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La peau est le plus grand organe de notre corps. Elle pèse entre 3 et 5 kg, soit deux fois plus que notre cerveau et est répartie en une couche allant de 0,04 mm d'épaisseur (nos paupières) à plus de 1,5 mm sur une surface de près de 2 m² (l'équivalent d'un drap de lit). Ce ne sont ici que quelques chiffres de cette exposition ultradocumentée. Pas d'inquiétude pour autant si vous peiniez à obtenir la moyenne en biologie, l'installation est avant tout conçue comme une plongée ludique au coeur de notre chair et elle est accessible à tous les publics, y compris familial. Un volet de l'exposition est consacré à notre carnation. Chaque visiteur peut passer son visage ou sa main dans une chromosphère afin de mesurer précisément sa teinte. La salle développe le processus de défense contre les UV qui conduit à la pigmentation de l'épiderme, la dizaine de gènes qui y est associée ainsi que l'implication sociale quand la couleur devient "race". Elle rappelle que les premiers Homo Sapiens avaient une peau fortement pigmentée, qui s'est éclaircie chez les populations s'installant plus loin de l'Equateur. Le microbiote est devenu une star au cours des derniers mois. Jusqu'à présent, notre attention se tournait surtout vers les intestins, mais notre enveloppe charnelle a également sa colonie de micro-organismes. Comme son homologue digestif, le microbiome cutané aurait une incidence incroyable sur notre santé... et notre beauté. Une salle permet d'observer en détail cette vie invisible à l'oeil nu, dans différentes zones du corps, et ouvre des perspectives de recherches. Avec lui, c'est le concept même de peau qui est chamboulé. La vraie surface extérieure n'est plus l'épiderme, mais cet écosystème vivant (bactéries, champignons, levures). Des études s'intéressent même au lien entre ce microbiome cutané et la production d'hormones liées à l'humeur. On le concède, ce n'est pas la révélation du siècle. Mais si vous doutiez de l'intérêt de vous protéger des UV au quotidien ou si vous minimisiez l'importance d'une hydratation régulière, la salle consacrée au vieillissement de la peau risque de vous faire changer d'avis. Trois morphings vidéo simulent l'évolution de l'apparence dans deux conditions: avec protection UV et hydratation, ou sans. Ils permettent aussi de se rendre compte que taches, rides et autres signes de l'âge n'apparaissent pas au même moment ou dans le même ordre sur le visage d'une personne typée caucasienne, asiatique ou africaine. Un important volet de l'installation est dédié à l'incroyable aventure scientifique qui a permis de recréer une enveloppe charnelle vivante en laboratoire. Utiles bien entendu pour développer de nouveaux produits de soin ou des cosmétiques, ces reconstitutions sont également employées pour soigner les victimes de brûlures. Les plus joueurs pourront se glisser dans... la peau d'un chercheur pour tenter de "sauver un grand brûlé". Le bioprinting permet déjà des merveilles, comme l'impression d'une oreille (tissu non vascularisé). "On fait des progrès, cette technologie pourrait amener des choses que la main humaine ne sait pas faire. Les applications sont énormes", s'enthousiasme Jacques Leclaire, directeur scientifique de L'Oréal (NDLR: marque conceptrice de l'exposition), qui imagine déjà la possibilité de se glisser sous un casque chez le coiffeur pour se faire imprimer des follicules pileux, en cas de calvitie. "Ce n'est pas complètement de l'utopie. Je suis sûr qu'on y arrivera dans dix à quinze ans." Se transpercer la peau pour y placer des bijoux est une vieille tendance de l'humanité. L'exposition Piercing, montée en parallèle, explore cette coutume. L'une des vitrines présente la réplique de ce qui pourrait être un écarteur d'oreille, trouvé sur le site des Eyzies (NDLR: là où a été découvert l'homme primitif de Cro-Magnon). La pièce est à l'étude pour vérifier son usage, mais il pourrait s'agir de l'un des premiers exemples de piercing. L'histoire se déploie ensuite jusqu'à nos jours entre contre-culture, réappropriation par la mode et traditions culturelles ancestrales. Cette exposition, en marge, restera au Musée de l'Homme jusqu'au 9 mars 2020.