Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, nous explique que son ONG espère cette année marquer le coup en réussissant à convaincre 750.000 personnes à manifester pacifiquement pour défendre le commerce équitable. Pas de rassemblement en rue, mais en faisant ses courses.
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Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, nous explique que son ONG espère cette année marquer le coup en réussissant à convaincre 750.000 personnes à manifester pacifiquement pour défendre le commerce équitable. Pas de rassemblement en rue, mais en faisant ses courses. "La vente des produits issus du commerce équitable a augmenté ces dernières années, donc nous sommes sur la bonne voie. Mais si nous voulons vraiment faire avancer les choses, il est important que le commerce équitable ne soit plus synonyme de produits de niche. Que choisir ce genre de produit devienne une habitude chez le consommateur belge. Par contre plutôt que de stigmatiser ou d'utiliser un ton moralisateur, nous souhaitons proposer une alternative de manière ludique. En choisissant d'acheter massivement des produits Fairtrade. C'est une manière moderne et pacifique de manifester à sa propre échelle, mais qui a tout de même un impact. Et on peut aussi mettre "ses actions" en avant sur les réseaux sociaux ou en organisant des déjeuners Fairtrade avec ses collègues, par exemple."Que se cache-t-il derrière le logo Fairtrade et pourquoi choisir ces produits ? Le plus souvent, le consommateur associe cela à de meilleurs prix pour les fermiers. Ce qui est déjà une bonne chose, car c'est effectivement un des aspects. 800 millions de personnes vivent dans la pauvreté extrême et parmi celles-ci 3 sur 4 sont des fermiers. Ces gens qui produisent de la nourriture n'ont pas assez d'argent pour nourrir leur famille. Prenons, par exemple, les producteurs de cacao. 90% sont de petites fermes familiales qui ne peuvent lutter contre les géants du secteur. Ce que les gens ne savent pas forcément, c'est que Fairtrade demande aux fermiers de se regrouper en coopérative. Car en groupe, les fermiers sont plus forts et cela permet de mieux négocier leur prix.La méthode de Fairtrade est en effet un système qui aide les fermiers sur long terme en les sortant du cercle vicieux de la pauvreté. Notre société est à la recherche d'alternatives au capitalisme et c'est ce qui fait du commerce équitable quelque chose de très moderne. Ce n'est plus l'économie qui est au centre, mais l'homme. Je compare le commerce équitable à un code de conduite avec des agents de police qui vérifient que ces règles sont respectées. Ce n'est peut-être pas parfait, mais le trafic se fait de façon beaucoup plus fluide et juste. Quels sont les avantages pour les fermiers ? Pour commencer, un prix minimum. Reprenons l'exemple du cacao, un commerce qui fluctue énormément et souvent à la baisse. Du coup, il est très difficile pour les fermiers d'emprunter de l'argent. En leur offrant un prix minimum garanti, les banques sont moins rétives et ils peuvent développer leur activité. Le deuxième avantage est une prime qui est rajoutée au prix minimum. Celle-ci est allouée à la coopérative qui peut l'investir dans des projets sociaux (école, soins de santé...) ou le réinjecter pour augmenter la productivité (formation, nouveau matériel). Ce n'est pas un système colonial où nous disons aux coopératives ce qu'elles doivent faire. Les fermiers sont autour de la table et expriment leurs besoins.Quels sont les critères pour pouvoir obtenir le label ? À côté de l'organisation de coopératives, les fermiers doivent répondre à certaines exigences. Il y a par exemple des critères sociaux comme l'interdiction du travail infantile et une égalité des genres. Il y a aussi des standards écologiques tels que l'interdiction de certains pesticides, le recyclage ou l'utilisation économe de l'eau. Les fermiers sont contrôlés par un organisme indépendant, le FLOCERT. Ces contrôles sont très stricts. Le système se veut aussi le plus transparent possible et c'est pour cela que les standards exigés, le prix minimum ou encore les primes sont disponibles en ligne. Que reproche-t-on au commerce équitable ? Beaucoup de consommateurs pensent que les produits du commerce équitable sont très chers. En fait, ils doivent juste tester les produits pour s'apercevoir que le rapport qualité-prix est excellent. Si certains produits Fairtrade sont effectivement plus chers, c'est parce la demande n'est pas assez forte. Une plus grande quantité réduit les coûts de la chaîne. Tant que les produits équitables restent un marché de niche, les producteurs sont obligés de vendre une partie de leur production à moindre coût. Il faut sortir ces produits de la niche dans laquelle ils se trouvent encore.L'autre principale critique des consommateurs est que ses produits sont parfois difficiles à trouver. En réalité, ils sont disponibles dans pratiquement tous les magasins. Parfois, il est vrai, bien cachés au fond d'un rayon.