La dernière cérémonie des Oscars a été marquée par la censure d'un spot publicitaire pour les produits d'hygiène féminine Fridamom. On y voyait une femme se lever en pleine nuit, les pleurs de son bébé en fond sonore, pour se rendre péniblement aux toilettes avec son corps de toute jeune mère. Le rejet de la publicité a déclenché un tollé, libérant du même coup la parole autour des suites de couches. Sous le hashtag #monpostpartum, les femmes ont raconté leur vécu et parfois montré leur corps, bien loin de la maternité idéale traditionnellement représentée dans l'imaginaire collectif.
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La dernière cérémonie des Oscars a été marquée par la censure d'un spot publicitaire pour les produits d'hygiène féminine Fridamom. On y voyait une femme se lever en pleine nuit, les pleurs de son bébé en fond sonore, pour se rendre péniblement aux toilettes avec son corps de toute jeune mère. Le rejet de la publicité a déclenché un tollé, libérant du même coup la parole autour des suites de couches. Sous le hashtag #monpostpartum, les femmes ont raconté leur vécu et parfois montré leur corps, bien loin de la maternité idéale traditionnellement représentée dans l'imaginaire collectif. Pourtant, malgré ces brèches qui fendent l'image d'une mère forcément belle, les changements physiques qu'impliquent la grossesse et l'accouchement sont tout juste évoqués dans l'intimité du cabinet de la sage-femme ou du kiné. Le dos meurtri, la fatigue écrasante, le sexe douloureux, le ventre vide et mou, le périnée abîmé... sont tellement tabous que, la plupart du temps, les femmes découvrent les choses en les vivant. Et cela malgré l'amélioration de la prise en charge psycho-affective de la maternité. Dans la culture populaire, il n'y a guère que Florence Foresti qui parvient à faire rire autour des désagréments de la grossesse, dans son one-woman-show Motherfucker. Les vergetures, les hémorroïdes, les seins en " réseau autoroutier en filigrane, veines apparentes, Google maps en permanence " révèlent soudain un potentiel comique jusqu'ici inconnu. Justine, 43 ans et maman de deux enfants, raconte, avec d'autres mots : " J'ai très bien vécu les changements de mon corps pendant la grossesse. Prendre du poids était pour moi quelque chose de nécessaire. J'adorais avoir un gros ventre et une belle poitrine. Je me sentais fière ! En revanche, les suites de couches ont été difficiles. J'ai été véritablement choquée en me voyant dans le miroir, j'avais l'impression d'avoir un corps en friche. A quel autre moment de la vie vous perdez 8 kilos en 24 heures ? Trois ans après mon deuxième bébé, je suis encore très complexée par mon ventre. Mes abdominaux ne se sont pas refermés, mon nombril sort. Mes seins sont raplaplas, même mes mamelons sont moches ! Pourtant, je ne m'en sors pas trop mal. Je n'ai pas de vergetures, je suis restée mince. J'admire les femmes qui osent montrer leurs chairs meurtries, disant qu'elles trouvent ça beau parce que ce sont les marques de leur maternité. Si j'ai adoré être enceinte, je ne trouve pas mon corps " plus beau " parce qu'il a porté la vie. Ma cicatrice de césarienne ne me dérange pas, mais je ne la trouve pas spécialement belle parce qu'elle symbolise mon devenir mère. Je l'avoue, il m'arrive de regarder le joli petit ventre des filles sur la plage en repensant avec nostalgie à ma silhouette d'avant... Pourtant, je suis reconnaissante envers mon corps. J'ai eu des grossesses sans encombre malgré mon âge, et j'ai allaité mes enfants facilement, ce qui représentait une revanche sur mon complexe de petite poitrine. " " La maternité, c'est toute une transformation, mentale et physique. Chacune la vit différemment, mais chacune doit y faire face, analyse Delphine, 32 ans et maman d'une petite Ambre de 3 ans. On évoque la charge mentale des mères, mais je suis convaincue que notre fatigue est aussi physique. J'ai l'impression que mon corps ne suit plus. C'est la sensation qui me marque le plus puisqu'elle m'a changée. Une autre surprise a été l'apparition de rides. Je lie ces rides à la maternité et je ne le vis pas bien du tout. " Julie Blondiau, psychologue, sexologue, professeur de yoga pré et postnatal (*), accueille les futures et jeunes mères lors de séances collectives où douceur et soutien priment. " Je fais un tour de parole très précieux pour les femmes, qui leur permet de se sentir moins seules. En prénatal, j'en profite pour les préparer. Je leur explique que leur corps va changer, que les coupes des vêtements qui leur allaient ne seraient peut-être plus les mêmes après. Je prends aussi le parti de leur dire que, lorsque leur bébé sera là, il peut y avoir un moment où elles ne sauront plus quoi faire, et que c'est normal. En postnatal, les mamans se plaignent en premier lieu des vergetures et de leur ventre. Je les rassure et, si besoin, je les oriente vers un thérapeute. Je travaille avec tout un réseau de kinés, sages-femmes... Elles arrivent à mes cours dans un état de grande fatigue. Ces séances sont un lieu où, finalement, le féminin soigne le féminin : elles se soutiennent mutuellement. Si l'une évoque ses pertes urinaires, une autre dira " moi aussi ! " Cela leur permet de sortir de la honte. " Certaines, comme Tiphaine, 32 ans, maman d'une petite fille de 8 mois, envisagent les modifications physiques induites par la maternité positivement. Pourtant, pour cette sportive assidue, c'était loin d'être évident. " J'étais monitrice d'escalade. Il a fallu que j'accepte un changement des compétences d'un corps de sportive pour un corps de future maman que je devais laisser tranquille. " Si Tiphaine n'a pas bien vécu le post-partum immédiat, elle est en revanche très fière de son corps de mère, qu'elle trouve plus beau aujourd'hui qu'à l'adolescence. " Ça aurait été terrible que mon corps ne garde aucune trace ! ", s'exclame-t-elle. Elle évoque l'importance du regard du partenaire : " J'ai la chance d'avoir un compagnon qui me trouve toujours belle et désirable, et qui me soutient dans ma maternité. Le sexe est important pour moi. Peut-être que me sentir épanouie de ce côté-là m'aide aussi à assumer mon corps de maman. " Sur Instagram, les mères confient leurs blessures - physiques et psychologiques -, les violences obstétricales, les traumatismes. Mais également ces marques dont elles sont fières, ce corps qui les a surprises par sa puissance d'enfantement, et, malgré tout, par son pouvoir de guérison. Il y a aussi celles qui postent fièrement leur ventre plat trois jours après l'accouchement, dans une surenchère body positive. Malgré ce " mom power " revendiqué, il arrive que les bouleversements corporels aient été si intensément vécus qu'ils peuvent avoir un impact sur la maternité. Difficultés à créer du lien avec bébé, dépression post-partum... Une grossesse ou un accouchement traumatiques peuvent véritablement remettre en question le projet d'une nouvelle grossesse. C'est parfois ce qui se joue dans l'appréhension d'une femme à allaiter son prochain bambin. Pour des raisons physiologiques, mais aussi pour ces remarques - de l'entourage, du corps médical - qui font douter. " Tes seins sont trop petits, tu n'as pas assez de lait, il est trop grand pour téter ". Ce que la femme fait - ou ne fait pas - de son sein est toujours sujet à débat. Un faisceau de représentations à la fois médiatiques, culturelles, voire politiques, rappelle que le corps des femmes reste un objet social. Et l'exemple de la poitrine est criant : la femme allaitante se heurte souvent au regard d'une société qui semble avoir oublié le rôle premier du sein, avant celui d'incarner l'emblème érotique par excellence. Justine confirme : " Pendant mon allaitement, il m'arrivait de soupeser d'une main chaque sein pour vérifier lequel était plein, et donc quel sein je devais donner en premier. Je faisais ce geste en pilotage automatique, à des années-lumière du potentiel érotique de ma poitrine. Je me disais qu'il fallait que je sois plus discrète ! L'allaitement, ou plutôt sa perception sociale, te renvoie souvent au visage qu'attention, il faudra bien qu'à un moment donné, bébé arrête de téter pour que le sein redevienne celui de papa. " Déjà, pendant la grossesse, le corps de la femme ne lui appartient plus de façon absolue. La future mère doit faire attention au bébé qu'elle porte. Son corps est régulièrement pesé - certains praticiens sont très culpabilisants à peine quelques kilos pris -, examiné, touché. Puis, l'enfant paraît, et, sa capacité reproductrice lui est soudainement rappelée. Elle quitte la maternité l'ordonnance pour une contraception à la main, alors même que ses entrailles ne sont pas cicatrisées. Selon Julie Blondiau, " les jeunes mamans prennent du temps pour revenir à une sexualité qu'elles désirent. Mais pour certaines, reprendre une activité sexuelle relativement vite leur permet de se reconnecter à leur partenaire. Le sexe est une manière de se relier à soi, même si ça passe par se relier à l'autre. Et puis la maternité est aussi souvent l'occasion de découvrir son anatomie. La plupart des femmes ne connaissent pas leur périnée avant d'être enceinte. Prendre conscience de son existence, le travailler, ouvre un champ des possibles : plus de plaisir, de nuances, d'échanges... " Ce qu'appuie Tiphaine : " J'ai découvert tellement de choses sur les muscles de cette zone ! Dommage qu'il faille accoucher pour aller à la découverte de tout ça. C'est merveilleux tout ce qu'on peut faire en subtilité. " Connais-toi toi-même, disait le philosophe. C'est aussi là, possiblement, que réside la force du devenir mère.