Le ministre fédéral de l'Economie et du Travail annonçait le 22 janvier dernier qu'il était "urgent de donner des perspectives aux travailleurs des métiers de contact." On parle d'une possibilité de reprendre le travail le 15 février, si toutefois la "situation sanitaire est favorable", à savoir si elle ne se dégrade pas par rapport à l'actuelle. Encore donc quelque 20 jours d'inactivité professionnelle, et autant de jours de pertes financières pour les indépendants et les salons.

La veille de cette déclaration, et au regard de cette situation qui dure depuis début novembre, nous avons posé quelques questions à L., coiffeuse à Bruxelles, dont le salon reste porte close, mais qui a décidé de continuer à prodiguer ses services. Aucune volonté ici d'inciter coiffeurs et coiffeuses à transgresser la loi ou aux personnes ayant fortement besoin d'un petit coup de ciseaux dans la tignasse de sauter le pas et braver la loi. Mais la volonté de comprendre l'état d'esprit d''une professionnelle, dans une situation partagée par sa corporation, qui a décidé, par nécessité, de poursuivre son activité. Au programme: colère, incompréhension et insitance.

Depuis quand bravez-vous l'interdit ?

Depuis peu de temps. D'un côté, pour répondre à la grande demande de la part de la clientèle. De l'autre en raison du manque de soutien financier de la part du gouvernement. Des aides sont en place, mais elles sont très loin d'être suffisantes et la mise en place des aides à Bruxelles est très très lente et faible quand on la compare avec ce qui se passe en Flandre et en Wallonie.

Comment s'organisent vos journées ?

En fonction de la demande je me déplace chez les clients, trois ou quatre par jour, pas plus, et à condition qu'ils n'aient pas de symptomes, n'aient ni de fièvre, et ne soient d'aucune façon malade.

Clairement, c'est l'incompréhension et la déception chez les clients. Certains m'appellent en pleurs, c'est dire l'état de détresse.

Pourquoi prenez vous ce risque ?

À mes yeux, ce n'est pas vraiment un risque mais plutôt un service que je donne. Je prends les mêmes mesures que celles que je prendrais si un client venais dans mon salon. C'est à dire la désinfection des mains, le port du masque pour moi et lui, un minimum de contacts etc. D'autre part, je coiffe uniquement mes clients réguliers.

D'ailleurs, qui sont les personnes qui vous contactent pour solliciter vos services ?

La clientèle, leurs amis, le voisinage même des personnes que je n'ai jamais coiffées. Et même des policiers et des personnes qui sont censés interdire notre travail en ce moment. Mais ils sont compréhensifs et me donne même raison. Pour preuve, ils sollicitent mes services.

Dans quel état sont ces clients qui vous contactent ?

Clairement, c'est l'incompréhension et la déception que les salons restent fermés. Certains m'appellent en pleurs, c'est dire l'état de détresse. Ils demandent de mes nouvelles et certains me proposent même de l'aide en cas de coup dur. Et ils sont tout à fait dans le même raisonnement que moi. Mais chez les clients aussi l'impatience s'installe et par moment les clients deviennent très insistants. Mais je n'ai jamais eu des personnes agressives comme j'ai pu entendre que c'était le cas chez certain·e·s de mes confrères et consoeurs.

© Image d'illustration

Vous dites que l'incompréhension règne chez les clients qui vous contactent. Mais vous, comprenez-vous la décision de maintenir les salons de coiffeurs fermés ou l'exercice des coiffeurs interdit ?

Au début je pouvais comprendre. Mais avec le temps, je ne suis plus d'accord avec de telles mesures. Les mesures du départ étaient bonnes : un client à la fois, la désinfection systématique, le port du masque pour le coiffeur et le client, l'aération répétée. Si on compare avec les métros, trams et bus bondés, on court beaucoup moins de risque dans un salon de coiffure quasi vide, aéré et désinfecté. C'est la même chose dans les grandes surfaces et les shoppings également. Ou plus ponctuellement, quand on voyage en avion, ou qu'on va sur certains sites touristiques. Il n y'a aucune logique. Un restaurant ne peut plus accueillir une personne mais on peut faire la file à 20 personnes pendant de longues minutes au fast food. Et les contrôles se font de plus en plus rares. Que ce soit dans les transports ou ailleurs.

Un salon de coiffure bruxellois illustrant les mesures sanitaires en place, avant le confinement de novembre (Image d'illustration), Belga Images
Un salon de coiffure bruxellois illustrant les mesures sanitaires en place, avant le confinement de novembre (Image d'illustration) © Belga Images

Estimez-vous que votre activité est non-essentielle ?

Non, elle est vraiment essentielle. Car le coiffeur ne fait pas que coiffer. Il est aussi à l'écoute de ses clients. En plus, le corps a besoin de se faire soigner. On se sent mieux dans la peau après un passage chez le coiffeur. Ces temps-ci surtout, aller chez le coiffeur ferait un bien fou psychologiquement. Il faut savoir que certaines personnes, âgées notamment, m'appellent pour que je leur lave les cheveux, car elles ne sont malheureusement plus capables de le faire seules.

Que vous dites-vous quand vous voyez les décisionnaires, annonciateurs de mauvaises nouvelles à votre égard, encore si bien coiffés ?

Je ressens l'injustice flagrante de la situation. Il n'y a pas de mots assez forts pour exprimer une injustice pareille. D'après le gouvernement quand on passe à la télé, c'est essentiel, alors faut se faire bien coiffer. Mais un vrai gouvernement devrait ne pas se faire coiffer et subir la situation avec ses électeurs. Mais non, ils en profitent bien.

Que craigniez-vous pour les semaines qui viennent ? Pour vous-mêmes, mais aussi pour vos clients ?

Je ne crains rien à part une plus grande demande des clients et de plus en plus insistance de leur part. Les aides financières doivent absolument continuer pour que l'on puisse survivre. Ce qui est malheureux c'est que des personnes doivent désormais choisir entre manger une tartine ou payer leurs factures et loyers. Ça, ce n'est pas tenable. Ça n'est pas humain. Espérons que tout rendre dans l'ordre le plus vite possible. Si j'ai un dernier mot à ajouter, il s'adresserait à tous les indépendant·e·s, pour leur dire de tenir bon, d'avoir du courage et leur souhaiter de trouver des solutions pour tenir debout. Cette situation durera pas éternellement...

Le ministre fédéral de l'Economie et du Travail annonçait le 22 janvier dernier qu'il était "urgent de donner des perspectives aux travailleurs des métiers de contact." On parle d'une possibilité de reprendre le travail le 15 février, si toutefois la "situation sanitaire est favorable", à savoir si elle ne se dégrade pas par rapport à l'actuelle. Encore donc quelque 20 jours d'inactivité professionnelle, et autant de jours de pertes financières pour les indépendants et les salons. La veille de cette déclaration, et au regard de cette situation qui dure depuis début novembre, nous avons posé quelques questions à L., coiffeuse à Bruxelles, dont le salon reste porte close, mais qui a décidé de continuer à prodiguer ses services. Aucune volonté ici d'inciter coiffeurs et coiffeuses à transgresser la loi ou aux personnes ayant fortement besoin d'un petit coup de ciseaux dans la tignasse de sauter le pas et braver la loi. Mais la volonté de comprendre l'état d'esprit d''une professionnelle, dans une situation partagée par sa corporation, qui a décidé, par nécessité, de poursuivre son activité. Au programme: colère, incompréhension et insitance. Depuis peu de temps. D'un côté, pour répondre à la grande demande de la part de la clientèle. De l'autre en raison du manque de soutien financier de la part du gouvernement. Des aides sont en place, mais elles sont très loin d'être suffisantes et la mise en place des aides à Bruxelles est très très lente et faible quand on la compare avec ce qui se passe en Flandre et en Wallonie.En fonction de la demande je me déplace chez les clients, trois ou quatre par jour, pas plus, et à condition qu'ils n'aient pas de symptomes, n'aient ni de fièvre, et ne soient d'aucune façon malade.À mes yeux, ce n'est pas vraiment un risque mais plutôt un service que je donne. Je prends les mêmes mesures que celles que je prendrais si un client venais dans mon salon. C'est à dire la désinfection des mains, le port du masque pour moi et lui, un minimum de contacts etc. D'autre part, je coiffe uniquement mes clients réguliers.La clientèle, leurs amis, le voisinage même des personnes que je n'ai jamais coiffées. Et même des policiers et des personnes qui sont censés interdire notre travail en ce moment. Mais ils sont compréhensifs et me donne même raison. Pour preuve, ils sollicitent mes services.Clairement, c'est l'incompréhension et la déception que les salons restent fermés. Certains m'appellent en pleurs, c'est dire l'état de détresse. Ils demandent de mes nouvelles et certains me proposent même de l'aide en cas de coup dur. Et ils sont tout à fait dans le même raisonnement que moi. Mais chez les clients aussi l'impatience s'installe et par moment les clients deviennent très insistants. Mais je n'ai jamais eu des personnes agressives comme j'ai pu entendre que c'était le cas chez certain·e·s de mes confrères et consoeurs. Au début je pouvais comprendre. Mais avec le temps, je ne suis plus d'accord avec de telles mesures. Les mesures du départ étaient bonnes : un client à la fois, la désinfection systématique, le port du masque pour le coiffeur et le client, l'aération répétée. Si on compare avec les métros, trams et bus bondés, on court beaucoup moins de risque dans un salon de coiffure quasi vide, aéré et désinfecté. C'est la même chose dans les grandes surfaces et les shoppings également. Ou plus ponctuellement, quand on voyage en avion, ou qu'on va sur certains sites touristiques. Il n y'a aucune logique. Un restaurant ne peut plus accueillir une personne mais on peut faire la file à 20 personnes pendant de longues minutes au fast food. Et les contrôles se font de plus en plus rares. Que ce soit dans les transports ou ailleurs.Non, elle est vraiment essentielle. Car le coiffeur ne fait pas que coiffer. Il est aussi à l'écoute de ses clients. En plus, le corps a besoin de se faire soigner. On se sent mieux dans la peau après un passage chez le coiffeur. Ces temps-ci surtout, aller chez le coiffeur ferait un bien fou psychologiquement. Il faut savoir que certaines personnes, âgées notamment, m'appellent pour que je leur lave les cheveux, car elles ne sont malheureusement plus capables de le faire seules.Je ressens l'injustice flagrante de la situation. Il n'y a pas de mots assez forts pour exprimer une injustice pareille. D'après le gouvernement quand on passe à la télé, c'est essentiel, alors faut se faire bien coiffer. Mais un vrai gouvernement devrait ne pas se faire coiffer et subir la situation avec ses électeurs. Mais non, ils en profitent bien. Je ne crains rien à part une plus grande demande des clients et de plus en plus insistance de leur part. Les aides financières doivent absolument continuer pour que l'on puisse survivre. Ce qui est malheureux c'est que des personnes doivent désormais choisir entre manger une tartine ou payer leurs factures et loyers. Ça, ce n'est pas tenable. Ça n'est pas humain. Espérons que tout rendre dans l'ordre le plus vite possible. Si j'ai un dernier mot à ajouter, il s'adresserait à tous les indépendant·e·s, pour leur dire de tenir bon, d'avoir du courage et leur souhaiter de trouver des solutions pour tenir debout. Cette situation durera pas éternellement...