Le monde des confinés est divisé en deux communautés. Celle des infatigables plaintifs qui se morfondent face à l'ennui ayant envahi chaque recoin de leur quotidien. Et celle des résignés enjoués qui n'oublient pas de se prosterner devant le constat le plus euphorique qui soit : jusqu'ici, ils vont bien. J'ai rejoint (virtuellement) ces derniers dès le début de la quarantaine, m'émerveillant avec eux face aux divertissements imaginés par les gens afin de mieux se transformer en antisociaux ne perdant pas leur sang-froid.
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Le monde des confinés est divisé en deux communautés. Celle des infatigables plaintifs qui se morfondent face à l'ennui ayant envahi chaque recoin de leur quotidien. Et celle des résignés enjoués qui n'oublient pas de se prosterner devant le constat le plus euphorique qui soit : jusqu'ici, ils vont bien. J'ai rejoint (virtuellement) ces derniers dès le début de la quarantaine, m'émerveillant avec eux face aux divertissements imaginés par les gens afin de mieux se transformer en antisociaux ne perdant pas leur sang-froid. Parmi les idées étranges, j'ai fait l'impasse sur les cours de fitness en ligne offerts par Basic Fit ou Decathlon (de peur de devenir trop svelte et que ma famille ne me reconnaisse pas d'ici quelques semaines), les apéros Skype entre potes (de peur que mes amis deviennent encore plus alcooliques qu'ils ne le sont), les concerts live donnés par les artistes depuis leur salon (de peur que Patrick Bruel me montre sa... guitare) et les challenges consistant, entre autres, à enchaîner les jonglages en chaussettes avec des rouleaux de papier WC (de peur que ma chère moitié m'assassine, me démembre et me jette au compost - oui, ce confinement me rend parfois un brin parano). Par contre, j'ai ouvert grand les yeux sur le ciel qui, sans scrupule, s'est mis en tête de faire rimer isolement avec printemps. Mon moment préféré de l'année, quand il fait beau mais pas trop chaud, lumineux mais pas trop radieux. Le genre de météo qui te donne (presque) envie d'applaudir le come-back de Benny B, qui a ressorti son tube Mais vous êtes fous ? pour le changer en Restez chez vous (si si, il l'a fait). Alors j'ai enfilé une veste et je suis sorti (attendez la suite avant de me dénoncer à la police)... dans mon jardin. Objectif : tondre la pelouse afin de pouvoir y promener ma fille de 2 ans et demi quand "papa a une réunion avec ses collègues sur l'ordinateur, mais laisse tomber, je t'expliquerai quand tu sauras jongler avec du papier WC". L'occasion de découvrir enfin ce que mon robot-tondeuse, acheté quelques semaines plus tôt, a dans le ventre. Un androïde que je décide de baptiser Greta en raison de sa conscience écologique - il est 100 % électrique - et qui me demande environ 2 heures de préparation afin de délimiter son territoire et installer des bandes de fils qui lui serviront de repères. La récompense ? Un bonheur total. Il suffit de s'asseoir, de penser à tous ceux qui s'adonnent à des séances intensives d'abdos-fessiers devant leur écran, et d'observer la machine à l'oeuvre. Quasiment silencieuse, Greta fend l'herbe en toute sérénité, sans jamais exiger de rafraîchissement ou la moindre pause. L'abnégation dans toute sa splendeur. Certes, j'aurais aimé qu'en option, elle puisse aussi jouer au football avec mon enfant. Et bien sûr, d'après son mode d'emploi, elle ne retourne pas non plus les pilons de poulet sur le barbecue. On a tous des défauts. Et moi en premier. Par exemple, je suis allergique aux pollens. Quand je me suis mis à éternuer plusieurs fois d'affilée, mes voisins, légèrement fébriles, ont fermé violemment leur fenêtre. De quoi m'offrir soudainement un double aperçu du futur : la version technologique et la potentielle version " relations humaines ". Il ne faudrait pas que cette autarcie dure trop longtemps...