"Suis-moi je te fuirai", "loin des yeux loin du coeur"... La sagesse populaire ne manque pas d'aphorismes liant amour et distance, mais les dictons se sont trouvés fort dépourvus lorsque la pandémie est venue. C'est qu'aucun proverbe de grand-mère n'aurait pu anticiper la proximité forcée de ces derniers mois et l'effet qu'elle aurait sur le couple. "Un seul être est avec vous en permanence et votre maison est surpeuplée": de Lamartine lui-même en aurait perdu son français, et dans son sillon, nombre de ménages se sont soudain trouvés bien à l'étroit avec, souvent comme seule respiration hors de ce huis-clos étouffant, la promesse immatérielle de l'autre, au bout du fil ou derrière un écran. C'est notamment le cas de Jules, trentenaire liégeois en couple depuis bientôt dix ans, pour qui la succession de confinements aura constitué le test d'une fidélité dont il n'avait jusqu'alors jamais douté. Ainsi qu'il l'explique, c'est à l'automne dernier - au deuxième lockdown donc, mais qui les compte encore? - que la stabilité de son couple a basculé. Comme beaucoup de jeunes créatifs ultraconnectés, il avait pourtant vu - et lu d'un air amusé - les nombreux articles consacrés au retour inopiné des fantômes du passé, nombre d'ex ayant tenté avec plus ou moins de succès de rallumer la flamme ou du moins une forme de dialogue pour tromper l'ennui. Un phénomène si répandu que la recherche conjointe des termes "ex" et "confinement" apporte 2.620.000 résultats en 49 secondes seulement, mais pour Jules, le procédé aura pris quelques mois. Et contre toute attente, c'est lui qui a repris contact.

Protection rapprochée

"C'est horrible à dire vu le contexte et le nombre de morts, mais j'ai vécu les premiers mois comme une sorte de bénédiction, l'occasion de me reconnecter à ma femme sans les distractions constantes de nos vies à mille à l'heure. On a passé un printemps 2020 d'une tendresse inouïe mais à l'automne, avec l'annonce du reconfinement, ce sentiment a complètement disparu de nos vies. Je ne sais pas si c'est parce que les journées étaient plus courtes, parce qu'il y avait un côté injuste au fait de nous priver à nouveau de tout, mais j'ai très mal vécu cette période", se souvient Jules. Qui, faute de pouvoir profiter physiquement de ce privilège, a laissé son esprit vagabonder à mille lieues du domicile familial, du côté du Canada et d'une ancienne amoureuse qui y vit aujourd'hui. "On est sortis ensemble brièvement à l'université et je l'avais vaguement oubliée, depuis le temps, mais tout d'un coup, je ne pouvais plus m'empêcher de penser à elle. J'ai renoué le contact, elle était célibataire donc je crois secrètement ravie d'avoir quelqu'un à qui parler et rapidement, on s'est mis à dialoguer tous les jours, parfois jusqu'aux petites heures pour moi." Tant et si bien qu'aujourd'hui, alors que la lumière se fait de plus en plus brillante au fond du tunnel et qu'un retour à une forme de normalité est annoncé, le trentenaire en vient à se demander s'il a bien choisi la bonne personne avec laquelle construire sa vie.

Même si elle est virtuelle, l'infidélité fait autant de dégâts sur la confiance que si elle était physique.

Valérie L'Heureux

Un questionnement avec lequel il est loin d'être le seul à se débattre. Ainsi que l'explique Valérie L'Heureux, sexologue en Région bruxelloise, dans un premier temps, le confinement a joué un rôle d'amplificateur. Autrement dit, "les couples qui allaient déjà bien ont été encore mieux, parce qu'ils ont pu bénéficier de plus de temps ensemble, par contre, pour les couples au sein desquels il y avait déjà des dysfonctions, celles-ci ont été exacerbées. Il y avait beaucoup d'espoir lors du premier confinement, on se disait "on va faire un effort et ça ira", puis on a réalisé la quantité d'efforts nécessaires et le fait que ça allait durer extrêmement longtemps, sans fin en vue, ce qui est très difficile psychologiquement et représente une source de stress conséquente."

Gare à la cabane

Ajoutez à cela une proximité forcée et vous obtenez tous les ingrédients d'un de ces huis-clos dont raffolaient les réalisateurs français des années 60. Seule échappatoire possible? L'autre. "La période a vu les écrans encouragés comme jamais avec la généralisation du télétravail, et ils ont ouvert un portail sur le virtuel, décrypte Valérie L'Heureux. Les visites sur les sites de rencontres ont explosé, "sexe" est devenu le terme le plus recherché sur Google, les écrans ont offert une forme d'échappatoire à des gens privés de sport et de sorties. Parler à une tierce personne est devenu une forme de relâchement, si pas primitive, du moins naturelle. Le désoeuvrement dû au lockdown a amené de nombreuses dérives au sein du couple."

Guetty
© Guetty

Une tendance que constate également la thérapeute de couple Marie Tapernoux depuis son cabinet de Lasne, d'où elle souligne l'impact de la période sur la fidélité. "Pour la majorité des couples qui viennent me consulter, la relation extraconjugale a pris encore plus d'importance parce qu'elle est devenue la seule bulle d'air possible en confinement." Et de raconter en riant le cas de ce couple dont l'épouse lui confiait être au fait que son mari "avait quelqu'un d'autre" et qui tenait à ce qu'il aille la voir parce qu'il "devenait insupportable".

Le désoeuvrement dû au lockdown a amené de nombreuses dérives au sein du couple

Pour certains cependant, ce monde en arrêt maladie aura été l'opportunité pour leur couple de se refaire une santé. A l'image de Sophie, quadra bruxelloise, qui a été la première surprise de retomber amoureuse de son compagnon comme aux premiers jours de leur histoire. "On est ensemble depuis qu'on est ados donc autant dire qu'une forme de routine s'était installée depuis plusieurs années. Mais le fait de passer tout ce temps ensemble nous a permis de nous retrouver. Nous sommes plus complices que jamais, on s'est vraiment épanouis dans cette cohabitation forcée, d'ailleurs on a même aménagé une pièce de la maison en bureau partagé pour potentialiser au maximum cette opportunité qui s'offre à nous de profiter de l'autre."

Pour les couples fusionnels, les confinements à répétition ont été synonymes d'épanouissement, mais c'est potentiellement dangereux car ils risquent de manquer d'oxygène

Marie Tapernoux

Gare toutefois au retour à la "la vraie vie"... Comme le souligne Marie Tapernoux, "pour les couples fusionnels, les confinements à répétition ont été synonymes d'épanouissement, mais c'est potentiellement dangereux car ils risquent de manquer d'oxygène et surtout d'être confrontés au syndrome de la cabane à l'heure du retour à la normale." Soit la peur de sortir de son enfermement, théorisée à l'époque de la ruée vers l'or et du difficile retour au réel des pionniers après des mois passés dans des abris de fortune isolés de la civilisation.

Comme on s'aime on se perd

Une approche anxieuse de l'après-pandémie qui peut, elle aussi, être source de frictions conjugales si les deux moitiés du couple n'envisagent pas de la même manière le retour de la liberté. "J'ai vu des patients pour qui c'était extrêmement compliqué, parce qu'ils avaient une perception opposée de la situation et qu'un des deux voulait continuer à vivre normalement tandis que pour l'autre, c'était impensable de prendre le moindre risque, raconte Marie Tapernoux. Ce type de dissonance a pu accentuer les malentendus et les différences de points de vue au sein du couple mais aussi des relations amicales, d'ailleurs certaines amitiés ont craqué à cause du jugement mutuel. On assiste à une forme d'extrémisme dans les réactions à la pandémie."

Si on est tout le temps ensemble sans passer de moments agréables pour autant, qu'il s'agisse d'une balade ou d'un petit apéro de temps en temps, on devient de super colocs mais plus un couple

Un dangereux manichéisme avec lequel il est bon de prendre un peu de distance, celle-ci étant aussi bénéfique pour préserver l'amour des effets secondaires de la Covid. Marie Tapernoux souligne notamment l'importance de se réaliser aussi en dehors du couple, prenant en exemple le caméléon: "A la base, chaque personne a ses propres couleurs, puis, quand elles se mettent ensemble, celles-ci se mélangent, avec le risque de tellement s'adapter qu'on se perd en chemin. Les personnes qui ont l'impression d'avoir perdu l'essence de ce qu'elles étaient ne sont souvent plus capables de dissocier ce qui va bien de ce qui ne va pas, d'où l'importance de maintenir des bulles extérieures au couple. Cette distance permet de se reconnecter à qui on est et de réinvestir sa relation, c'est indispensable."

Et Valérie L'Heureux de rappeler, pour sa part, le rôle joué par la distance dans le désir, invitant les couples à profiter des mesures sanitaires pour aller prendre l'air chacun de son côté. "Penser que le désir naît spontanément entre deux personnes qui se connaissent bien et sont ensemble depuis des années est dangereux. Il faut casser la routine en inventant des distances à parcourir pour mieux se retrouver."

Vivre ou survivre

Et si les distances ont impliqué de franchir la limite de l'infidélité? "Quand on a une relation qualitative, "près des yeux, près du coeur" fonctionne aussi bien que l'inverse. Mais si on est tout le temps ensemble sans passer de moments agréables pour autant, qu'il s'agisse d'une balade ou d'un petit apéro de temps en temps, on devient de super colocs mais plus un couple", met en garde Marie Tapernoux, pour qui "l'heure est grave", les sites de relations extraconjugales accusant plus de 250% de consultations supplémentaires depuis le début de la pandémie. "Même si elle est virtuelle, l'infidélité fait autant de dégâts sur la confiance que si elle était physique, d'autant que ce n'est pas comme si on pouvait dire à l'autre de jeter son ordinateur et son téléphone, surtout en cette période", concède Valérie L'Heureux.

"Penser que le désir naît spontanément entre deux personnes qui se connaissent bien et sont ensemble depuis des années est dangereux. Il faut casser la routine en inventant des distances à parcourir pour mieux se retrouver."

Qui conseille aux couples torturés par la jalousie d'instaurer un système de confiance mutuelle: "Laisser la session ouverte ou le GSM à portée de main par exemple, mais toujours prévenir, dire à l'autre qu'on n'est pas à l'aise et qu'on aimerait jeter un oeil à ses messages, pour permettre à l'angoisse de diminuer avec le temps." Car en amour aussi, avec le temps tout s'en va: "Quand mes patients apprennent l'infidélité de leur partenaire, ils sont persuadés qu'ils ne pourront pas survivre à une telle blessure, mais je leur rappelle qu'il y a toujours une vie après l'infidélité, que ce soit au sein du couple ou bien dans une autre configuration", rassure la sexologue bruxelloise. S'il n'existe pas de mesures sanitaires pour s'en protéger, la maladie d'amour, elle, n'est pas mortelle.

"Suis-moi je te fuirai", "loin des yeux loin du coeur"... La sagesse populaire ne manque pas d'aphorismes liant amour et distance, mais les dictons se sont trouvés fort dépourvus lorsque la pandémie est venue. C'est qu'aucun proverbe de grand-mère n'aurait pu anticiper la proximité forcée de ces derniers mois et l'effet qu'elle aurait sur le couple. "Un seul être est avec vous en permanence et votre maison est surpeuplée": de Lamartine lui-même en aurait perdu son français, et dans son sillon, nombre de ménages se sont soudain trouvés bien à l'étroit avec, souvent comme seule respiration hors de ce huis-clos étouffant, la promesse immatérielle de l'autre, au bout du fil ou derrière un écran. C'est notamment le cas de Jules, trentenaire liégeois en couple depuis bientôt dix ans, pour qui la succession de confinements aura constitué le test d'une fidélité dont il n'avait jusqu'alors jamais douté. Ainsi qu'il l'explique, c'est à l'automne dernier - au deuxième lockdown donc, mais qui les compte encore? - que la stabilité de son couple a basculé. Comme beaucoup de jeunes créatifs ultraconnectés, il avait pourtant vu - et lu d'un air amusé - les nombreux articles consacrés au retour inopiné des fantômes du passé, nombre d'ex ayant tenté avec plus ou moins de succès de rallumer la flamme ou du moins une forme de dialogue pour tromper l'ennui. Un phénomène si répandu que la recherche conjointe des termes "ex" et "confinement" apporte 2.620.000 résultats en 49 secondes seulement, mais pour Jules, le procédé aura pris quelques mois. Et contre toute attente, c'est lui qui a repris contact. "C'est horrible à dire vu le contexte et le nombre de morts, mais j'ai vécu les premiers mois comme une sorte de bénédiction, l'occasion de me reconnecter à ma femme sans les distractions constantes de nos vies à mille à l'heure. On a passé un printemps 2020 d'une tendresse inouïe mais à l'automne, avec l'annonce du reconfinement, ce sentiment a complètement disparu de nos vies. Je ne sais pas si c'est parce que les journées étaient plus courtes, parce qu'il y avait un côté injuste au fait de nous priver à nouveau de tout, mais j'ai très mal vécu cette période", se souvient Jules. Qui, faute de pouvoir profiter physiquement de ce privilège, a laissé son esprit vagabonder à mille lieues du domicile familial, du côté du Canada et d'une ancienne amoureuse qui y vit aujourd'hui. "On est sortis ensemble brièvement à l'université et je l'avais vaguement oubliée, depuis le temps, mais tout d'un coup, je ne pouvais plus m'empêcher de penser à elle. J'ai renoué le contact, elle était célibataire donc je crois secrètement ravie d'avoir quelqu'un à qui parler et rapidement, on s'est mis à dialoguer tous les jours, parfois jusqu'aux petites heures pour moi." Tant et si bien qu'aujourd'hui, alors que la lumière se fait de plus en plus brillante au fond du tunnel et qu'un retour à une forme de normalité est annoncé, le trentenaire en vient à se demander s'il a bien choisi la bonne personne avec laquelle construire sa vie. Un questionnement avec lequel il est loin d'être le seul à se débattre. Ainsi que l'explique Valérie L'Heureux, sexologue en Région bruxelloise, dans un premier temps, le confinement a joué un rôle d'amplificateur. Autrement dit, "les couples qui allaient déjà bien ont été encore mieux, parce qu'ils ont pu bénéficier de plus de temps ensemble, par contre, pour les couples au sein desquels il y avait déjà des dysfonctions, celles-ci ont été exacerbées. Il y avait beaucoup d'espoir lors du premier confinement, on se disait "on va faire un effort et ça ira", puis on a réalisé la quantité d'efforts nécessaires et le fait que ça allait durer extrêmement longtemps, sans fin en vue, ce qui est très difficile psychologiquement et représente une source de stress conséquente." Ajoutez à cela une proximité forcée et vous obtenez tous les ingrédients d'un de ces huis-clos dont raffolaient les réalisateurs français des années 60. Seule échappatoire possible? L'autre. "La période a vu les écrans encouragés comme jamais avec la généralisation du télétravail, et ils ont ouvert un portail sur le virtuel, décrypte Valérie L'Heureux. Les visites sur les sites de rencontres ont explosé, "sexe" est devenu le terme le plus recherché sur Google, les écrans ont offert une forme d'échappatoire à des gens privés de sport et de sorties. Parler à une tierce personne est devenu une forme de relâchement, si pas primitive, du moins naturelle. Le désoeuvrement dû au lockdown a amené de nombreuses dérives au sein du couple." Une tendance que constate également la thérapeute de couple Marie Tapernoux depuis son cabinet de Lasne, d'où elle souligne l'impact de la période sur la fidélité. "Pour la majorité des couples qui viennent me consulter, la relation extraconjugale a pris encore plus d'importance parce qu'elle est devenue la seule bulle d'air possible en confinement." Et de raconter en riant le cas de ce couple dont l'épouse lui confiait être au fait que son mari "avait quelqu'un d'autre" et qui tenait à ce qu'il aille la voir parce qu'il "devenait insupportable". Pour certains cependant, ce monde en arrêt maladie aura été l'opportunité pour leur couple de se refaire une santé. A l'image de Sophie, quadra bruxelloise, qui a été la première surprise de retomber amoureuse de son compagnon comme aux premiers jours de leur histoire. "On est ensemble depuis qu'on est ados donc autant dire qu'une forme de routine s'était installée depuis plusieurs années. Mais le fait de passer tout ce temps ensemble nous a permis de nous retrouver. Nous sommes plus complices que jamais, on s'est vraiment épanouis dans cette cohabitation forcée, d'ailleurs on a même aménagé une pièce de la maison en bureau partagé pour potentialiser au maximum cette opportunité qui s'offre à nous de profiter de l'autre."Gare toutefois au retour à la "la vraie vie"... Comme le souligne Marie Tapernoux, "pour les couples fusionnels, les confinements à répétition ont été synonymes d'épanouissement, mais c'est potentiellement dangereux car ils risquent de manquer d'oxygène et surtout d'être confrontés au syndrome de la cabane à l'heure du retour à la normale." Soit la peur de sortir de son enfermement, théorisée à l'époque de la ruée vers l'or et du difficile retour au réel des pionniers après des mois passés dans des abris de fortune isolés de la civilisation. Une approche anxieuse de l'après-pandémie qui peut, elle aussi, être source de frictions conjugales si les deux moitiés du couple n'envisagent pas de la même manière le retour de la liberté. "J'ai vu des patients pour qui c'était extrêmement compliqué, parce qu'ils avaient une perception opposée de la situation et qu'un des deux voulait continuer à vivre normalement tandis que pour l'autre, c'était impensable de prendre le moindre risque, raconte Marie Tapernoux. Ce type de dissonance a pu accentuer les malentendus et les différences de points de vue au sein du couple mais aussi des relations amicales, d'ailleurs certaines amitiés ont craqué à cause du jugement mutuel. On assiste à une forme d'extrémisme dans les réactions à la pandémie." Un dangereux manichéisme avec lequel il est bon de prendre un peu de distance, celle-ci étant aussi bénéfique pour préserver l'amour des effets secondaires de la Covid. Marie Tapernoux souligne notamment l'importance de se réaliser aussi en dehors du couple, prenant en exemple le caméléon: "A la base, chaque personne a ses propres couleurs, puis, quand elles se mettent ensemble, celles-ci se mélangent, avec le risque de tellement s'adapter qu'on se perd en chemin. Les personnes qui ont l'impression d'avoir perdu l'essence de ce qu'elles étaient ne sont souvent plus capables de dissocier ce qui va bien de ce qui ne va pas, d'où l'importance de maintenir des bulles extérieures au couple. Cette distance permet de se reconnecter à qui on est et de réinvestir sa relation, c'est indispensable." Et Valérie L'Heureux de rappeler, pour sa part, le rôle joué par la distance dans le désir, invitant les couples à profiter des mesures sanitaires pour aller prendre l'air chacun de son côté. "Penser que le désir naît spontanément entre deux personnes qui se connaissent bien et sont ensemble depuis des années est dangereux. Il faut casser la routine en inventant des distances à parcourir pour mieux se retrouver." Et si les distances ont impliqué de franchir la limite de l'infidélité? "Quand on a une relation qualitative, "près des yeux, près du coeur" fonctionne aussi bien que l'inverse. Mais si on est tout le temps ensemble sans passer de moments agréables pour autant, qu'il s'agisse d'une balade ou d'un petit apéro de temps en temps, on devient de super colocs mais plus un couple", met en garde Marie Tapernoux, pour qui "l'heure est grave", les sites de relations extraconjugales accusant plus de 250% de consultations supplémentaires depuis le début de la pandémie. "Même si elle est virtuelle, l'infidélité fait autant de dégâts sur la confiance que si elle était physique, d'autant que ce n'est pas comme si on pouvait dire à l'autre de jeter son ordinateur et son téléphone, surtout en cette période", concède Valérie L'Heureux. Qui conseille aux couples torturés par la jalousie d'instaurer un système de confiance mutuelle: "Laisser la session ouverte ou le GSM à portée de main par exemple, mais toujours prévenir, dire à l'autre qu'on n'est pas à l'aise et qu'on aimerait jeter un oeil à ses messages, pour permettre à l'angoisse de diminuer avec le temps." Car en amour aussi, avec le temps tout s'en va: "Quand mes patients apprennent l'infidélité de leur partenaire, ils sont persuadés qu'ils ne pourront pas survivre à une telle blessure, mais je leur rappelle qu'il y a toujours une vie après l'infidélité, que ce soit au sein du couple ou bien dans une autre configuration", rassure la sexologue bruxelloise. S'il n'existe pas de mesures sanitaires pour s'en protéger, la maladie d'amour, elle, n'est pas mortelle.