Plus d'un quart des Belges se dit malheureux (1). Pourtant, ce n'est pas faute d'" outils " à disposition. Rien que chez Amazon, on recense aujourd'hui plus de deux mille ouvrages dont le titre comporte le terme " bonheur ", à tel point que certains n'hésitent pas à dénoncer ce qui ressemble à une arnaque sociétale menée de main de maître, comme s'il existait une recette de la félicité en kit, porte ouverte à une dictature où tout sujet malheureux est immédiatement déconsidéré et culpabilisé. La déferlante de livres consacrés au développement personnel, au dépassement de soi et autres modes d'emploi pour réussir à être heureux fait croire à une utopie accessible, en réalité une société infantilisée dans laquelle on consommerait du bien-être comme n'importe quelle autre denrée.

© illustration : istock / p.Godefroid

C'est cette industrie du bonheur que critiquent les sociologues Eva Illouz et Edgar Cabanas, dans Happycratie (2), ouvrage qui décrypte un marché juteux, régi par l'injonction permanente à oser réinventer sa vie à défaut de l'avoir réussie. A coups de théories brinquebalantes sur l'amélioration et l'épanouissement de soi, cet ordre moral fait de la satisfaction artificielle une quête obligatoire et un modèle formaté à suivre absolument, reléguant la souffrance au rang de maladies honteuses dont nous serions responsables à 100%. Etre heureux ne dépendrait que de nous, malheur à ceux qui ne parviennent pas à se réaliser, brebis galeuses d'un troupeau de petits soldats dociles merveilleusement enclins à être comblés sur commande et par conformisme. " Force est d'admettre que la notion de bonheur joue désormais un rôle fondamental dans la compréhension que nous nous faisons de nous-mêmes et du monde. Elle est devenue si familière qu'elle est considérée comme parfaitement acquise, si naturelle qu'elle en a perdu toute espèce d'étrangeté ; il y aurait même quelque excentricité, quelque audace véritable à oser la remettre en question ", préviennent les deux auteurs dans l'introduction de leur livre décapant.

La félicité est désormais envisagée comme un ensemble d'états psychologiques susceptibles d'être commandés par la volonté.

Aujourd'hui, le message est en effet clair, simple... voire simpliste : la félicité n'est qu'une question de volonté. " Nous avons cessé de croire qu'elle est liée au destin, aux circonstances ou à l'absence de chagrin ; qu'elle couronne une vie vertueuse ou qu'elle est la maigre consolation accordée aux simples d'esprit. Bien au contraire, elle est désormais envisagée comme un ensemble d'états psychologiques susceptibles d'être instaurés et commandés par la volonté ; le résultat de la maîtrise de notre force intérieure et de notre " vrai moi " ; le seul but qui vaille la peine d'être poursuivi ; le critère à l'aune duquel il nous faudrait désormais mesurer la valeur de notre vie, nos réussites et nos échecs, et le degré de notre épanouissement psychique et émotionnel ", ajoutent Eva Illouz et Edgar Cabanas.

© sdp

Si certains érigent le bonheur en objectif suprême à atteindre, les sociologues rappellent de concert que cela n'empêche en rien de garder une distance critique par rapport au discours tenu par les prosélytes de cette science autoproclamée. Etre heureux devrait être une aspiration, et non une énième obligation. " D'autant qu'il s'agit d'une notion individuelle, la réponse ne peut donc pas être collective, avec une recette toute faite applicable au plus grand nombre ", prévient Patrick Traube, psychologue et psychothérapeute, qui met en garde contre les dérives possibles de cette recherche éperdue et rappelle d'ailleurs qu'elle n'est pas nouvelle. " L'individualisme a commencé à véritablement s'ancrer à partir des années 60, où l'être humain revendique la maîtrise de son destin. Concrètement, cela signifie donc que les leviers de contrôle de son existence sont en lui. " En d'autres termes, chacun peut trouver les ressources nécessaires, au plus profond de lui-même, pour réussir à atteindre le graal. Vous n'y parvenez pas ? Pas de souci, les " emodities " (contraction des termes anglais " emotions " et " commodities ", soit marchandises), les " marchandises émotionnelles ", viendront à la rescousse des inaptes au bonheur. Et Eva Illouz et Edgar Cabanas d'alerter contre ces fameux outils de développement personnel déclinés à toutes les sauces : coachs de vie, thérapies qui visent " à être soi, en mieux ", stages de méditation et autres formations en psychologie positive, autant de baguettes magiques qui devraient vous permettre d'élever votre existence en véritable modèle de perfection. La barre est placée de plus en plus haut et carrément dès l'enfance, tendance dénoncée par le psychopédagogue Bruno Humbeeck, qui voit dans la " babycratie " un dégât collatéral manifeste de l'" happycratie " et qui aspire à tout faire pour que son enfant soit heureux, épanoui et pleinement satisfait, quitte à tout sacrifier au nom de la toute-puissance de son bien-être.

Heureux, donc plus rentable

" Si voici quelques décennies, la souffrance était encore rédemptrice (" tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ", " tu accoucheras dans la douleur "...), aujourd'hui, c'est le bonheur qui devient un droit et une obligation. Une opportunité qu'a bien comprise le monde du travail, pas dupe du profit qu'il peut tirer de cette mutation. Priorité donc au confort psy des salariés ! Des collaborateurs heureux dans leur entreprise sont évidemment plus motivés, donc plus rentables ", commente Patrick Traube. Ce que déclarait également, dans Libération, Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, sorte de think tank citoyen : pour lui, le bien-être au travail est un enjeu pour la performance du pays.

© sdp

Message on ne peut plus clair et mode de fonctionnement dénoncé énergiquement par le philosophe Fabrice Midal ( lire par ailleurs), qui signe le best-seller Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre (3). Coachings individuels ou en groupe, émergences de " chief happiness officers ", " leçons de bonheur " pour rendre les employés heureux et cultiver la joie dans la boîte... et surtout booster les performances de celle-ci. Une supercherie, selon l'auteur, qui s'insurge contre ces outils de soumission et d'asservissement, qui culpabilisent d'autant plus tous ceux qui ne s'en trouvent pas mieux dans leur vie professionnelle, au point de mener à une pathologie moderne : le burn-out du bonheur ! Paradoxal quand l'on sait que 10 % seulement de cet état de pleine satisfaction dépendraient de causes extérieures. Le grand bluff d'un bien-être généralisé ne serait qu'un leurre au service d'une société où des gens épanouis s'avéreraient évidemment plus dociles.

Obliger les gens à des ateliers de bien-être ou de méditation sur le lieu de travail est un non-sens.

Quelle que soit la vraie raison, consciente ou non, beaucoup cherchent à s'accomplir dans leur profession, ce que confirme la coach de vie et en entreprise Alia Cardyn, auteure notamment de Créer son équilibre vie privée, vie professionnelle (4). " Moi, je crois que cette émergence est une façon, pour le monde du travail, de répondre à la quête de sens, très forte pour les générations actuelles, dont les besoins sont en partie différents. Une augmentation ou une promotion n'est plus le graal, qui consiste pour une grande majorité à se réaliser plus profondément.

Ce processus passe par l'identification de son rêve professionnel, puis par sa réalisation. Telle est la voie du bonheur pour beaucoup. Dans cette hypothèse, le rôle des professeurs de bonheur et autres chief happiness officers serait de permettre aux employés de s'épanouir au sein de la grande entreprise ", analyse la coach. D'où le mal-être qui en résulte quand " on n'y arrive pas ". " Contrairement à la société d'antan qui engendrait de la névrose (culpabilité, honte, rigidité mentale), nos sociétés postmodernes ou hypermodernes sont plutôt productrices d'angoisse de ne pas réussir, de stress, de burn-out avec comme antidotes les addictions, pour remplir un vide intérieur vécu comme insoutenable ou pour oublier l'impossibilité d'obtenir le succès, d'être à la hauteur.

C'est donc de sur-responsabilisation qu'il s'agit. Par ailleurs, il ne faut pas confondre bien-être et bonheur, mot trop galvaudé. Je pense qu'il s'agit plutôt de plaisir, de sérénité. Le second est beaucoup moins palpable et définissable, il est éminemment complexe et individuel. Prétendre donner des modes d'emploi à travers certains ouvrages niais ou autres coachings sur le même ton, c'est une hérésie. Par contre, tenter de contribuer à un certain bien-être, pourquoi pas ? "

© sdp

On est donc loin de pouvoir prétendre mesurer le BNB, " bonheur national brut " de notre pays, comme le calcule le Bhoutan, qui en a fait son indicateur de richesse voici plus de quarante ans, en lieu et place du traditionnel PNB (produit national brut). En Belgique, la compagnie d'assurance vie NN a lancé il y a quelques mois la plate-forme www.belgesheureux.be. Elle dresse une " carte du bonheur des Belges " et chacun peut même, à l'aide du " Bonheur-O-Mètre ", tester dans quelle mesure il est heureux comparativement à ses compatriotes. A voir si les Belges se déclareront plus heureux lors de la journée internationale du bonheur du 20 mars prochain. Et le poète Horace, en bon disciple d'Epicure, prônant le carpe diem - ou comment jouir pleinement de l'instant, car le présent seul est le temps du pur bonheur d'exister -, de se retourner dans sa tombe...

(1) Enquête nationale du bonheur, menée par l'UGent à l'initiative de la compagnie d'assurance vie NN.

(2) Happycratie, par Edgar Cabanas et Eva Illouz, éditions Premier Parallèle.

(3) Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre, par Fabrice Midal, éditions Flammarion/ Versilio.

(4) Créer son équilibre vie privée, vie professionnelle, par Alia Cardyn, éditions Jouvence.

Question à Fabrice Midal, philosophe

Comment en est-on arrivés à cette dictature du bonheur ?

Il faut d'abord distinguer le concept philosophique de bonheur même, selon Aristote, qui est le but de l'existence, le bien suprême et que l'on doit trouver en soi-même, et celui qui est imposé aujourd'hui, lié à une forme de capitalisme extrême où il faut absolument être heureux pour consentir à une oppression pernicieuse, dans un contexte où l'on est conduits à être auto-exploités. Un employé " heureux " n'a plus d'autre choix que d'être compétitif, il est soumis à l'employeur qui " fait tout pour qu'il atteigne le bonheur au travail ".

Chercher ce bonheur serait donc une forme de soumission ?

Nous sommes dans l'hystérie de la performance. Aujourd'hui, on ridiculise la quête de bonheur que l'on confond avec le confort. Etre heureux au travail, dans son couple, avec ses enfants... stop ! Cette obsession du développement personnel vire à la tyrannie, donc à la dictature. C'est une torture quotidienne qui vise à s'auto-imposer des normes qui ne nous correspondent pas, véhiculées par des injonctions auxquelles on a peur de dire non, par crainte de ne pas être " parfait ". Le bonheur n'est pas une obligation, mais une aspiration profonde. Obliger les gens à utiliser des outils sur commande, comme des ateliers de bien-être ou de méditation sur le lieu de travail est un non-sens. Nous sommes de moins en moins libres, il faut s'affranchir de ces diktats destructeurs !

D'où le titre de votre ouvrage, Foutez-vous la paix !...

Oui, car ces pseudo-outils mis à la disposition des travailleurs, notamment, même s'ils existent également pour la sphère privée, contribuent à mettre une pression énorme sur chacun. Obéir à ces injonctions semble un gage de prudence, suivre la consigne nous donne l'impression de " bien faire ". Or, c'est de la servitude. Ne consommons pas le développement personnel et la psychologie positive comme des recettes miracles... Ne renonçons pas à nos libertés. Le bonheur est fugace et se savoure, il ne s'apprend pas à coups de leçons et autres stages !

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Plus d'un quart des Belges se dit malheureux (1). Pourtant, ce n'est pas faute d'" outils " à disposition. Rien que chez Amazon, on recense aujourd'hui plus de deux mille ouvrages dont le titre comporte le terme " bonheur ", à tel point que certains n'hésitent pas à dénoncer ce qui ressemble à une arnaque sociétale menée de main de maître, comme s'il existait une recette de la félicité en kit, porte ouverte à une dictature où tout sujet malheureux est immédiatement déconsidéré et culpabilisé. La déferlante de livres consacrés au développement personnel, au dépassement de soi et autres modes d'emploi pour réussir à être heureux fait croire à une utopie accessible, en réalité une société infantilisée dans laquelle on consommerait du bien-être comme n'importe quelle autre denrée. C'est cette industrie du bonheur que critiquent les sociologues Eva Illouz et Edgar Cabanas, dans Happycratie (2), ouvrage qui décrypte un marché juteux, régi par l'injonction permanente à oser réinventer sa vie à défaut de l'avoir réussie. A coups de théories brinquebalantes sur l'amélioration et l'épanouissement de soi, cet ordre moral fait de la satisfaction artificielle une quête obligatoire et un modèle formaté à suivre absolument, reléguant la souffrance au rang de maladies honteuses dont nous serions responsables à 100%. Etre heureux ne dépendrait que de nous, malheur à ceux qui ne parviennent pas à se réaliser, brebis galeuses d'un troupeau de petits soldats dociles merveilleusement enclins à être comblés sur commande et par conformisme. " Force est d'admettre que la notion de bonheur joue désormais un rôle fondamental dans la compréhension que nous nous faisons de nous-mêmes et du monde. Elle est devenue si familière qu'elle est considérée comme parfaitement acquise, si naturelle qu'elle en a perdu toute espèce d'étrangeté ; il y aurait même quelque excentricité, quelque audace véritable à oser la remettre en question ", préviennent les deux auteurs dans l'introduction de leur livre décapant. Aujourd'hui, le message est en effet clair, simple... voire simpliste : la félicité n'est qu'une question de volonté. " Nous avons cessé de croire qu'elle est liée au destin, aux circonstances ou à l'absence de chagrin ; qu'elle couronne une vie vertueuse ou qu'elle est la maigre consolation accordée aux simples d'esprit. Bien au contraire, elle est désormais envisagée comme un ensemble d'états psychologiques susceptibles d'être instaurés et commandés par la volonté ; le résultat de la maîtrise de notre force intérieure et de notre " vrai moi " ; le seul but qui vaille la peine d'être poursuivi ; le critère à l'aune duquel il nous faudrait désormais mesurer la valeur de notre vie, nos réussites et nos échecs, et le degré de notre épanouissement psychique et émotionnel ", ajoutent Eva Illouz et Edgar Cabanas. Si certains érigent le bonheur en objectif suprême à atteindre, les sociologues rappellent de concert que cela n'empêche en rien de garder une distance critique par rapport au discours tenu par les prosélytes de cette science autoproclamée. Etre heureux devrait être une aspiration, et non une énième obligation. " D'autant qu'il s'agit d'une notion individuelle, la réponse ne peut donc pas être collective, avec une recette toute faite applicable au plus grand nombre ", prévient Patrick Traube, psychologue et psychothérapeute, qui met en garde contre les dérives possibles de cette recherche éperdue et rappelle d'ailleurs qu'elle n'est pas nouvelle. " L'individualisme a commencé à véritablement s'ancrer à partir des années 60, où l'être humain revendique la maîtrise de son destin. Concrètement, cela signifie donc que les leviers de contrôle de son existence sont en lui. " En d'autres termes, chacun peut trouver les ressources nécessaires, au plus profond de lui-même, pour réussir à atteindre le graal. Vous n'y parvenez pas ? Pas de souci, les " emodities " (contraction des termes anglais " emotions " et " commodities ", soit marchandises), les " marchandises émotionnelles ", viendront à la rescousse des inaptes au bonheur. Et Eva Illouz et Edgar Cabanas d'alerter contre ces fameux outils de développement personnel déclinés à toutes les sauces : coachs de vie, thérapies qui visent " à être soi, en mieux ", stages de méditation et autres formations en psychologie positive, autant de baguettes magiques qui devraient vous permettre d'élever votre existence en véritable modèle de perfection. La barre est placée de plus en plus haut et carrément dès l'enfance, tendance dénoncée par le psychopédagogue Bruno Humbeeck, qui voit dans la " babycratie " un dégât collatéral manifeste de l'" happycratie " et qui aspire à tout faire pour que son enfant soit heureux, épanoui et pleinement satisfait, quitte à tout sacrifier au nom de la toute-puissance de son bien-être. " Si voici quelques décennies, la souffrance était encore rédemptrice (" tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ", " tu accoucheras dans la douleur "...), aujourd'hui, c'est le bonheur qui devient un droit et une obligation. Une opportunité qu'a bien comprise le monde du travail, pas dupe du profit qu'il peut tirer de cette mutation. Priorité donc au confort psy des salariés ! Des collaborateurs heureux dans leur entreprise sont évidemment plus motivés, donc plus rentables ", commente Patrick Traube. Ce que déclarait également, dans Libération, Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, sorte de think tank citoyen : pour lui, le bien-être au travail est un enjeu pour la performance du pays. Message on ne peut plus clair et mode de fonctionnement dénoncé énergiquement par le philosophe Fabrice Midal ( lire par ailleurs), qui signe le best-seller Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre (3). Coachings individuels ou en groupe, émergences de " chief happiness officers ", " leçons de bonheur " pour rendre les employés heureux et cultiver la joie dans la boîte... et surtout booster les performances de celle-ci. Une supercherie, selon l'auteur, qui s'insurge contre ces outils de soumission et d'asservissement, qui culpabilisent d'autant plus tous ceux qui ne s'en trouvent pas mieux dans leur vie professionnelle, au point de mener à une pathologie moderne : le burn-out du bonheur ! Paradoxal quand l'on sait que 10 % seulement de cet état de pleine satisfaction dépendraient de causes extérieures. Le grand bluff d'un bien-être généralisé ne serait qu'un leurre au service d'une société où des gens épanouis s'avéreraient évidemment plus dociles. Quelle que soit la vraie raison, consciente ou non, beaucoup cherchent à s'accomplir dans leur profession, ce que confirme la coach de vie et en entreprise Alia Cardyn, auteure notamment de Créer son équilibre vie privée, vie professionnelle (4). " Moi, je crois que cette émergence est une façon, pour le monde du travail, de répondre à la quête de sens, très forte pour les générations actuelles, dont les besoins sont en partie différents. Une augmentation ou une promotion n'est plus le graal, qui consiste pour une grande majorité à se réaliser plus profondément. Ce processus passe par l'identification de son rêve professionnel, puis par sa réalisation. Telle est la voie du bonheur pour beaucoup. Dans cette hypothèse, le rôle des professeurs de bonheur et autres chief happiness officers serait de permettre aux employés de s'épanouir au sein de la grande entreprise ", analyse la coach. D'où le mal-être qui en résulte quand " on n'y arrive pas ". " Contrairement à la société d'antan qui engendrait de la névrose (culpabilité, honte, rigidité mentale), nos sociétés postmodernes ou hypermodernes sont plutôt productrices d'angoisse de ne pas réussir, de stress, de burn-out avec comme antidotes les addictions, pour remplir un vide intérieur vécu comme insoutenable ou pour oublier l'impossibilité d'obtenir le succès, d'être à la hauteur. C'est donc de sur-responsabilisation qu'il s'agit. Par ailleurs, il ne faut pas confondre bien-être et bonheur, mot trop galvaudé. Je pense qu'il s'agit plutôt de plaisir, de sérénité. Le second est beaucoup moins palpable et définissable, il est éminemment complexe et individuel. Prétendre donner des modes d'emploi à travers certains ouvrages niais ou autres coachings sur le même ton, c'est une hérésie. Par contre, tenter de contribuer à un certain bien-être, pourquoi pas ? " On est donc loin de pouvoir prétendre mesurer le BNB, " bonheur national brut " de notre pays, comme le calcule le Bhoutan, qui en a fait son indicateur de richesse voici plus de quarante ans, en lieu et place du traditionnel PNB (produit national brut). En Belgique, la compagnie d'assurance vie NN a lancé il y a quelques mois la plate-forme www.belgesheureux.be. Elle dresse une " carte du bonheur des Belges " et chacun peut même, à l'aide du " Bonheur-O-Mètre ", tester dans quelle mesure il est heureux comparativement à ses compatriotes. A voir si les Belges se déclareront plus heureux lors de la journée internationale du bonheur du 20 mars prochain. Et le poète Horace, en bon disciple d'Epicure, prônant le carpe diem - ou comment jouir pleinement de l'instant, car le présent seul est le temps du pur bonheur d'exister -, de se retourner dans sa tombe...