"Un bon vin nécessite du raisin bien mûr. Pour ce faire, un climat chaud et ensoleillé est indispensable." Le professeur en biologie Peter Colemont ne le cache pas: la météo belge n'est pas évidente pour la viticulture. Pourtant, depuis trente ans, il produit lui-même son vin dans son petit vignoble d'un hectare situé dans le village de Gors-Opleeuw. Il fait partie des nombreux passionnés qui ne peuvent pas en vivre mais qui s'y investissent totalement. En outre, son chardonnay est couramment considéré comme l'un des meilleurs vins blancs de notre pays. D'ailleurs, de nombreux dégustateurs à l'aveugle l'ont déjà confondu avec un bourgogne. Le professeur a vu la viticulture de notre pays évoluer à la vitesse de l'éclair: au cours des dix dernières années, elle a même quadruplé, en termes de surface, de nombre de domaines et de litres produits, jusqu'à deux millions de litres actuellement. En 2020, année de pandémie, le nombre de vignerons déclarés est passé de 154 à 198, soit un quart supplémentaire. On suppose que le total - y compris les non-déclarés - est deux fois plus élevé. La recette? Simple, d'après Peter Colemont: "En Belgique, l'enjeu majeur est de compenser le manque de chaleur et de soleil, ainsi que l'excès de pluie, en choisissant minutieusement l'emplacement du vignoble."
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"Un bon vin nécessite du raisin bien mûr. Pour ce faire, un climat chaud et ensoleillé est indispensable." Le professeur en biologie Peter Colemont ne le cache pas: la météo belge n'est pas évidente pour la viticulture. Pourtant, depuis trente ans, il produit lui-même son vin dans son petit vignoble d'un hectare situé dans le village de Gors-Opleeuw. Il fait partie des nombreux passionnés qui ne peuvent pas en vivre mais qui s'y investissent totalement. En outre, son chardonnay est couramment considéré comme l'un des meilleurs vins blancs de notre pays. D'ailleurs, de nombreux dégustateurs à l'aveugle l'ont déjà confondu avec un bourgogne. Le professeur a vu la viticulture de notre pays évoluer à la vitesse de l'éclair: au cours des dix dernières années, elle a même quadruplé, en termes de surface, de nombre de domaines et de litres produits, jusqu'à deux millions de litres actuellement. En 2020, année de pandémie, le nombre de vignerons déclarés est passé de 154 à 198, soit un quart supplémentaire. On suppose que le total - y compris les non-déclarés - est deux fois plus élevé. La recette? Simple, d'après Peter Colemont: "En Belgique, l'enjeu majeur est de compenser le manque de chaleur et de soleil, ainsi que l'excès de pluie, en choisissant minutieusement l'emplacement du vignoble." Ce fut la démarche d'Yves Bacquaert, négociant en vins et bières, lorsqu'il a fondé le domaine viticole d'Entre-Deux-Monts, dans la région des monts des Flandres, à deux pas de la frontière française. Dès le départ, Martin, son fils, diplômé en tant que bioingénieur, a pris les rênes de l'entreprise. La région, jouissant d'un de ces microclimats favorables de notre pays, n'a pas volé son nom: la zone est en effet vallonnée, de sorte que les raisins plantés sur les pentes sont mieux exposés au soleil et la pluie s'écoule facilement. En outre, Yves Bacquaert emploie des cépages résistants aux climats plus frais, comme le pinot noir et le chardonnay (connus de la Bourgogne, également septentrionale), le pinot gris et l'auxerrois (d'Alsace, tout aussi au nord), ainsi que des cépages précoces tels que le kerner et le sieger. En Belgique, Yves Bacquaert est l'un des rares vignerons à temps plein dont l'activité est économiquement rentable. Pour ce faire, une certaine surface est nécessaire: au moins sept à huit hectares, comme l'a calculé Jonas De Maere, un économiste qui, avec son frère, a créé la boutique en ligne belgianwines.com. Entre-Deux-Monts s'étend désormais sur dix-huit hectares et, en dehors de la famille, emploie cinq personnes. Des pionniers tels que Colemont (à temps partiel) et Bacquaert (à temps plein) ont été rapidement suivis par des passionnés du vin de tous horizons: d'anciens cultivateurs de pommes et de poires, des fleuristes, des marchands de vin, des ingénieurs, un policier, un photographe, un pharmacien, un professeur de sociologie et même... un éditeur de bandes dessinées. Sans oublier les entrepreneurs belges ayant fait fortune ailleurs qui investissent désormais une partie de leurs gains dans la viticulture. Ghislain Houben, du domaine Hoenshof, est non seulement viticulteur mais aussi professeur d'économie. Sa crainte principale est que certains entrepreneurs sous-estiment la complexité de la viticulture: "On peut investir autant qu'on veut, le business plan peut être le meilleur qui soit, la nature n'en tient pas compte. Certains réussiront car ils peuvent survivre sans capitaux, d'autres étoufferont." Le viticulteur met également en avant le facteur prix: "Notre pays est l'un des marchés les plus compétitifs, avec une offre de vins du monde entier et des consommateurs qui n'hésitent pas à acheter du vin étranger s'il est meilleur et moins cher." D'un autre côté, la tendance à acheter local joue en faveur de nos vignerons. Et le réchauffement climatique dans tout ça? En tous cas, les vins "cool climate", tels que les breuvages belges, sont devenus tendance car les pays chauds menacent de devenir... trop chauds. Toutefois, d'autres facteurs que la chaleur influencent la viticulture, comme l'ensoleillement suffisant pour la production de sucres dans le raisin. Par ailleurs, des températures élevées ne garantissent pas plus de soleil ou moins de précipitations. Comme on l'a constaté en 2021, la pluie, en particulier, pose souvent de gros problèmes aux viticulteurs. Il est généralement admis qu'en Belgique, l'avenir du vin réside dans le mousseux selon la méthode champenoise car l'acidité, inhérente aux raisins non mûrs dans un climat frais, peut être ajustée à travers l'édulcoration. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le champagne est né dans le nord de la Champagne, à seulement 250 kilomètres de Bruxelles. L'un de nos meilleurs producteurs de ce nectar est l'ancien négociant en vins Raymond Leroy, du vignoble des Agaises. Formé en France à l'oenologie, il a découvert dans sa Binche natale un sous-sol de craie, tout comme en Champagne. Il est parvenu à l'acheter et à y planter des vignes des trois cépages champenois. Son vin mousseux, Ruffus, qui ne peut légalement être appelé champagne, a régulièrement été primé, cette année encore ( lire par ailleurs). Sur le plan commercial, notre "champagne" présente également un avantage de taille: son prix est nettement inférieur à celui de la version française.