créer un compte à contrecoeur car les faux comptes à mon nom pullulaient et que la presse reprenait leur contenu. Alors je m'en sers comme d'une plate-forme pour partager les choses que j'aime, des livres, de la musique, des spectacles ou véhiculer des engagements. Ils ont un aspect ridicule qui me sidère: avant, les gens qui vous montraient leurs photos de voyages, vous trouviez cela rasoir. Et là, on partage ses photos de petit-déjeuner avec des milliers d'inconnus. Ado, cela aurait été compliqué pour moi de vivre cela: non seulement se rendre compte que l'on n'est pas invité à la fête mais en plus la voir sur Instagram, où tout le monde a l'air beau et bronzé, et c'est flou derrière, et c'est joli... Ce n'est pas possible, ce n'est pas la vie! Cette norme gonflée par Instagram me terrifie.