Avec le retour des beaux jours, professionnels de la santé et grandes marques de cosmétique portent en choeur le même message : pas d'exposition sans protection, indice 50 de préférence, à renouveler plusieurs fois par jour et a fortiori après la baignade. Mais, même si une minorité seulement d'individus a accès à de la crème solaire, il s'en déverse plus de 14 000 tonnes chaque année dans les océans. Or, l'impact mortifère sur les coraux n'est plus à démontrer ; ce n'est pas pour rien qu'Hawaii, après la réserve de Xel-Ha au Mexique, s'apprête à interdire en 2021 les filtres à base d'oxybenzone et d'octinoxate. Ces deux composants sont pourtant loin d'être les uniques responsables de ce désastre : le réchauffement climatique et la pollution jouent un rôle majeur dans le blanchiment des coraux... qui ne sont pas les seuls à pâtir des comportements humains dans le milieu marin. " Quoi que vous fas...

Avec le retour des beaux jours, professionnels de la santé et grandes marques de cosmétique portent en choeur le même message : pas d'exposition sans protection, indice 50 de préférence, à renouveler plusieurs fois par jour et a fortiori après la baignade. Mais, même si une minorité seulement d'individus a accès à de la crème solaire, il s'en déverse plus de 14 000 tonnes chaque année dans les océans. Or, l'impact mortifère sur les coraux n'est plus à démontrer ; ce n'est pas pour rien qu'Hawaii, après la réserve de Xel-Ha au Mexique, s'apprête à interdire en 2021 les filtres à base d'oxybenzone et d'octinoxate. Ces deux composants sont pourtant loin d'être les uniques responsables de ce désastre : le réchauffement climatique et la pollution jouent un rôle majeur dans le blanchiment des coraux... qui ne sont pas les seuls à pâtir des comportements humains dans le milieu marin. " Quoi que vous fassiez, dès que vous produisez des déchets, une partie au moins risque de se retrouver dans la mer, dénonce Sylvie Gobert, professeur en océanographie biologique à l'ULiège. Les résidus chimiques issus des filtres solaires, ainsi que d'autres cosmétiques d'ailleurs, finissent dans le sable, le plancton, les poissons et les mammifères marins. Même lorsque l'on se douche, c'est un leurre de penser que tout sera arrêté par les stations d'épuration. L'ensemble des régions du globe est affecté, pas uniquement celles où vivent les coraux. Ces écosystèmes très beaux qui deviennent soudain extrêmement moches, cela nous interpelle. Mais les poissons qui crèvent dans la mer, qui changent de sexe, qui se déforment, personne ne les voit, ni les répercussions en cascade que cela entraîne en fin de cycle sur le climat. " Il n'empêche, les marques sont nombreuses à avoir revu leur copie pour proposer des solaires aussi " propres " que possible... sans pour autant faillir à leur mission première de protection - le mélanome tue chaque année près de 180 personnes en Belgique. Il y a deux ans, Biotherm a fait partie des pionniers en lançant une nouvelle gamme baptisée Waterlover. A sa suite, Caudalie et des leaders du secteur comme La Roche-Posay, Clarins, Avène ou A-Derma ont entièrement reformulé leurs gammes et planché sur des packagings davantage eco-friendly. A côté de ces ténors, on voit arriver des références plus confidentielles, dont la nouvelle venue française Niu, conçue " à 20 mètres sous l'eau " par deux passionnés des océans forcés de constater, lors de leurs plongées en apnée, l'étendue des dégâts. Souvent bio, ces marques s'engagent, elles aussi, à limiter l'impact de leurs produits sur l'environnement, à la manière de la firme belge Biosolis qui a carrément choisi de n'utiliser aucun filtre ni conservateur chimique pour privilégier les filtres minéraux à base d'ingrédients naturels et dépourvus de nanoparticules. Si nombre de fabricants ont fait tester l'innocuité de leur formule par de prestigieux laboratoires, les logos certificatifs qu'ils arborent fièrement sur leurs emballages sont à ce jour... tous différents et pas toujours simples à décrypter. " Tant qu'il n'y aura pas une réglementation stricte, un label unique et des études indépendantes menées sur les effets de chaque composant, il convient de rester prudent, objecte Sylvie Gobert. Même le biodégradable n'est pas sans danger. Les efforts vont dans le bon sens, mais il faut éviter de déculpabiliser le consommateur avec des arguments qui ne sont pas 100 % clairs. " Pour la scientifique, c'est l'ensemble de nos comportements qui sont à revoir : la peau, même si l'on a appliqué une crème à SPF élevé, souffre d'un exposition intensive. " Ne pas se protéger, c'est une sottise, conclut-elle. Il n'y a pas à discuter, il faut le faire. Mais prendre l'avion en plein hiver pour faire la planche au soleil au bord de la mer dans l'espoir de rentrer bronzé, c'est une fameuse sottise aussi ! " Touché.