Les activités extrascolaires sont-elles indispensables ? Ne conduisent-elles pas à trop vouloir en faire, à un certain surmenage? Quels sont les signaux que nous envoient les enfants? Pour répondre à ses questions et éclairer les parents, nous avons interrogé # Catherine Vanham fondatrice et coordinatrice des centres Mathémô, MétaMô et Sensémô à Bruxelles, trois centres pluridisciplinaires orientés vers l'accompagnement de l'enfant et de l'adolescent, qui met le bien-être général de l'enfant et de l'ado au coeur de leur travail quotidien.

Beaucoup de parents sentent une certaine pression sociale à inscrire leur(s) enfant(s) à des activités parascolaires. Sont-elles vraiment nécessaires?

C'est du cas par cas, un enfant isolé socialement à la maison quand les parents travaillent en profitera bien pour s'épanouir et être confronté à des pairs dans des activités autres que scolaires. Un enfant ayant un environnement familial riche (sorties au musée, jeux de société en famille, invitation d'amis à la maison) en aura moins besoin. Le souci majeur est la quantité et l'équilibre entre les activités. Si la famille ne propose rien comme activité musicale car papa et maman ne sont pas dans le domaine, pourquoi pas un stage de musique qui ouvre l'oreille aux langues? Mais le trop est l'ennemi du bien, et courir toute la semaine pour le tennis, la musique, la danse, l'impro et le hockey ne permet pas aux familles d'avoir ces moments "flows" où il fait bon ne rien faire pour se découvrir les uns les autres et développer sa créativité.

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Sur quels critères les choisir ?

Je dirais que le choix doit se baser sur plusieurs choses :

- Le plaisir de l'enfant qui permet l'épanouissement, la volonté de s'améliorer, l'effort à tenir pour "grimper" les échelons

- Les "manques" de la famille (par exemple, inscrire l'enfant à un sport si la famille ne s'y adonne jamais et ne permet donc pas à l'enfant de s'ouvrir à cela.

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- Il est important aussi d'estimer si l'activité va stimuler une participation collective ou individuelle et penser à nourrir les besoins de l'enfant en ce sens. Faire de la poterie, au calme, devant sa tournette et se relaxer ne répond pas aux mêmes besoins que crier tous ensemble au match de hockey.

Par exemple, au centre Matemo où j'oeuvre, nous proposons des ateliers créatifs (marionnettes ou création de BD) car ils permettent à des enfants qui ont perdu l'estime d'eux-mêmes par la souffrance liée au trouble d'apprentissage, de reconstruire cette estime de soi par la fierté de construire, de créer, d'inventer des jeux de rôles.

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Comment savoir à combien d'activités inscrire son enfant ?

Il faudrait toujours garder en tête que l'activité doit rester un plaisir. Les parents ne doivent pas se sentir coupables de ne pas inscrire leur enfant à des activités s'ils peuvent proposer ces activités à la maison (faire de la pâtisserie, des jeux de société, des visites en famille) mais je pense que l'éloignement de la famille a parfois du bon pour se découvrir et de construire.

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L'essentiel est de conserver du temps à la maison où l'enfant peut "s'ennuyer" car l'ennui amène l'envie de ne plus s'ennuyer et permet dès lors de débuter un processus créatif, d'évocations, d'imagination, de recherche d'idées. Cette imagination ne peut se déployer que dans le temps. Or ce temps devient très rare. Il est donc essentiel de conserver du temps libre,vraiment LIBRE, où l'enfant pourra puiser dans sa tête des idées et passer à l'action. Toute famille devrait donc posséder un placard qui regorge de papiers, cartons, colle, ciseaux, perles, bois, boites, fil, aiguilles à tricoter, etc pour permettre à l'enfant de passer à l'action.

L'essentiel est de conserver du temps à la maison où l'enfant peut "s'ennuyer" car l'ennui amène l'envie de ne plus s'ennuyer et permet dès lors de débuter un processus créatif

Comment savoir quand c'est trop pour lui/elle ? Quels sont les signaux d'un emploi du temps trop chargé ?

on peut considérer que c'est trop quand l'enfant ne montre plus de plaisir, ne veut plus faire l'effort (d'y aller à vélo, de se changer pour l'activité, de préparer ses affaires) ou quand des troubles du sommeil ou comportement apparaissent. Mais à nouveau, c'est du cas par cas. Il faut chaque jour des moments d'échanges familiaux sans devoir regarder sa montre, être là pour l'enfant, rien que pour lui, pour une balade au parc en regardant la cime des arbres, pour un documentaire à regarder ensemble, ou un jeu de société avec ses fous-rires.

Tous les parents ont envie de bien faire en inscrivant leur enfant à des activités extrascolaires, mais quels peuvent être les effets contreproductifs de trop d'activités ou d'activités pas adaptées à l'enfant.

La fatigue amène lassitude. Ce n'est pas parce que le meilleur copain a choisi le foot que cela conviendra à l'enfant. Il faut aussi faire confiance à l'enfant et lui permettre de se tromper ou de changer d'avis, en assumant toutefois un trimestre minimum de l'activité. Certains enfants timides qu'on met dans des sports d'équipe n'y seront pas heureux, ils préféreront peut-être une activité où il peut être seul avec lui-même.

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Comment se rendre compte si une activité convient à l'enfant ? Combien de temps se laisse-t-on pour voir si ça lui convient, et quand on arrête parce que ça ne va pas ?

Il est difficile de répondre à cela, le parent connait son enfant. Soit ce sont des bouderies car il préfère jouer sur son écran et n'a "pas envie" d'aller au sport, soit il ne se sent pas bien dans ce sport, ne d'y développe pas, se sent nul ou démotivé. La situation doit de toutes façons être analysée avec l'enfant , pour qu'il argumente et explique les raisons de son déplaisir. Le dialogue doit rester la solution première.

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N'oublions pas non plus la possibilité d'un harcèlement. Pas exemple, un enfant en surpoids qui serait mis au sport pour maigrir et qui souffre du regard et des moqueries des autres à longueur d'année ne profitera absolument pas de cette activité.

De quoi a en fait besoin un enfant en dehors de l'école pour se sentir bien, se sentir équilibré ?

De nourrir ses besoins sensoriels pour l'aider à grandir, surtout en milieu urbain. Nourrir l'oreille et ses besoins de musique, de chants, le toucher par la poterie, sculpture, gravure, la vue avec le dessin, la photo, le mouvement avec la danse, le sport. En gardant toujours à l'esprit de privilégier ce que l'enfant aime et que la famille ne peut pas proposer ni au quotidien, ni en vacances.

# Catherine Vanham est logopède et fondatrice et coordinatrice des centres Mathémô, MétaMô et Sensémô à Bruxelles, trois centres pluridisciplinaires orientés vers l'accompagnement de l'enfant et de l'adolescent. Formatrice en gestion mentale et en troubles d'apprentissages. Elle anime également des groupes de parents autour du thème des l'accompagnement des enfants dans leurs apprentissages. Elle est aussi la créatrice du jeu mathématique Voyage au centre du nombre chez Erasme, et vient de publier début septembre, Dis-moi comment apprendre, aux éditions Mardaga.

Les activités extrascolaires sont-elles indispensables ? Ne conduisent-elles pas à trop vouloir en faire, à un certain surmenage? Quels sont les signaux que nous envoient les enfants? Pour répondre à ses questions et éclairer les parents, nous avons interrogé # Catherine Vanham fondatrice et coordinatrice des centres Mathémô, MétaMô et Sensémô à Bruxelles, trois centres pluridisciplinaires orientés vers l'accompagnement de l'enfant et de l'adolescent, qui met le bien-être général de l'enfant et de l'ado au coeur de leur travail quotidien.C'est du cas par cas, un enfant isolé socialement à la maison quand les parents travaillent en profitera bien pour s'épanouir et être confronté à des pairs dans des activités autres que scolaires. Un enfant ayant un environnement familial riche (sorties au musée, jeux de société en famille, invitation d'amis à la maison) en aura moins besoin. Le souci majeur est la quantité et l'équilibre entre les activités. Si la famille ne propose rien comme activité musicale car papa et maman ne sont pas dans le domaine, pourquoi pas un stage de musique qui ouvre l'oreille aux langues? Mais le trop est l'ennemi du bien, et courir toute la semaine pour le tennis, la musique, la danse, l'impro et le hockey ne permet pas aux familles d'avoir ces moments "flows" où il fait bon ne rien faire pour se découvrir les uns les autres et développer sa créativité. Je dirais que le choix doit se baser sur plusieurs choses : - Le plaisir de l'enfant qui permet l'épanouissement, la volonté de s'améliorer, l'effort à tenir pour "grimper" les échelons- Les "manques" de la famille (par exemple, inscrire l'enfant à un sport si la famille ne s'y adonne jamais et ne permet donc pas à l'enfant de s'ouvrir à cela. - Il est important aussi d'estimer si l'activité va stimuler une participation collective ou individuelle et penser à nourrir les besoins de l'enfant en ce sens. Faire de la poterie, au calme, devant sa tournette et se relaxer ne répond pas aux mêmes besoins que crier tous ensemble au match de hockey. Par exemple, au centre Matemo où j'oeuvre, nous proposons des ateliers créatifs (marionnettes ou création de BD) car ils permettent à des enfants qui ont perdu l'estime d'eux-mêmes par la souffrance liée au trouble d'apprentissage, de reconstruire cette estime de soi par la fierté de construire, de créer, d'inventer des jeux de rôles. Il faudrait toujours garder en tête que l'activité doit rester un plaisir. Les parents ne doivent pas se sentir coupables de ne pas inscrire leur enfant à des activités s'ils peuvent proposer ces activités à la maison (faire de la pâtisserie, des jeux de société, des visites en famille) mais je pense que l'éloignement de la famille a parfois du bon pour se découvrir et de construire. L'essentiel est de conserver du temps à la maison où l'enfant peut "s'ennuyer" car l'ennui amène l'envie de ne plus s'ennuyer et permet dès lors de débuter un processus créatif, d'évocations, d'imagination, de recherche d'idées. Cette imagination ne peut se déployer que dans le temps. Or ce temps devient très rare. Il est donc essentiel de conserver du temps libre,vraiment LIBRE, où l'enfant pourra puiser dans sa tête des idées et passer à l'action. Toute famille devrait donc posséder un placard qui regorge de papiers, cartons, colle, ciseaux, perles, bois, boites, fil, aiguilles à tricoter, etc pour permettre à l'enfant de passer à l'action.on peut considérer que c'est trop quand l'enfant ne montre plus de plaisir, ne veut plus faire l'effort (d'y aller à vélo, de se changer pour l'activité, de préparer ses affaires) ou quand des troubles du sommeil ou comportement apparaissent. Mais à nouveau, c'est du cas par cas. Il faut chaque jour des moments d'échanges familiaux sans devoir regarder sa montre, être là pour l'enfant, rien que pour lui, pour une balade au parc en regardant la cime des arbres, pour un documentaire à regarder ensemble, ou un jeu de société avec ses fous-rires.La fatigue amène lassitude. Ce n'est pas parce que le meilleur copain a choisi le foot que cela conviendra à l'enfant. Il faut aussi faire confiance à l'enfant et lui permettre de se tromper ou de changer d'avis, en assumant toutefois un trimestre minimum de l'activité. Certains enfants timides qu'on met dans des sports d'équipe n'y seront pas heureux, ils préféreront peut-être une activité où il peut être seul avec lui-même. Il est difficile de répondre à cela, le parent connait son enfant. Soit ce sont des bouderies car il préfère jouer sur son écran et n'a "pas envie" d'aller au sport, soit il ne se sent pas bien dans ce sport, ne d'y développe pas, se sent nul ou démotivé. La situation doit de toutes façons être analysée avec l'enfant , pour qu'il argumente et explique les raisons de son déplaisir. Le dialogue doit rester la solution première. N'oublions pas non plus la possibilité d'un harcèlement. Pas exemple, un enfant en surpoids qui serait mis au sport pour maigrir et qui souffre du regard et des moqueries des autres à longueur d'année ne profitera absolument pas de cette activité. De nourrir ses besoins sensoriels pour l'aider à grandir, surtout en milieu urbain. Nourrir l'oreille et ses besoins de musique, de chants, le toucher par la poterie, sculpture, gravure, la vue avec le dessin, la photo, le mouvement avec la danse, le sport. En gardant toujours à l'esprit de privilégier ce que l'enfant aime et que la famille ne peut pas proposer ni au quotidien, ni en vacances.