De quel charbon parle-t-on?

Pas de celui qui sort des mines bien sûr mais de ce que l'on appelle le charbon végétal activé. Autrement dit du bois porté à très haute température afin d'augmenter sa concentration en carbone pur. On le retrouve aujourd'hui chez tous les acteurs de l'industrie cosmétique, des marques issues de grands groupes comme Garnier ou Clinique aux labels plus locaux comme RainPharma, en Belgique, par exemple, sans oublier les pionniers de la cosmétique naturelle que sont Lush ou The Body Shop. La marque britannique écoule ainsi un exemplaire de son désormais culte masque au charbon de l'Himalaya toutes les 26 secondes.
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Pas de celui qui sort des mines bien sûr mais de ce que l'on appelle le charbon végétal activé. Autrement dit du bois porté à très haute température afin d'augmenter sa concentration en carbone pur. On le retrouve aujourd'hui chez tous les acteurs de l'industrie cosmétique, des marques issues de grands groupes comme Garnier ou Clinique aux labels plus locaux comme RainPharma, en Belgique, par exemple, sans oublier les pionniers de la cosmétique naturelle que sont Lush ou The Body Shop. La marque britannique écoule ainsi un exemplaire de son désormais culte masque au charbon de l'Himalaya toutes les 26 secondes. Une fois activé, ce charbon agit comme un aimant, raison pour laquelle on préfère parler "d'adsorption" plutôt que d'absorption. Il attire ainsi à lui les traces de pollution, les cellules mortes et l'excès de sébum - jusqu'à 100 fois son poids, assure-t-on chez Clinique - qu'il trouve sur sa route. Son rôle en cosmétique étant clairement de participer à l'élimination de tout type d'impuretés, on ne le retrouve donc que dans les produits à rincer. "On l'utilise rarement seul, précise Catherine Chaubeyre, responsable des formations chez Annayake. Il est généralement combiné à des actifs antibactériens, hydratants et antioxydants. Il procure une sensation de propreté très agréable. Il purifie la peau, sans l'agresser." Céline Couteau, cocréatrice du blog Regard sur les cosmétiques, pharmacienne et enseignante à la Faculté de Nantes, voit toutefois dans le retour en grâce de cet ingrédient historique un effet de mode. "Les gens aujourd'hui ont tendance à penser que tout était mieux avant, ironise-t-elle. Si certains ingrédients sont un jour tombés en désuétude, c'est sans doute parce qu'il y avait de bonnes raisons! Cela vaut aussi pour l'a priori positif dont disposent les ingrédients d'origine naturelle dont on a moins tendance à se méfier." Comme pour n'importe quel ingrédient utilisé en cosmétique, il existe toutes sortes de qualités. Ceux que l'on retrouve dans les gels moussants et autres masques désincrustants sont généralement issus de cosses de coco ou de bambou. Le Japon dispose en la matière d'une tradition ancestrale: le takesumi, issu du brûlage du bambou, est utilisé dans les produits Annayake, notamment. Le bois de chêne vert donne lieu à une variété appelée binchotan: considérée comme la version la plus chic du charbon activé, on peut l'acheter en ligne au prix de 320 euros le kilo. "Chez Lush, c'est près de nos laboratoires, dans le Dorset, au sud du Royaume-Uni, que nous nous fournissons, pointe Claire Maurice, responsable des formations. Ce charbon activé résulte d'une gestion raisonnée des déchets de la forêt. Pour nous, il s'agit donc d'un ingrédient local et naturel qui a fait ses preuves, raison pour laquelle il nous a semblé tout naturel de l'utiliser." "Il est en tout cas essentiel de rester vigilant, ajoute Céline Couteau. Un procédé de fabrication mal maîtrisé peut entraîner la production d'hydrocarbures polyinsaturés - les mêmes que ceux qui sont générés lors d'un barbecue - que l'on n'a pas du tout envie d'étaler sur sa peau." Notre experte s'inquiète aussi de la multiplication des tutos invitant à fabriquer son charbon soi-même voire à bidouiller des masques "maison" à base de colle et de poudre de charbon. "Si l'on opte pour un produit à base de charbon, mieux vaut choisir une marque établie qui sera attentive à ses fournisseurs", insiste-t-elle. "La peau masculine, qui est jusqu'à 20% plus épaisse que celle des femmes, présente aussi davantage de pores et produit plus de sébum", souligne Catherine Chaubeyre. L'utilisation du charbon est donc tout indiquée. "En nettoyant et en exfoliant la peau, il facilitera également le rasage en limitant l'apparition de poils incarnés", renchérit Claire Maurice. L'image plutôt virile de cet actif associée au caractère un brin décalé de son usage - on applique une matière à la réputation salissante pour se nettoyer le visage - peut aussi expliquer son succès et sa présence en abondance dans les produits non genrés ou explicitement dédiés aux hommes.