Pour se distinguer dans un marché tentaculaire, de plus en plus d'acteurs de la parfumerie ont choisi de mettre l'accent sur la qualité, voire la rareté des matières premières, qui entrent dans leurs compositions. Ceux et celles qui s'intéressent un peu au secteur savent désormais que toutes les roses ne se valent pas et il en va de même pour bon nombre d'ingrédients d'origine naturelle. La variété, le terroir, sans parler des méthodes d'extraction, jouent un rôle central dans la différenciation des essences. De grands noms comme Hermès ou Guerlain ont d'ailleurs développé des lignes plus exclusives comme les Hermessences ou L'Art et la Matière - celle-ci vient d'être complètement relancée dans de tout nouveaux flacons réutilisables et personnalisables - dont les noms évoquent toujours un composant traité en majesté. "La maîtrise des matières premières fait partie de l'expertise que l'on attend d'une grande ...

Pour se distinguer dans un marché tentaculaire, de plus en plus d'acteurs de la parfumerie ont choisi de mettre l'accent sur la qualité, voire la rareté des matières premières, qui entrent dans leurs compositions. Ceux et celles qui s'intéressent un peu au secteur savent désormais que toutes les roses ne se valent pas et il en va de même pour bon nombre d'ingrédients d'origine naturelle. La variété, le terroir, sans parler des méthodes d'extraction, jouent un rôle central dans la différenciation des essences. De grands noms comme Hermès ou Guerlain ont d'ailleurs développé des lignes plus exclusives comme les Hermessences ou L'Art et la Matière - celle-ci vient d'être complètement relancée dans de tout nouveaux flacons réutilisables et personnalisables - dont les noms évoquent toujours un composant traité en majesté. "La maîtrise des matières premières fait partie de l'expertise que l'on attend d'une grande maison, plaide Maxence Nourric, directeur de la boutique Guerlain à Bruxelles. Tout l'art du parfumeur va consister à les facetter, à créer des orchestrations, à provoquer des contrastes." En sourçant avec le plus grand soin les ingrédients nobles qui allaient entrer dans la composition de ses fragrances, Kristof Lefebre, créateur et nez de la toute jeune marque belge Miglot Fragrance Lab, a même décidé d'aller un pas plus loin en proposant des jus composés uniquement d'une matière iconique de la parfumerie - à savoir le cèdre, le santal, le vétiver et le oud - diluée dans un alcool issu de la betterave sucrière. Le tout en totale transparence puisque la provenance précise ainsi que le millésime de l'essence ou de l'absolu sélectionné sont précisément libellés. "La nature est le maître parfumeur par excellence, plaide le jeune parfumeur. Nous essayons de la copier sans jamais parvenir à l'égaler. Beaucoup de parfums sont en effet construits autour d'une matière mais d'un point de vue olfactif, le résultat est bien souvent très éloigné de l'original. Et c'est cet original justement - dans les qualités les plus exceptionnelles - que nous avons voulu faire découvrir à l'état pur à nos clients. Leur sillage est tellement riche qu'il se suffit à lui même et constitue à lui seul un parfum."Si la démarche ne manque pas d'intérêt, on peut toutefois s'interroger sur l'usage du mot "parfum" dans le sens où l'utilise l'industrie. Le Larousse lui-même, lorsqu'il s'agit de poser une définition dans ce contexte particulier, parle bel et bien d'un "mélange de produit aromatiques et d'alcool". Pour caractériser ce qui sent bon, le dictionnaire préfère plus simplement parler d'odeur... La marque de niche Juliette has a gun a d'ailleurs tranché sans hésitation en baptisant Not a perfume (pas un parfum) l'un de ses best-sellers uniquement composé de Cétalox, une matière de synthèse cette fois, plébiscitée par les défenseurs d'une parfumerie "propre" car exonérée de toute trace d'huiles essentielles potentiellement allergènes. Geza Schoen, le fondateur du label Escentric Molecules ose même parler "d'anti-parfum" pour désigner ses "créations" numérotées de 1 à 5 et exclusivement composées d'une unique molécule chimique, à savoir l'Iso E Super, l'ambroxan, le vetiveryl acetate, le Javanol ou le Cashmeran. Son autre ligne traite ces molécules de synthèse en overdose en y adjoignant un nombre limité d'autres matières. Et c'est incontestablement l'une des autres tendances du moment: celle qui consiste à formuler à l'économie, pas sur la qualité de ce que l'on utilise mais sur la quantité des différents éléments utilisés. Cette demande du consommateur, déjà bien présente pour tout ce qui touche le soin et le maquillage, percole désormais aussi dans le parfum. Aurélien Guichard, issu d'une lignée de parfumeurs qui en est aujourd'hui à la huitième génération, a très bien intégré ces nouveaux paradigmes lorsqu'il a décidé de lancer, en parallèle de ses activités de nez pour d'autres grands noms, sa propre marque tout simplement baptisée Matière Première. "Par mon travail de composition, je vais amplifier ce que la nature offre de plus beau, et parfois compenser certaines faiblesses olfactives de la matière première centrale, explique-t-il. J'ajoute un petit nombre d'ingrédients, également sélectionnés avec la plus haute exigence, car chacun compte, afin que le parfum reste immédiatement compréhensible, que l'on soit un nez averti ou non." Un besoin de limpidité qui n'ôtera jamais au parfum sa part de mystère, qui tiendra toujours à bien plus que la publication de sa composition.Pour aller plus loin, voici quelques parfums qui ont fait ce pari: