A l'occasion de la sortie du documentaire Ma voix t'accompagnera, qui voit deux anesthésistes, Fabienne Roelants et Christine Watremez, recourir à l'hypnose dans le cadre d'opérations chirurgicales et d'autres actes médicaux, nous avons eu envie de nous pencher sur cette étrange discipline, source de fantasmes et d'approximations depuis son apparition à la fin du XVIIIe siècle. Afin de sortir des clichés, des paupières lourdes et des divagations new-age aux contours vaguement ésotériques, nous nous sommes tournés vers l'avis éclairé du docteur Georges Samouri des cliniques Saint-Pierre d'Ottignies. En tant qu'anesthésiste, il était confronté tous les jours à des patients "stressés pour leur opération", voire "anxieux à l'idée même de rentrer dans un bloc opératoire". Soucieux d'améliorer autant que possible la prise en charge, il a entamé une formation en communication thérapeutique, et constaté dans la foulée un impact positif auprès de ses malades. "J'ai donc voulu pousser plus loin, raconte-t-il, en suivant la formation "Hypnose, douleur aiguë et anesthésie". C'est, à mon sens, un outil de plus dans la prise en charge globale du patient." Une technique généralement employée en complément des méthodes de sédation traditionnelles qui ne convient qu'à des cas très précis cependant.
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A l'occasion de la sortie du documentaire Ma voix t'accompagnera, qui voit deux anesthésistes, Fabienne Roelants et Christine Watremez, recourir à l'hypnose dans le cadre d'opérations chirurgicales et d'autres actes médicaux, nous avons eu envie de nous pencher sur cette étrange discipline, source de fantasmes et d'approximations depuis son apparition à la fin du XVIIIe siècle. Afin de sortir des clichés, des paupières lourdes et des divagations new-age aux contours vaguement ésotériques, nous nous sommes tournés vers l'avis éclairé du docteur Georges Samouri des cliniques Saint-Pierre d'Ottignies. En tant qu'anesthésiste, il était confronté tous les jours à des patients "stressés pour leur opération", voire "anxieux à l'idée même de rentrer dans un bloc opératoire". Soucieux d'améliorer autant que possible la prise en charge, il a entamé une formation en communication thérapeutique, et constaté dans la foulée un impact positif auprès de ses malades. "J'ai donc voulu pousser plus loin, raconte-t-il, en suivant la formation "Hypnose, douleur aiguë et anesthésie". C'est, à mon sens, un outil de plus dans la prise en charge globale du patient." Une technique généralement employée en complément des méthodes de sédation traditionnelles qui ne convient qu'à des cas très précis cependant. L'hypnose médicale, c'est quoi? "Il faut d'abord comprendre le principe de "conscience critique", insiste Georges Samouri, soit un état d'éveil qui nous permet d'explorer le monde qui nous entoure. Une autre partie de l'état d'éveil nous fait faire abstraction du monde extérieur et nous focalise sur quelque chose qui nous intéresse plus particulièrement, par exemple un film: c'est ce qu'on appelle la " transe spontanée ". L'hypnose nous permet simplement d'activer celle-ci, présente chez tout le monde." Il est d'ailleurs communément admis que nous sommes tous hypnotisables, même si certains ont parfois besoin de plus de temps pour se laisser apprivoiser. Dans tous les cas, l'expérience démarre avec cette transe, qui serait donc induite par le praticien: "C'est la "transe provoquée", qui nous permet de réaliser, avec le concours d'une anesthésie locale, des interventions de chirurgie du sein (surtout pour le cancer), de thyroïde, de varices, etc. L'éventail est large." Il ne s'agit donc pas d'être réduit à l'état de pantin, à la merci d'un hypnotiseur-marionnettiste disposant de nous à son bon vouloir. L'outil permet surtout de profiter d'avantages non négligeables en tant que patient: "Moins d'appréhension en arrivant au bloc opératoire, diminution des médicaments reçus et meilleure récupération en post-opératoire. Le patient se sent acteur de sa propre prise en charge", observe le médecin. Quant à savoir par quelle magie notre humain est capable de telles prouesses, il s'agit peut-être moins d'une question de neuropsychologie que de facteur humain: le socle qui rend possible cet apparent miracle, c'est la relation entre le praticien et son patient. "Le principe roi est: H=MC2, résume le docteur Samouri. La célèbre formule détournée se comprend comme "Hypnose = Motivation x Confiance x Coopération". Le patient doit avoir confiance en son thérapeute, mais l'inverse est également indispensable. C'est pourquoi nous voyons chaque candidat en pré-opératoire. Nous réfléchissons ensemble au sujet qui l'intéresse et qu'il choisit. Durant l'intervention, nous le guidons à travers ce sujet pour qu'il soit le plus décontracté possible." Ce sujet, qui évoque la pensée agréable chère à Peter Pan, peut être un voyage, une expérience vécue, un souvenir agréable...Et ça marche! D'ailleurs, si le recours à l'hypnose est en train de faire son chemin dans les blocs opératoires, la méthode a déjà largement fait ses preuves dans le développement personnel. On ne compte plus les séminaires de coaching et les thérapies brèves qui s'en réclament pour lutter contre une addiction ou surmonter une phobie. "Là encore, c'est la formule H=MC2 qui prévaut, poursuit l'expert. Praticien et patient doivent pouvoir compter l'un sur l'autre. La différence fondamentale est qu'en hypnose médicale, tout est axé sur le confort de la personne prise en charge: lumière tamisée, musique, discrétion du personnel soignant, etc. Lors des séances de coaching pour se débarrasser d'une addiction ou d'une phobie, le patient "travaille" pour modifier ses habitudes. Il doit se dévoiler pour atteindre le succès."C'est d'ailleurs précisément là que se situe la frontière entre la thérapie et les spectacles d'hypnose façon Messmer. Comme le distingue le spécialiste, "l'hypnose de ces shows est une hypnose directive, où le praticien dirige lui-même toute la séance et apporte lui-même toutes les solutions". Et bien sûr, à l'hôpital ou dans le cabinet d'un thérapeute, personne ne vous applaudira à votre réveil...