L'échec et le succès sont les deux faces d'une même pièce. L'un comme l'autre caractérisent la vie de l'homme et l'histoire elle-même regorge de success-stories ayant pourtant mal commencé. Oprah Winfrey, Bill Gates, Walt Disney ou J.K. Rowling ont tous connu des déboires avant le succès, éclatant. Fiasco, également, pour Thomas Edison, Steve Jobs, Vera Wang ou Albert Einstein avant la reconnaissance mondiale. Des bides qui font qu'ils sont devenus ce qu'ils sont.

Ainsi, Oprah Winfrey a été licenciée de son premier emploi à la télévision, à Baltimore, avant de devenir la présentatrice la plus célèbre des Etats-Unis et de bâtir un véritable empire dans les médias. Walt Disney s'est fait renvoyer du journal où il travaillait pour... manque d'imagination. J.K Rowling était une mère célibataire et vivait de l'aide sociale quand elle a commencé à écrire Harry Potter, dans un premier temps refusé par plusieurs éditeurs. Enfant, Albert Einstein était soupçonné de déficience mentale car il avait du mal à communiquer. Exclu de plusieurs écoles à cause de ses problèmes de comportement, cela ne l'a pas empêché de remporter un prix Nobel et de changer le monde de la physique.

Bill Gates, REUTERS
Bill Gates © REUTERS

Bill Gates, lui, a abandonné ses études à Harvard et sa première entreprise a fait faillite. Des années plus tard, et pendant longtemps, il fut l'homme le plus riche du monde. Aujourd'hui encore, il en est l'un des plus influents. Autant d'exemples, célèbres, qui montrent que l'accroc peut rendre l'homme plus fort, plus combatif, plus vivant. Un premier pas vers le chemin de la valorisation de l'échec

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Vaincre la peur pour avancer

La peur fige. Terrorise. Elle empêche aussi, parfois, d'accomplir ses rêves. Mais d'où vient cette pression face au défi de l'accomplissement ? Quelle est l'origine de cette peur d'échouer qui peut pétrifier ? Pour Danielle Massart, psychothérapeute spécialisée dans la prévention de l'épuisement professionnel et familial et dans la pleine conscience, cette crainte est avant tout liée aux sentiments de culpabilité et de honte, toujours présents dans le cas d'un échec. " Je pense que cette pression peut être externe, donc provenir du cadre familial, organisationnel ou sociétal. Mais elle est aussi, et surtout, interne. Par exemple, le souvenir de quand on rentrait, enfant, avec un bulletin qui n'était pas parfait et que nos parents nous disaient " c'est bien, mais tu peux faire mieux ". Ou le fameux " après cinq fautes, c'est zéro ". Tout cela crée chez l'enfant l'idée qu'il doit être parfait et constamment fournir des efforts.

"J'ai échoué encore, et encore, et encore. C'est pourquoi j'ai réussi."

Michael Jordan

Ces petites phrases sont introjectées, elles sont en nous et peuvent mettre une grosse pression. En cas d'inaccomplissement, on se fait mal à soi-même et c'est ça qui provoque une réelle souffrance. " A l'heure où chaque erreur est une ombre de plus au tableau, il est primordial de comprendre que vivre un fiasco ne signifie pas vivre un fiasco personnel. La leçon la plus importante : rien n'empêche, après un inaccomplissement, de réessayer. Encore et encore. En définitive, si échouer semble être la partie la plus facile, la manière d'appréhender l'échec apparaît, elle, comme le véritable frein.

Stop à la spirale de la performance

Célébrer ses erreurs ? Quelle étrange idée que d'imaginer faire valoir ses failles dans un monde où tout s'accélère et où règne la loi du " toujours plus ". Que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, l'erreur se chuchote. Air gêné, yeux baissés. On commente les bides des autres en espérant ne pas être le prochain sur la liste. C'est la mauvaise copie montrée devant la classe, l'exemple à ne pas reproduire. C'est le " peut mieux faire " qui colle à la peau. Pour Christine Vloeberghs, coach et formatrice en entreprise depuis plus de dix ans, " nous vivons dans une société de prestation, où les échecs ne sont pas trop acceptés et où il est préférable de les taire. Je remarque d'ailleurs une tendance dans certaines entreprises qui est de réorienter les personnes après un insuccès, au lieu de leur donner de nouvelles opportunités. "

La leçon la plus importante : rien n'empêche, après un inaccomplissement, de réessayer. Encore et encore.

Cela dit, cette mentalité semble s'inverser et de plus en plus de milieux professionnels ajustent la visière. " Certaines entreprises commencent à me demander des formations sur la valorisation des talents. C'est-à-dire qu'au lieu d'évaluer des compétences professionnelles, elles privilégient la mise en valeur des talents innés de chacun. Pour moi, c'est une très bonne chose. Cela prouve un changement dans la culture d'entreprise et, d'une certaine manière, cela peut permettre de mieux vivre l'erreur quand elle survient. "

Echec, mon bel échec

Si l'échec a des vertus insoupçonnées, il peut aussi avoir un grand impact sur l'estime de soi lorsqu'il est associé à un sentiment de fêlure. Mais c'est aussi le tremplin vers l'introspection. " Se relever d'un plantage est l'occasion d'analyser à quel point on est autocritique envers soi-même. Si on parvient à diminuer un peu cette autocritique, on s'ouvre à l'autocompassion, ce qui est essentiel car à partir de là, on peut reprendre des forces et avancer. Mais le processus est très long. Car bien qu'on soit sensible à la critique des autres, celle que l'on s'inflige à soi-même est parfois bien pire ", explique Danielle Massart.

., Getty Images
. © Getty Images

Pour Charles Pépin, une personne qui n'échoue jamais risque de devenir arrogante.Tandis que celle qui rate après avoir donné le maximum découvre la sagesse de l'acceptation.

Par ailleurs, c'est souvent face à l'adversité que notre caractère s'affirme. Le philosophe Charles Pépin l'assure : l'erreur rend humble. Pour lui, une personne qui n'échoue jamais risque de devenir arrogante.Tandis que celle qui rate après avoir donné le maximum découvre la sagesse de l'acceptation. Tout réussir amène à croire à la démesure, on est alors tenté de rester dans une certaine zone de confort. Tandis que rater en beauté peut s'avérer être une chance exceptionnelle.

Steve Jobs est d'ailleurs l'exemple parfait cité par Charles Pépin dans son livre Les Vertus de l'échec (Allary Editions). Avant d'être écarté de sa propre société (Apple), il était devenu imbus de sa personne et ivre de succès. Cela lui fit perdre tout contrôle en même temps que le contact avec la réalité. Il n'écoutait plus personne, ne doutait jamais de lui. Pourtant, ce ratage complet s'avéra sa plus grande leçon d'humilité : il reprit pied et cela lui permit d'entamer l'une de ses périodes les plus créatives, concrétisée par la gamme en " i " de la marque à la pomme. La preuve qu'il faut parfois retoucher la terre pour mieux viser le ciel.

Penser à panser

Une fois convaincu que l'échec peut être bon à prendre, encore faut-il savoir l'accepter sans rechigner. Et cela s'apprend. Tout commence par en accueillir l'idée. " Ensuite, il faut faire la paix avec cette idée et évaluer notre erreur. Est-ce qu'on a réellement échoué ou pas ? Est-ce qu'on se met en échec parce que d'autres ont dit que c'en était un ? Toutes ces choses doivent être analysées ", explique Danielle Massart.

Toutefois, il faut faire la différence entre l'acceptation et la résignation. " La résignation, c'est se dire que les choses sont comme elles sont, et tant pis. Alors que l'acceptation, c'est réaliser ce qui arrive mais décider d'en faire quelque chose. C'est se rendre compte qu'on peut adoucir cette situation en y travaillant et reconvertir ce sentiment honteux en quelque chose de positif. " Pour redonner fière allure à ses fêlures, deux questions : " Que s'est-il passé ? " et " Quel apprentissage en tirer ? " Et la réponse à ces deux interrogations est la première clé pour réaliser les bienfaits de l'échec et apprendre la bienveillance envers soi-même. Comme le disait l'écrivain et poète Samuel Beckett, " déjà essayé, déjà échoué, peu importe. Essaie encore, échoue encore, échoue mieux." Et puisque l'erreur est humaine, pourquoi attendre avant de l'apprivoiser ?

Par Zoé Lampe

Cinq façons de voir le bon côté de l'échec

Dans un article pour le Huffington Post, Marcia Wieder, fondatrice de la Dream University, livre ses conseils pour être plus tolérant face à nos erreurs.

1. Acceptez vos erreurs. Ne vous cachez pas. Comprenez qu'à la perfection, nul n'est tenu.

2. Soyez réaliste dans vos attentes. Identifiez de quelle façon vous avez, dès le départ, saboté votre succès.

3. Remerciez-vous d'essayer.

4. Faites une pause. Avant de vous flageller, soyez fier et admettez que ce fut une expérience enrichissante, et que sans connaissance, on ne peut pas grandir.

5. Il est temps de passer à autre chose. Soyez impatient des possibilités qui se profilent pour vous.

On ne rate pas pareil de l'autre côté de l'Atlantique

Ou, du moins, l'échec n'est pas vécu de la même manière. Galvaniseur d'un côté, pétrifiant de l'autre. Alors que nos sociétés cultivent une vision culpabilisante de la débâcle, aux Etats-Unis, les choses sont différentes : on en parle sans langue de bois et c'est même considéré comme une très bonne opportunité d'apprentissage. On doit d'ailleurs à Michael Jordan, le plus grand basketteur de tous les temps, une des plus célèbres citations sur la nécessité d'apprendre de ses revers : " J'ai raté 9 000 tirs dans ma carrière. J'ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m'a fait confiance pour assurer le tir de la victoire et j'ai raté. J'ai échoué encore, et encore, et encore. C'est pourquoi j'ai réussi. " Alors que la fierté de ses échecs est de mise de l'autre côté de l'Atlantique, chez nous, ils sont plutôt mis en sourdine, voire cachés. Un état d'esprit qu'il est urgent de changer : si l'insuccès est souvent vécu comme une autocondamnation, c'est en réalité une expérience indispensable pour grandir et s'améliorer !

L'échec et le succès sont les deux faces d'une même pièce. L'un comme l'autre caractérisent la vie de l'homme et l'histoire elle-même regorge de success-stories ayant pourtant mal commencé. Oprah Winfrey, Bill Gates, Walt Disney ou J.K. Rowling ont tous connu des déboires avant le succès, éclatant. Fiasco, également, pour Thomas Edison, Steve Jobs, Vera Wang ou Albert Einstein avant la reconnaissance mondiale. Des bides qui font qu'ils sont devenus ce qu'ils sont.Ainsi, Oprah Winfrey a été licenciée de son premier emploi à la télévision, à Baltimore, avant de devenir la présentatrice la plus célèbre des Etats-Unis et de bâtir un véritable empire dans les médias. Walt Disney s'est fait renvoyer du journal où il travaillait pour... manque d'imagination. J.K Rowling était une mère célibataire et vivait de l'aide sociale quand elle a commencé à écrire Harry Potter, dans un premier temps refusé par plusieurs éditeurs. Enfant, Albert Einstein était soupçonné de déficience mentale car il avait du mal à communiquer. Exclu de plusieurs écoles à cause de ses problèmes de comportement, cela ne l'a pas empêché de remporter un prix Nobel et de changer le monde de la physique. Bill Gates, lui, a abandonné ses études à Harvard et sa première entreprise a fait faillite. Des années plus tard, et pendant longtemps, il fut l'homme le plus riche du monde. Aujourd'hui encore, il en est l'un des plus influents. Autant d'exemples, célèbres, qui montrent que l'accroc peut rendre l'homme plus fort, plus combatif, plus vivant. Un premier pas vers le chemin de la valorisation de l'échec.La peur fige. Terrorise. Elle empêche aussi, parfois, d'accomplir ses rêves. Mais d'où vient cette pression face au défi de l'accomplissement ? Quelle est l'origine de cette peur d'échouer qui peut pétrifier ? Pour Danielle Massart, psychothérapeute spécialisée dans la prévention de l'épuisement professionnel et familial et dans la pleine conscience, cette crainte est avant tout liée aux sentiments de culpabilité et de honte, toujours présents dans le cas d'un échec. " Je pense que cette pression peut être externe, donc provenir du cadre familial, organisationnel ou sociétal. Mais elle est aussi, et surtout, interne. Par exemple, le souvenir de quand on rentrait, enfant, avec un bulletin qui n'était pas parfait et que nos parents nous disaient " c'est bien, mais tu peux faire mieux ". Ou le fameux " après cinq fautes, c'est zéro ". Tout cela crée chez l'enfant l'idée qu'il doit être parfait et constamment fournir des efforts.Ces petites phrases sont introjectées, elles sont en nous et peuvent mettre une grosse pression. En cas d'inaccomplissement, on se fait mal à soi-même et c'est ça qui provoque une réelle souffrance. " A l'heure où chaque erreur est une ombre de plus au tableau, il est primordial de comprendre que vivre un fiasco ne signifie pas vivre un fiasco personnel. La leçon la plus importante : rien n'empêche, après un inaccomplissement, de réessayer. Encore et encore. En définitive, si échouer semble être la partie la plus facile, la manière d'appréhender l'échec apparaît, elle, comme le véritable frein.Célébrer ses erreurs ? Quelle étrange idée que d'imaginer faire valoir ses failles dans un monde où tout s'accélère et où règne la loi du " toujours plus ". Que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, l'erreur se chuchote. Air gêné, yeux baissés. On commente les bides des autres en espérant ne pas être le prochain sur la liste. C'est la mauvaise copie montrée devant la classe, l'exemple à ne pas reproduire. C'est le " peut mieux faire " qui colle à la peau. Pour Christine Vloeberghs, coach et formatrice en entreprise depuis plus de dix ans, " nous vivons dans une société de prestation, où les échecs ne sont pas trop acceptés et où il est préférable de les taire. Je remarque d'ailleurs une tendance dans certaines entreprises qui est de réorienter les personnes après un insuccès, au lieu de leur donner de nouvelles opportunités. "Cela dit, cette mentalité semble s'inverser et de plus en plus de milieux professionnels ajustent la visière. " Certaines entreprises commencent à me demander des formations sur la valorisation des talents. C'est-à-dire qu'au lieu d'évaluer des compétences professionnelles, elles privilégient la mise en valeur des talents innés de chacun. Pour moi, c'est une très bonne chose. Cela prouve un changement dans la culture d'entreprise et, d'une certaine manière, cela peut permettre de mieux vivre l'erreur quand elle survient. "Si l'échec a des vertus insoupçonnées, il peut aussi avoir un grand impact sur l'estime de soi lorsqu'il est associé à un sentiment de fêlure. Mais c'est aussi le tremplin vers l'introspection. " Se relever d'un plantage est l'occasion d'analyser à quel point on est autocritique envers soi-même. Si on parvient à diminuer un peu cette autocritique, on s'ouvre à l'autocompassion, ce qui est essentiel car à partir de là, on peut reprendre des forces et avancer. Mais le processus est très long. Car bien qu'on soit sensible à la critique des autres, celle que l'on s'inflige à soi-même est parfois bien pire ", explique Danielle Massart.Par ailleurs, c'est souvent face à l'adversité que notre caractère s'affirme. Le philosophe Charles Pépin l'assure : l'erreur rend humble. Pour lui, une personne qui n'échoue jamais risque de devenir arrogante.Tandis que celle qui rate après avoir donné le maximum découvre la sagesse de l'acceptation. Tout réussir amène à croire à la démesure, on est alors tenté de rester dans une certaine zone de confort. Tandis que rater en beauté peut s'avérer être une chance exceptionnelle. Steve Jobs est d'ailleurs l'exemple parfait cité par Charles Pépin dans son livre Les Vertus de l'échec (Allary Editions). Avant d'être écarté de sa propre société (Apple), il était devenu imbus de sa personne et ivre de succès. Cela lui fit perdre tout contrôle en même temps que le contact avec la réalité. Il n'écoutait plus personne, ne doutait jamais de lui. Pourtant, ce ratage complet s'avéra sa plus grande leçon d'humilité : il reprit pied et cela lui permit d'entamer l'une de ses périodes les plus créatives, concrétisée par la gamme en " i " de la marque à la pomme. La preuve qu'il faut parfois retoucher la terre pour mieux viser le ciel.Une fois convaincu que l'échec peut être bon à prendre, encore faut-il savoir l'accepter sans rechigner. Et cela s'apprend. Tout commence par en accueillir l'idée. " Ensuite, il faut faire la paix avec cette idée et évaluer notre erreur. Est-ce qu'on a réellement échoué ou pas ? Est-ce qu'on se met en échec parce que d'autres ont dit que c'en était un ? Toutes ces choses doivent être analysées ", explique Danielle Massart. Toutefois, il faut faire la différence entre l'acceptation et la résignation. " La résignation, c'est se dire que les choses sont comme elles sont, et tant pis. Alors que l'acceptation, c'est réaliser ce qui arrive mais décider d'en faire quelque chose. C'est se rendre compte qu'on peut adoucir cette situation en y travaillant et reconvertir ce sentiment honteux en quelque chose de positif. " Pour redonner fière allure à ses fêlures, deux questions : " Que s'est-il passé ? " et " Quel apprentissage en tirer ? " Et la réponse à ces deux interrogations est la première clé pour réaliser les bienfaits de l'échec et apprendre la bienveillance envers soi-même. Comme le disait l'écrivain et poète Samuel Beckett, " déjà essayé, déjà échoué, peu importe. Essaie encore, échoue encore, échoue mieux." Et puisque l'erreur est humaine, pourquoi attendre avant de l'apprivoiser ? Par Zoé Lampe