Les quais de l'Elbe (Station Baumwall). Cachée derrière Berlin, dont on dit parfois qu'elle est la petite soeur, la deuxième ville du pays en termes d'habitants n'attire pas les hordes de touristes. Depuis l'inauguration de l'Elbphilharmonie, début 2017, le vent est néanmoins en train de tourner et cette destination où plane un parfum de Scandinavie - Copenhague n'est qu'à 300 km - prend doucement son envol. Certes, les visiteurs sont majoritairement allemands - les cartes des restaurants et les site Web, souvent non traduits, en témoignent - mais "l'effet Bilbao" est bien là. Tout comme le musée Guggenheim en Espagne, le paquebot mélomane aux lignes futuristes draine, au bord du fleuve, toujours plus de passionnés d'architecture. Ceux-ci découvrant, par la même occasion, le décor désuet du premier port germanique et l'esprit jeune qui le teinte aujourd'hui. Pour prendre le pouls de cette cité détruite à 60% pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique le bâti assez récent, rien de tel que de se balader le long de l'eau, sur l'aménagement en bois dessiné par feu la starchitecte Zaha Hadid. Un marin d'eau douce y vend ses croisières commentées à la criée tandis qu'un peu plus loin, un guitariste entame un Let it Be rappelant que les Beatles sont passés par ici. Ça flâne, ça jogge, ça skate, ça se bouscule, ça pique-nique à même les pontons... Avec, en arrière-plan, la monumentale et photogénique salle de concert.
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Les quais de l'Elbe (Station Baumwall). Cachée derrière Berlin, dont on dit parfois qu'elle est la petite soeur, la deuxième ville du pays en termes d'habitants n'attire pas les hordes de touristes. Depuis l'inauguration de l'Elbphilharmonie, début 2017, le vent est néanmoins en train de tourner et cette destination où plane un parfum de Scandinavie - Copenhague n'est qu'à 300 km - prend doucement son envol. Certes, les visiteurs sont majoritairement allemands - les cartes des restaurants et les site Web, souvent non traduits, en témoignent - mais "l'effet Bilbao" est bien là. Tout comme le musée Guggenheim en Espagne, le paquebot mélomane aux lignes futuristes draine, au bord du fleuve, toujours plus de passionnés d'architecture. Ceux-ci découvrant, par la même occasion, le décor désuet du premier port germanique et l'esprit jeune qui le teinte aujourd'hui. Pour prendre le pouls de cette cité détruite à 60% pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique le bâti assez récent, rien de tel que de se balader le long de l'eau, sur l'aménagement en bois dessiné par feu la starchitecte Zaha Hadid. Un marin d'eau douce y vend ses croisières commentées à la criée tandis qu'un peu plus loin, un guitariste entame un Let it Be rappelant que les Beatles sont passés par ici. Ça flâne, ça jogge, ça skate, ça se bouscule, ça pique-nique à même les pontons... Avec, en arrière-plan, la monumentale et photogénique salle de concert. L'Elbphilharmonie. Une décennie de travaux et un budget passant de 77 millions à plus de 650 millions d'euros: le chantier aura été colossal! Il faut dire que le duo de créateurs suisses Herzog et de Meuron a vu grand. Ayant reçu carte blanche pour cette commande privée - une opportunité rare pour un architecte -, les deux hommes ont rêvé d'ériger sur cet entrepôt des années 60 une vague en verre réfléchissant culminant à 110 mètres de hauteur. Un escalator légèrement courbé de 80 mètres de longueur transporte le public à l'intérieur. Pour mieux visualiser les lieux, façonnés avec un souci du détail inouï, il faut néanmoins s'inscrire pour une visite guidée ou s'offrir une place pour un spectacle, puisqu'il est interdit de déambuler seul dans ce sanctuaire abritant également un parking et des appartements. A moins d'opter pour la version premium: une nuit dans le Westin Hotel, implanté dans la partie vitrée du monument. Cher mais pas impayable. Le parcours se termine immanquablement - à condition d'avoir réservé - sur la terrasse panoramique, à quelque 37 mètres du sol, à la jonction entre la brique et la façade-miroir. Sur ce promontoire, on repère immédiatement les cinq éléments culminants de la skyline: des églises anciennes qui tranchent avec la modernité du reste du tissu urbain. La plus connue est Sankt Michaelis, affectueusement appelée "Michel" et dont le clocher néo-baroque offre un panorama grandiose aux amateurs de grimpette. Sankt Jacobi, qui fut la seule détruite pendant le conflit mondial de 40-45, se distingue, elle, par sa couverture en cuivre, qui devrait verdir avec le temps. L'heure de table étant largement entamée, on profite du restaurant du site, à prix abordables et avec vue, avant de faire nos adieux à "Elphie". La croisière. Avec plus de 2.000 ponts, Hambourg en compterait plus que Londres, Amsterdam et Venise réunis! Ajoutez à cela Speicherstadt, soit le plus grand ensemble d'entrepôts au monde datant du XIXe, entre lesquels s'immiscent des kilomètres de canaux, et une zone portuaire classée deuxième européenne, après Rotterdam mais talonnée par Anvers, et vous comprendrez qu'un tour en bateau s'impose. Les propositions ne manquent pas sur les berges, et la plupart se valent. La tête en l'air, on longe d'abord les anciens volumes de stockage en brique rouge, 300.000 m² de surface reconnus par l'Unesco pour leur valeur patrimoniale, avant de se retrouver au milieu de l'Elbe pour aller jeter un oeil du côté de l'impressionnant terminal à containers, véritable Tetris multicolore surplombé de grues. Un décor surréaliste qui permet de prendre la mesure de ce que le commerce génère comme fret à l'échelle planétaire. Ovelgönne. On prend l'option plage (oui, oui) et on quitte l'effervescence du centre, direction l'ouest, pour rejoindre cet ancien village de pêcheurs datant du XVIIe siècle, couru aujourd'hui dès que pointent les beaux jours. De là, on peut observer la chorégraphie gracieuse des navires sur l'Elbe tout en dégustant une Astra, l'incontournable bière blonde du cru, dans une guinguette, les pieds dans le sable. 10 H 30 Le Kontorhausviertel. Peu escarpé, ce pan de ville dédié aux "maisons de comptoir" se prête parfaitement à une découverte à vélo, d'autant qu'un système en libre-service bien desservi est disponible. L'endroit est entré dans l'histoire de l'architecture en tant que premier quartier d'Europe destiné uniquement aux bureaux. Bâtis dans les années 20 et 30, le Sprinkenhof et la Chilehaus figurent parmi les buildings les plus remarquables. La forme de ce dernier, emblématique de l'expressionnisme allemand, rappelle la proue d'un navire. L'angle de ses façades est d'ailleurs l'un des plus aigus de notre continent, évoquant le célèbre Flatiron Building de New York. La Maison du Chili a été financée par un riche armateur, Henry Brarens Sloman, qui avait fait fortune en Amérique du Sud. On raconte qu'il acheta ce terrain de 5.000 m² mais aussi près de 5 millions de briques. Pour stabiliser l'ouvrage, malgré les sols inondables des environs, on coula des piliers en béton armé de 16 mètres de profondeur. Le Sprinkenhof, pour sa part, interpelle par sa taille, inspirée des grands immeubles administratifs des USA, au début du XXe siècle. Percé de trois cours cernées de façades perforées d'une multitude de fenêtres, il donne presque le tournis. Quelques coups de pédales le long du Zollkanal, vers l'est, pour arriver devant l'imposant volume abritant le siège social du magazine Der Spiegel, avant de s'arrêter aux Deichtorhallen qui accueillent, sous une élégante charpente en acier, un centre d'art et de photographie réputé. On emprunte alors le Oberhafenbrücke, un pont à double étage - pour les trains et les voitures - qui débouche sur l'Oberhafen Kantine, une petite bicoque qui ne semble plus tenir debout, coincée sous le tablier de l'ouvrage, mais qui constitue un bâtiment culte pour les locaux... Le lunch qui tombe à pic. HafenCity. En repartant vers l'ouest, sur les berges de l'Elbe, on mesure l'ampleur du plan de redéploiement prévoyant d'augmenter de 40% la taille du centre d'ici 2025. Une effervescence urbanistique comprenant notamment l'Elbphilharmonie, une université et un gratte-ciel dessiné par le Londonien David Chipperfield (lire par ailleurs). Ce dernier n'est pas encore en construction mais fait déjà beaucoup jaser puisqu'il dépassera les cinq clochers qui toisent la ville. Un choc! Le développement prévoit aussi 1.500 logements (environ 12.000 habitants) et plusieurs centaines d'entreprises (soit 45.000 travailleurs). On s'arrête en chemin pour visiter la station de métro HafenCity Universität qui a fait l'objet d'un travail artistique sur la lumière, et le Lohsepark cerné d'immeubles d'habitation expérimentaux proposant, par exemple, des appartements pour musiciens ou gratuits pour les étudiants. On achève ce périple en selle au Kaispeicher B, le plus ancien entrepôt de Hambourg (1879), réhabilité pour y accueillir le Musée international de la marine. Marktstrasse. Changement de décor. On vise la station de métro Feldstrasse, pour déboucher à l'ombre d'un énorme bunker anti-attaque aérienne de la Seconde Guerre mondiale. Il héberge désormais plusieurs sociétés, un magasin d'instruments de musique et un night-club. A l'avenir, il devrait être végétalisé. Hambourg étant considérée par les Nazis comme un point industriel stratégique, elle comptait à l'époque plus de 1.000 édifices du genre. Aujourd'hui, il en reste 650, la plupart étant néanmoins souterrains ou plus discrets que ce Hochbunker. L'un des plus grands, le Tiefbunker Steintorwall, est caché sous la gare centrale et a une capacité de 2.700 personnes. Des visites sont bien sûr possibles. Pour se détendre, on tourne le dos à ce sombre mastodonte pour rejoindre la Marktstrasse, ses boutiques alternatives, ses artisans upcycleurs, ses vitrines vintage, ses disquaires... et ses petits salons de thé à l'esprit berlinois, aux étales garnies de pâtisseries allemandes, pas vraiment légères mais succulentes. Sankt Pauli. Les noctambules enchaîneront avec une nuit dans le quartier chaud. Haut lieu de divertissement érotique depuis le XIXe siècle, il regorge de théâtres, cabarets et clubs. C'est là qu'on marche vraiment sur les pas des Beatles qui, entre 1960 et 1962, y ont donné plus de 280 concerts, signé leur premier contrat et fait la rencontre d'un certain Ringo Starr. Les nostalgiques passeront devant le 33 Paul-Roosen Strasse, où les musiciens habitèrent, avant de rejoindre le Jägerpassage, derrière le 22 Wohlwillstrasse, pour poser comme John Lennon en cover de l'album Rock'n'roll. Le tour-hommage se terminera au poste de police Davidwache, dans lequel Paul McCartney et Pete Best furent incarcérés quelques heures, soupçonnés d'avoir allumé un incendie. Reste alors à se perdre dans les rues perpendiculaires à la Reeperbahn, jusqu'aux petites heures... en évitant d'abuser de Helbing, le schnaps local. Le Fishmarkt. Etre matinal (ou ne pas rentrer dormir) s'impose pour découvrir cette coutume dominicale. Le bon plan: s'arrêter à la station de métro Ländungsbrücken et longer les quais en direction du nuage de mouettes, au loin. Les habitants s'y pressent dès l'aube pour manger des petits sandwichs aux crevettes ou au crabe accompagnés d'un café... ou d'une Astra. L'ambiance rétro et très populaire se poursuit sur le marché même, et dans la halle couverte où l'on brunche en écoutant des concerts. Gare aux lève-tard: à 9h30, les commerçants remballent déjà leurs poissons et légumes, et à 11 heures, tout est terminé! Le lac Alster. Hambourg, où naquit en 1933 un certain Karl Lagerfeld, est définitivement la reine des ambiances contrastées. Après le gavage urbain, une mise au vert autour de ce plan d'eau intérieur, créé grâce à un barrage sur la rivière Alster, fait vite oublier le macadam. On se balade autour du Binnenalster, le plus petit des deux bassins, décoré d'un geyser artificiel de 60 mètres de hauteur, ou on part à l'assaut de l'Aussenalster, beaucoup plus vaste et se prêtant à un tour à la voile ou en kayak. Une atmosphère paisible, qui évoque celle régnant autour des lacs suisses. Non rassasié de briques et de pierre? Altstadt, la vieille ville, à deux pas, recèle un superbe hôtel de ville néo-Renaissance. Une petite merveille, comme toutes celles que l'on aurait encore pu visiter dans cette cité décidément trop modeste. Merci Elphi pour l'invitation!