C'est ce que l'on appelle un moment d'anthologie. Souvenez-vous, ce petit soupir quasiment orgasmique poussé par Meryl Streep lorsque Robert Redford, qui vient de lui shampouiner les cheveux en lui récitant des vers, fait glisser sur ceux-ci un fin filet d'eau fraîche... Cette scène du film Out of Africa a beau avoir plus de 35 ans, les frissons qui nous parcourent la nuque rien qu'en la regardant, eux, n'ont pas pris une ride. Un an après la vague des cures de sébum - soit l'interdiction de se laver les cheveux pendant un mois - popularisée par le premier confinement, voilà que l'on assiste à un retour en grâce du shampoing. La créatrice britannique d'accessoires Anya Hindmarch vient même de consacrer un livre au pouvoir cathartique du scalp propre (*). "Cela me rend plus calme, plus confiante et cela m'aide à mieux gérer ce qui m'arrive, assure-t-elle. Quand je suis sous la douche, les yeux fermés, loin de mon téléphone portable, c'est là que j'ai mes meilleures idées. C'est presque méditatif pour moi, un départ à zéro, un jour nouveau."
...

C'est ce que l'on appelle un moment d'anthologie. Souvenez-vous, ce petit soupir quasiment orgasmique poussé par Meryl Streep lorsque Robert Redford, qui vient de lui shampouiner les cheveux en lui récitant des vers, fait glisser sur ceux-ci un fin filet d'eau fraîche... Cette scène du film Out of Africa a beau avoir plus de 35 ans, les frissons qui nous parcourent la nuque rien qu'en la regardant, eux, n'ont pas pris une ride. Un an après la vague des cures de sébum - soit l'interdiction de se laver les cheveux pendant un mois - popularisée par le premier confinement, voilà que l'on assiste à un retour en grâce du shampoing. La créatrice britannique d'accessoires Anya Hindmarch vient même de consacrer un livre au pouvoir cathartique du scalp propre (*). "Cela me rend plus calme, plus confiante et cela m'aide à mieux gérer ce qui m'arrive, assure-t-elle. Quand je suis sous la douche, les yeux fermés, loin de mon téléphone portable, c'est là que j'ai mes meilleures idées. C'est presque méditatif pour moi, un départ à zéro, un jour nouveau." Prendre soin de ses cheveux - et plus particulièrement de son cuir chevelu - est devenu le geste beauté pointu du moment. Les recherches sur le sujet auraient d'ailleurs augmenté de 310% selon Google depuis l'an dernier. A en croire les industriels du secteur qui multiplient les lancements dédiés, "scalpcare" serait donc devenu le nouveau "skincare" ou plutôt son prolongement puisque c'est bel et bien de la peau - certes plus dense, plus chargée en glandes sébacées et habitée par quelque 100.000 follicules pileux - que l'on retrouve au sommet de notre crâne, cachée sous nos chevelures. Et là aussi, la Covid a fait du dégât. S'il est difficile de le rendre directement responsable des pertes de cheveux, des tiraillements et des démangeaisons observés par certains patients atteints par le virus, le stress qu'il génère est lui montré du doigt. Comme il est conseillé de prendre soin de la peau de son visage sans attendre d'avoir des raisons de s'en soucier, la même approche préventive émerge désormais dans les produits pour cheveux. Le vocabulaire est un copier-coller de celui que l'on utilise pour les cosmétiques "classiques" - on trouve désormais des scrubs ou gommages, des "crèmes hydratantes" voire même des sérums. De préférence débarrassés d'une liste d'ingrédients indésirables - tels que les silicones ou les détergents moussants décriés par les défenseurs de la "clean beauty" -, ils contiennent à l'inverse de nombreux actifs stars des produits visage comme les peptides, les vitamines, les antioxydants, l'acide hyaluronique et les huiles essentielles. "Pendant les confinements à répétition, nous avons moins eu l'occasion d'aller chez le coiffeur, nous en avons aussi profité pour ralentir sur les produits coiffants qui alourdissent les fibres, sur le rythme des shampoings aussi, note Rinata Sizova, cofondatrice de la marque belge de soins capillaires 100% naturels et issus de l'économie circulaire L'Arin. Jusque-là, bien souvent, les gens ne prenaient vraiment soin de leurs cheveux que s'il y avait un souci visible, tout en exigeant une solution immédiate. Mais le problème n'est généralement que le symptôme d'un mal plus profond. Utiliser un produit agressif pour traiter des cheveux gras ne fera bien souvent qu'empirer les choses. Il faut se poser la question de la cause de cet excès: est-ce le stress, l'environnement, la pollution, l'alimentation, un peu de tout cela ensemble? Pour obtenir des résultats durables, il faut s'inscrire dans le changement et se donner le temps." Jusqu'à 28 jours bien souvent, soit la durée d'un cycle cellulaire. Prendre activement soin de son cuir chevelu présenterait à long terme de nombreux avantages: outre la régulation de la production de sébum nécessaire au bon fonctionnement de la barrière cutanée qui protège le crâne de toutes sortes d'agressions extérieures - les infections, la pollution, les UV, les pellicules et les démangeaisons... -, le cheveu également en sortirait gagnant. "Sa beauté est vue aujourd'hui comme un signe de jeunesse, de santé aussi, note Ioana Kroonen, créatrice du concept store beauté Beauty by Kroonen, à Bruxelles. Et cette santé est le reflet de celle du cuir chevelu. L'idéal, c'est de s'offrir un gommage une fois par semaine et d'utiliser un sérum ou un masque hydratant dédié au scalp. Et d'essayer d'espacer les lavages. Un brossage régulier peut à ce titre faire des miracles. C'est un peu le mythe des 100 coups de brosse à se donner matin et soir... mais ça fonctionne. Car cela va aérer les cheveux, leur donner plus de volume, répartir d'une certaine manière le sébum sur les longueurs, ce qui évite d'avoir le cuir et le haut de la tête gras et les pointes sèches." A la manière des rollers de jade et autres pierres gua sha plébiscités pour le visage, des outils de massage qui dynamisent les points d'acupression du crâne permettent de stimuler la circulation sanguine et de booster l'activité des bulbes tout en facilitant la pénétration des actifs contenus dans les produits appliqués au préalable. Plus simplement, de petits gestes circulaires, semblables à ceux du coiffeur qui vous lave les cheveux en faisant doucement glisser la peau, même pratiqués à sec, suffiraient à libérer de l'endorphine. L'hormone antistress par excellence...