Selon la sagesse populaire : qui se ressemble s'assemble. Une nouvelle étude nuance quelque peu ce constat. Plus que les ressemblances, c'est peut-être la façon dont vous voyez le monde qui fait jaillir l'étincelle. Voici ce qui se passe vraiment lorsqu'un parfait inconnu devient un proche quasi instantanément.
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Selon la sagesse populaire : qui se ressemble s'assemble. Une nouvelle étude nuance quelque peu ce constat. Plus que les ressemblances, c'est peut-être la façon dont vous voyez le monde qui fait jaillir l'étincelle. Voici ce qui se passe vraiment lorsqu'un parfait inconnu devient un proche quasi instantanément. Nous l'avons tous, ou presque, au moins vécu une fois. Vous rencontrez un(e) inconnu(e) et dans les minutes qui suivent vous savez que cette personne va devenir votre ami ou plus. Souvent, c'est la découverte d'un point commun qui sert de départ et, rapidement, c'est comme une évidence, un sentiment de connexion fait que vous "savez" que la personne en face de vous vous comprend et réciproquement. Pourquoi le contact passe-t-il si bien avec cette personne alors qu'avec d'autres c'est nettement plus laborieux ? La réponse ne se situerait pas tant chez la personne, mais plutôt dans le contenu de la conversation que vous avez avec elle. Ce n'est donc pas tant avec qui nous parlons qui importe, mais ce dont nous parlons. "Nombre de nos meilleures conversations, que ce soit avec une nouvelle connaissance ou un vieil ami, portent sur le monde qui nous entoure plutôt que sur nous-mêmes", précise encore la BBC. L'un des pouvoir de la conversation est aussi que cela nous rapproche les uns des autres. Elle nous permet de donner un sens au monde qui nous entoure et de construire une réalité partagée. Selon Maya Rossignac-Milon, psychologue à l'université de Columbia, ce serait même là le secret des bonnes relations. Dans le domaine de la psychologie des relations, la plupart des recherches se sont concentrées sur ce que les gens ressentent l'un pour l'autre. Elles oublient un peu vite cette réalité partagée, ou ce qu'on appelle parfois une même vérité, qui pour Maya Rossignac-Milon est le troisième partenaire de toutes bonnes relations. Dans les relations qui durent, les esprits se rencontrent, se synchronisent et même parfois fusionnent. Au point que certains finissent par voir à travers une même lorgnette tout ce qui les entoure. Avec son étude, elle démontre que les personnes qui vivent une réalité partagée avec leur partenaire se sentent plus engagées émotionnellement et intellectuellement les unes envers les autres. Cela passe par les centres d'intérêts communs, les valeurs défendues, les passe-temps... Ses travaux permettent surtout de repenser la façon dont nous organisons nos interactions, personnelles et professionnelles. Car cette réalité partagée s'applique aussi à des personnes que l'on ne connaît pas encore. Ainsi, dans son étude, celles et ceux qui avaient dit les mêmes choses en même temps, utilisé des phrases comme "J'étais sur le point de dire que..." se sentaient alors plus proches de l'autre personne, au point d'être très heureux de les rencontrer en vrai et plus confiants dans leurs propres opinions sur le monde.Nous ne serions donc pas nécessairement attirés par les personnes qui nous ressemblent a priori. Selon la théorie de la réalité partagée, nos préférences se forment à travers nos interactions sociales et n'existent donc pas antérieurement à nos rencontres. Mais contrairement à ce qu'on pense, cette similarité n'est pas quelque chose de facilement quantifiable puisque comme le fait remarquer Paul Eastwick, professeur de psychologie à l'université de Californie, "la similarité est souvent une chose que deux personnes créent ou découvrent ensemble sur le moment. Ce n'était pas "là" sur le papier avant que l'interaction ait lieu". Cette étude démontre surtout que ce sont les échanges naturels qui font tout.Cela sous-entend donc que nous ne pouvons pas savoir quelles sont nos préférences avant d'avoir rencontré l'autre personne. Une nouvelle relation est donc un acte de créativité mutuelle où la bonne équation est très difficile à prévoir. Il n'existe donc pas de recette toute faite pour une rencontre réussie. Les différents algorithmes du monde des sites de rencontre ne pourront donc au mieux garantir qu'un pourcentage de match, mais pas la certitude absolue que ces deux personnes vont réellement se connecter. Le travail de Rossignac-Milon a aussi des implications sur la façon dont nous organisons nos interactions, personnelles et professionnelles. Si l'une des façons de créer un lien social est de construire une réalité partagée, alors il est bon de créer des occasions de conversations en partant de stimuli externes comme une visite culturelle ou un teambuilding. Cela permettrait d'accélérer le processus de connexions. La théorie de la réalité partagée suggère que nous sommes plus susceptibles de nous sentir plus proches les uns des autres lorsque nous tournons notre attention mutuelle vers quelque chose qui nous dépasse. Du coup, malgré le fait que nous n'avons plus guère d'occasion de sortir à cause du Corona, il est pourtant nécessaire de ne pas trop délaisser le monde et de cultiver sa curiosité envers ce qui nous entoure. Histoire d'avoir toujours quelque chose à raconter.