Mentir, c'est mal. On vous l'apprend dès votre enfance et on ne cesse de vous le répéter pour que, jamais, vous ne l'oubliiez. Pourtant, la plupart des adultes sont des menteurs patentés. Nous inventons des excuses pour nos retards, nous mentons sur notre CV ou nous dissimulons un faux pas à notre partenaire. Nous dédions 20 à 30 % du temps que nous passons avec les autres à raconter des mensonges. Il est donc d'autant plus remarquable que nous attendions de nos interlocuteurs qu'ils soient, eux, honnêtes à chaque instant.
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Mentir, c'est mal. On vous l'apprend dès votre enfance et on ne cesse de vous le répéter pour que, jamais, vous ne l'oubliiez. Pourtant, la plupart des adultes sont des menteurs patentés. Nous inventons des excuses pour nos retards, nous mentons sur notre CV ou nous dissimulons un faux pas à notre partenaire. Nous dédions 20 à 30 % du temps que nous passons avec les autres à raconter des mensonges. Il est donc d'autant plus remarquable que nous attendions de nos interlocuteurs qu'ils soient, eux, honnêtes à chaque instant. C'est parce que "nous sommes toujours plus stricts envers les autres qu'envers nous-mêmes", explique l'auteure Judi Ketteler. Dans son dernier livre, Never Lying Again, elle analyse pourquoi les gens déforment la vérité. "Nous balayons facilement nos propres mensonges sous le tapis. Nous sommes passés maîtres dans l'art de justifier nos propres actions. Mais lorsque nous surprenons quelqu'un d'autre à mentir, nous ne ressentons pas le besoin de lui trouver des excuses. Notre jugement est alors sans pitié."Selon Ketteler, cet acharnement est lié à notre volonté de maintenir notre image d'être humain honnête et vertueux. Nous disons inconsciemment beaucoup de mensonges. Pensez, par exemple, aux exagérations ou aux mensonges "pour la bonne cause". Nous les laissons échapper avec une telle désinvolture que l'on ne s'en rend même plus compte. Lorsque quelqu'un d'autre se fait avoir bêtement en racontant des charabias, nous oublions un peu vite que, nous aussi, nous racontons constamment de telles absurdités.Nous avons également tendance à diviser l'humanité en deux groupes : les personnes honnêtes et les personnes malhonnêtes. "C'est très noir et blanc, alors que la réalité est plus complexe", dit Ketteler.Pour savoir pourquoi les gens mentent, Ketteler a lu de nombreuses études et interrogé des dizaines d'experts. Elle a également examiné de près sa propre honnêteté. Pendant un mois, elle a délibérément écrit chaque mensonge dans un journal intime. Une expérience très révélatrice. "L'une des premières choses que j'ai apprises est que je mens beaucoup plus souvent que je ne le pensais. (rires) L'inattention était une raison importante, tout comme la peur de blesser quelqu'un ou de le mettre dans une position difficile. D'autres mensonges étaient du pur égoïsme. Par exemple, j'ai tendance à me donner le bon rôle lorsque je raconte des histoires en groupe.En notant tout soigneusement, Ketteler a pris conscience de ses propres mensonges et des motifs qui les sous-tendent. C'est ainsi qu'elle a découvert qu'elle se mentait aussi régulièrement à elle-même. La raison ? Pour maintenir, mais oui, cette fameuse image de soi. "Par exemple j'étais convaincue que je savais bien écouter les gens. Il s'est avéré que ce n'était pas vraiment le cas avec mon partenaire où très vite je me braquais. De telles découvertes sont désagréables, car elles vont à l'encontre de l'image positive que vous avez de vous-même. En prenant conscience de ce type de schémas de pensée, vous obtenez une vision plus réaliste de vous-même.""Maman, c'est toi qui a tué le chat ? Répondre "oui" à ce genre de question, même si c'est la vérité, n'est pas une évidence. C'est pourquoi de nombreux parents ont tendance à édulcorer la vérité. "Notre chat s'est endormi pour une très longue nuit", pourrait sembler plus approprié. Mais est-ce le cas ?"Les enfants peuvent supporter beaucoup plus que ce que nous pensons. J'ai découvert cela dès que j'ai décidé d'être plus honnête avec eux. Quand ma fille m'a demandé si j'avais tué le chat, je lui ai dit honnêtement que le vétérinaire l'avait endormi. A mi-chemin de mon explication, elle ne semblait déjà plus si intéressée par la réponse. J'adopte la même approche pour les questions relatives à la sexualité. Nous supposons que nous pouvons éviter ces sujets jusqu'à ce qu'ils soient "prêts", sauf que nos enfants sont tous sur Internet. Il y a de fortes chances qu'ils en sachent déjà beaucoup plus que ce que nous soupçonnons. En n'en parlant pas, on crée des tabous. En outre, il est absurde de dire aux enfants qu'ils doivent toujours être honnêtes, alors qu'ils savent pertinemment qu'il vous arrive régulièrement de mentir".Si dans un contexte familial, l'honnêteté ne va déjà pas de soi, ce n'est pas plus le cas au travail. Si vos amis sont peut-être prêts à vous accepter tels que vous êtes, y compris avec vos défauts, il n'en va pas de même au travail. Nous présentons une version plus structurée, équilibrée et compétente de nous-même. C'est pourquoi la plupart des mensonges que nous racontons sur notre lieu de travail ont - encore une fois - trait à l'identité que nous voulons protéger. Par exemple, nous tairons plus facilement nos erreurs, remontrances ou autres remarques négatives. Pourtant, tous les mensonges ne sont pas forcément mauvais, souligne encore Ketteler. Dans certains cas, la parole est d'argent, mais le silence est d'or. Avant de dire une vérité très dure à quelqu'un, il peut être utile de vous demander si c'est votre rôle. Car outre l'honnêteté, d'autres valeurs peuvent jouer un rôle. Parfois, je pense que nous, en tant que sociétés, avons à tort fait passer l'honnêteté avant toute autre chose. Se faire confiance et s'aimer est tout aussi important dans une relation". En d'autres termes: ne vous précipitez pas vers votre meilleure amie quand vous apprenez qu'elle est trompée par son amoureux. Prenez le temps d'évaluer l'ensemble de la situation. Est-ce vraiment à vous de l'informer ? Et si oui, quel bénéfice tire-t-elle de votre honnêteté ? Se poser de telles questions font de vous un(e) meilleur(e) ami(e) et, par extension, une meilleure personne.