Cousins germains, les deux trentenaires diplômés en agronomie ne sont pas peu fiers d'avoir repris les 17 hectares de vignes de leur grand-père sur les coteaux de la Séranne, aux alentours du village médiéval fortifié de Saint-Jean-de-Buèges, à 40 km au nord de Montpellier.

"C'est un vignoble de montagne et de patrimoine, exposé au sud, avec des parcelles assez morcelées, dans la garrigue", explique Benjamin. "On a toujours voulu travailler en bio, on ne se voyait pas avec un masque à gaz et une combinaison", poursuit-il.

Mais même en suivant à la lettre le cahier des charges, le précieux Label Bio AB français ne s'obtient qu'au bout de la quatrième année de récolte. Ce sésame existe depuis 1985, et depuis 2009, ses critères ont été alignés sur le label bio européen dont le symbole est une feuille. En France, plus de 5.800 exploitations viticoles l'ont décroché, et la viticulture bio représente 10% du vignoble français, avec en tête la région Occitanie, où sont installés les deux cousins."On travaille à deux, on n'a pas les moyens d'embaucher de salarié et labourer, nettoyer l'herbe autour des ceps demandent énormément d'heures de travail mais ça fait partie du jeu", confie Valentin, marié et père de deux filles.

Après s'être lancé le premier, en 2011, avec une petite cave et cinq hectares, Benjamin, 37 ans, s'associe avec Valentin, 30 ans, en 2015. Ils rachètent la cave coopérative de Saint-Jean-de-Buèges, inoccupée depuis des années. Ils rénovent le vaste bâtiment en pierre au coeur de la localité pour en faire la cave de leur domaine et contribuent ainsi au renouveau d'un village longtemps touché par l'exode rural et qui vit désormais très largement du tourisme.

"Revoir les coccinelles"

Les deux cousins sont aussi dissemblables physiquement qu'ils sont en accord sur une pratique réfléchie de leur métier et sur le désir de vivre et travailler dans leur village.

Benjamin Coulet et Valentin Goeminne, viticulteurs à Saint-Jean-sur-Buèges, près de Montpellier © AFP

Pendant les trois années de conversion, raconte Benjamin, "on a eu un cahier des charges très strict avec des contrôles assez pointus à la cave ou sur le vignoble", effectués par Ecocert, l'organisme qu'ils ont choisi pour labelliser leur production.

"Le but est d'avoir le moins d'intrants possible en cave et bien sûr pas d'herbicides ou de pesticides de synthèse dans les vignes", souligne le viticulteur. Les doses de cuivre utilisées pour prévenir sans chimie certaines maladies de la vigne sont également très réglementées.

Obéir à ces règles et respecter les normes aboutit rapidement à un résultat encourageant: "Revoir les insectes, les coccinelles, une couleur naturelle de la terre". "Nous sommes soucieux de préserver notre santé, mais aussi notre vallée, nos rivières et de proposer un produit sain aux consommateurs", expliquent les deux cousins.

Pas d'aides européennes

Leur plus mauvaise surprise a été le non-versement depuis trois ans d'aides européennes, assurent-ils.

Selon les explications fournies aux viticulteurs et aux journalistes, ces aides auraient bien été versées par l'UE mais c'est au niveau administratif en France que cela bloquerait depuis 2015, en raison d'un bug de logiciels.

Sans soutien financier, "ça a été très difficile pour une petite entreprise comme la nôtre", explique Valentin. "On avait investi en fonction de ces aides, notamment dans des outils pour travailler le sol - des interceps - qui coûtent entre 15.000 et 20.000 euros". Les deux jeunes viticulteurs ont dû avoir recours à des prêts à court terme à la banque pour faire face aux problèmes de trésorerie. "Le bio est dans l'air du temps, il y a beaucoup de discours sur ses bienfaits mais les aides aux viticulteurs qui jouent le jeu ne sont pas versées ou disparaissent, c'est quand même un peu contradictoire", commente Benjamin.

Les premières mises en bouteille de vin certifié bio du domaine se feront en mars.

"Un vrai plus"

"Commercialement, c'est un vrai plus", expliquent les deux jeunes viticulteurs.

. © DR

Le label bio est un argument marketing. Selon une étude récente de Sudvinbio, les consommateurs seraient prêts à payer jusqu'à 33% de plus pour un vin bio.

Benjamin et Valentin produisent environ 40.000 bouteilles par an, majoritairement en AOC Terrasses du Larzac et vendent en direct, en ligne ou via des cavistes dans le nord de la France, en Allemagne ou en Belgique.

Les deux viticulteurs en conversion bio vendent leur production entre 7,80 euros TTC et 16,40 euros TTC la bouteille, et n'envisagent pas de hausse majeure pour le moment même, après obtention du label bio.

Mais ils espèrent bientôt élargir leur clientèle en figurant pour la première fois fin janvier à Montpellier parmi les 1.200 exposants de Millésime Bio, le plus grand salon mondial de vin bio, où quelque 6.000 acheteurs sont attendus.