Ils ont l'air fins, en slip, face à leur entraîneur tyrannique, incarné par une Leila Bekhti en chaise roulante qui ne mâche pas ses mots. Une coach qui entend bien mâter ces petits gars mal dans leur peau, prêts pourtant à en découdre avec un drôle de défi, celui de monter une équipe... de natation synchronisée. Voilà résumé en un teaser, tournant en boucle sur le Web, Le grand bain, le film de Gilles Lellouche qui sortira le 24 octobre prochain. Un long-métrage qui oscille entre le drame social et la bonne blague de voir une brochette de stars - Poelvoorde, Amalric, Canet... - jouer les sirènes, mais qui soulève aussi, en filigrane, d'autres interrogations. " Je voulais tenir un discours sur le corps dans une époque où règne la dictature de l'esthétique parfaite, explique le réalisateur. Je souhaitais montrer des hommes entre 40 et 50 ans qui ne sont pas des athlètes, qui viennent avec leur bedaine qui sort, leurs poils, en se grattant le genou. " Une approche qui s'inscrit dans la réflexion actuelle sur la normalité et les diktats décriés de la beauté, à une nuance près : alors qu'il est le plus souvent fait état des rondeurs de ces dames, et de la nécessité de les respecter, c'est de mecs qu'il s'agit ici... Et de surcroît, confrontés à une discipline réputée ultraféminine - même si peu à peu des nageurs s'y mettent.

Une lame de fond plus vaste, celle de l'atténuation progressive du cloisonnement entre les sexes.

Cette fable aux relents chlorés illustre dès lors une lame de fond plus vaste, qui traverse notre monde, celle de l'atténuation progressive du cloisonnement entre les sexes. Si presque un an après l'affaire Weinstein et la déferlante #metoo qui en découla, on est encore très loin de l'égalité, la question du genre est plus que jamais au coeur des débats. Ainsi, le parlement allemand devrait trancher définitivement cet automne en reconnaissant une catégorie " diverse " sur les registres d'état civil, tout comme les Pays-Bas et l'Autriche. En sport également, les frontières s'amenuisent : les clubs de football ou de boxe par exemple comptent aujourd'hui une foule d'adhérentes, faisant fi des préjugés full testostérone. Quant au secteur du luxe, il surfe évidemment sur la vague. Pour son automne-hiver 18-19, Balenciaga a suivi les traces de Gucci, Saint Laurent et Burberry, en proposant un défilé mixte, en mars dernier. Côté collections Croisière, même chose, on voit désormais quelques mâles sur les catwalks, jusqu'il y a peu réservés aux femmes. Et la maison Chanel, elle, lance une ligne de make-up, Boy, pour ces messieurs. La dépolarisation de notre société est donc en marche. Reste à voir jusqu'où elle pourra aller.