Dans l'imaginaire collectif, chirurgie et médecine esthétiques restent des domaines majoritairement féminins, associés à l'image de fronts lissés, lèvres repulpées et autres visages délicatement enturbannés. Un préjugé qui fait mauvais genre à l'heure où la gente masculine n'hésite plus à passer sous le bistouri: qu'il s'agisse de déjouer les effets du temps qui passe ou bien de corriger le travail de Mère Nature, l'homme n'est au fond qu'une femme comme une autre. Même si sa zone de préoccupation principale n'appartient qu'à lui. Depuis son centre de médecine esthétique niché en plein coeur de Liège, le docteur Bruno Slaviero confie ainsi avoir vu une tendance de taille émerger dès le premier déconfinement.
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Dans l'imaginaire collectif, chirurgie et médecine esthétiques restent des domaines majoritairement féminins, associés à l'image de fronts lissés, lèvres repulpées et autres visages délicatement enturbannés. Un préjugé qui fait mauvais genre à l'heure où la gente masculine n'hésite plus à passer sous le bistouri: qu'il s'agisse de déjouer les effets du temps qui passe ou bien de corriger le travail de Mère Nature, l'homme n'est au fond qu'une femme comme une autre. Même si sa zone de préoccupation principale n'appartient qu'à lui. Depuis son centre de médecine esthétique niché en plein coeur de Liège, le docteur Bruno Slaviero confie ainsi avoir vu une tendance de taille émerger dès le premier déconfinement. Les demandes de pénoplasties, une procédure permettant d'élargir la circonférence du pénis, connaissent en effet une hausse spectaculaire, passant d'une ou deux à une dizaine par mois - "quasiment chaque demande d'avis étant convertie en traitement", souligne le praticien. Pour qui l'explication se situe forcément dans le lockdown: "Les hommes se sont retrouvés face à eux-mêmes, ils ont eu plus envie de prendre soin d'eux, sans compter tous ceux qui ont été en huis-clos avec leur épouse et qui ont questionné leur intimité. Le budget prévu pour les restos ou les voyages a bien dû être déplacé vers quelque chose qui n'était pas interdit." Justement, en matière d'esthétique, tout est permis ou presque et ces messieurs en redemandent. "On a enregistré une nette hausse de l'augmentation des traitements depuis l'été, et ce, tous traitements confondus, explique le médecin. Les hommes sont très friands de l'EMSculpt par exemple, une machine qui muscle et retonifie grâce aux microcourants. Il y a beaucoup de demandes, surtout pour la zone de l'abdomen. On voit aussi une hausse des demandes d'injection de Botox, mais contrairement aux femmes qui vont cibler le front, les pattes d'oie et la ride du lion, les hommes vont plutôt se concentrer uniquement sur cette dernière, parce qu'elle leur donne l'air sévère." Et le médecin liégeois de souligner également la popularité des traitements visant à camoufler la chute des cheveux ainsi que de l'épilation définitive, la zone torse-ventre-épaules étant la plus demandée, avec une attention toute particulière apportée au triangle visible dans le col de chemise. La faute aux réunions Zoom, passées à scruter le moindre "défaut" à l'écran?Depuis son cabinet parisien, le docteur Sylvie Abraham, chirurgienne plasticienne, n'a pas attendu la Covid pour s'intéresser à l'attrait des hommes pour la chirurgie esthétique. En l'an 2000 déjà, elle publiait un ouvrage rapidement devenu un best-seller, La chirurgie esthétique au masculin, et rappelait en quatrième de couverture que "trouver une image de soi gratifiante est devenu une occupation masculine aussi". Une tendance qui n'a fait que se confirmer depuis. La Française a d'ailleurs constaté qu'après des années de répartition des genres à 50-50, le rapport a basculé, ces derniers mois, avec une patientèle à 60% masculine! Et de comparer les nouveaux patients qui se pressent dans son cabinet depuis peu aux coiffeurs, qui constituaient jusqu'ici la majeure partie de sa clientèle homme. "Ceux-ci ont tendance à être très friands de chirurgie esthétique, parce qu'ils passent la journée devant la glace. Si quelque chose leur déplaît chez eux, ils y sont confrontés en permanence, impossible de penser à autre chose. C'est pareil avec le télétravail et les visioconférences: on voit les autres mais on se voit soi-même aussi. Ça donne aux gens une vision exagérée de leurs défauts. Toutes les conditions sont réunies pour susciter de la dysmorphophobie chez les gens, ce sentiment de se regarder dans chaque surface réfléchissante et de se trouver moche."Paradoxalement, la période actuelle encourage doublement à passer à l'acte pour Sylvie Abraham, qui souligne qu'il est plus facile que jamais de se cacher en public derrière un masque chirurgical, ce qui fait que "les demandes ont explosé". Même si elle confie pour sa part avoir moins de demandes d'injections et de Botox de la part des hommes qui viennent la voir, "parce qu'ils vont avoir plus tendance à vouloir trancher dans le vif. Revenir tous les six mois pour une injection, ça les ennuie. Ils veulent bien améliorer leur apparence, mais passer des heures en institut, ça ne les amuse pas du tout".En tête de liste chez la chirurgienne française aussi: la chirurgie intime, pour la simple et bonne raison que cette praticienne est extrêmement réputée pour cette opération et propose pas moins de sept variantes sur son site Internet, de la plastie d'allongement du frein du prépuce à l'augmentation du gland par injections d'acide hyaluronique, en passant par le lifting du scrotum. Ce dernier gagne en popularité ces derniers temps, particulièrement au sein d'un public ciblé: "Ça touche plus les hommes de type nordique que les Méditerranéens, parce qu'ils ont une peau plus fine, moins tonique. Les blonds, par exemple, ont la peau fragile et une certaine tendance à avoir les bourses distendues, ce qui peut être inconfortable durant les rapports ou en été, quand il fait chaud." Autre tendance en hausse? "De plus en plus d'hommes veulent se circoncire pour faire comme aux Etats-Unis, où environ 85% des hommes le sont. La liposuccion est aussi populaire chez les hommes, surtout pour la zone de la "bouée", et une intervention qui est très demandée est la gynécomastie, pour venir en aide aux hommes qui ont trop de seins." Une zone du corps qu'on "voit tout le temps aussi si on enchaîne les visioconférences", souligne Sylvie Abraham, d'autant que "sous une chemise, ça passe, mais en pull ou en tee-shirt ça se voit plus. Or c'est devenu l'uniforme du télétravail".Et d'ajouter que ces messieurs seraient très friands des interventions permettant d'avoir un fessier plus bombé. "Je ne pose pas de prothèses, parce que c'est une intervention très lourde, le patient ne peut pas s'asseoir pendant plus d'un mois. Mais on peut obtenir un rendu naturel en injectant de la graisse ou de l'acide hyaluronique. Je vois énormément d'hommes qui complexent sur leurs fesses plates, c'est une intervention très symbolique parce qu'on dit que les fesses symbolisent la virilité et que les femmes vont avoir tendance à choisir leur partenaire en fonction." Une croyance qui peut prêter à sourire, même si dans ce domaine-là aussi, les hommes sont très soucieux de l'image qu'ils renvoient. Dans son centre Perfect Smile Orthodontics de Waterloo, Alexandre Verheyleweghen, orthodontiste spécialisé dans la pose des gouttières transparentes Invisalign, voit lui aussi nombre de patients attirés par la promesse que le traitement sera invisible grâce au masque, même s'il ajoute en souriant que le principe même de l'Invisalign est que c'est ultradiscret. Et de confier que lors de la première consultation, les hommes vont être bien plus nombreux que les femmes à avancer l'argument professionnel pour justifier leur visite. "Beaucoup me disent qu'ils sont commerciaux et qu'ils sont amenés à sourire en permanence aux clients. Il y a une volonté de montrer qu'ils font attention à eux, ils lient clairement le fait d'avoir un beau sourire à la réussite professionnelle et ils veulent gagner plus de confiance en eux." Pour le spécialiste, "les hommes semblent convaincus qu'on fait plus confiance à quelqu'un qui prend soin de son apparence". Ils y sont donc très attentifs, contrairement aux idées reçues. "C'est sûr que l'homme est une femme comme une autre face à l'esthétique, sourit Bruno Slaviero. Même si, contrairement à ces dernières, ils vont être beaucoup plus attentifs aux petites asymétries et s'inquiéter beaucoup plus vite d'un petit gonflement post-traitement." C'est que ces Apollons ne défient pas tous les préjugés: "Il faut beaucoup plus les rassurer sur les effets secondaires, ils sont en général plus douillets et vont plus fréquemment faire des syncopes que les femmes", ajoute encore le Liégeois. Même si la douleur ne suffit pas à décourager les gars de passer sous le scalpel: dans un éclat de rire, Sylvie Abraham compare sa patientèle aux lecteurs de Tintin, "de 7 à 77 ans". Avant de rappeler que "plus la presse en parle, plus les hommes ne se sentiront plus obligés de cacher les traitements auxquels ils ont recours". Dont acte.