Nous avons rendez-vous dans la salle des pas perdus. Spectaculaire, avec ses 90 mètres de longueur, ses 40 mètres de largeur et sa hauteur impressionnante de 100 mètres. Francis Metzger contemple le grand hall du Palais de Justice de Bruxelles avec des yeux émerveillés et professionnels à la fois. Il faut dire que le hasard est incroyable: le jour de notre interview est également celui où l'on annonce que les plans de Joseph Poelaert, l'architecte créateur de ce palais plus grand que la basilique Saint-Pierre de Rome, ont été retrouvés. "La légende urbaine les disait brûlés dans un énorme bûcher réalisé par les nazis. Or, avec ces trente cartons de croquis d'archives, on va pouvoir faire entrer cet incroyable et fascinant bâtiment dans le XX...

Nous avons rendez-vous dans la salle des pas perdus. Spectaculaire, avec ses 90 mètres de longueur, ses 40 mètres de largeur et sa hauteur impressionnante de 100 mètres. Francis Metzger contemple le grand hall du Palais de Justice de Bruxelles avec des yeux émerveillés et professionnels à la fois. Il faut dire que le hasard est incroyable: le jour de notre interview est également celui où l'on annonce que les plans de Joseph Poelaert, l'architecte créateur de ce palais plus grand que la basilique Saint-Pierre de Rome, ont été retrouvés. "La légende urbaine les disait brûlés dans un énorme bûcher réalisé par les nazis. Or, avec ces trente cartons de croquis d'archives, on va pouvoir faire entrer cet incroyable et fascinant bâtiment dans le XXIe siècle!", se réjouit celui qui milite pour le sauvetage de ce mastodonte aux côtés de la Fondation Poelaert, pour laquelle il a participé à l'élaboration d'un master plan sur la rénovation, la restauration et la modernisation de l'ensemble des édifices de la place éponyme. Enfant déjà, Francis Metzger a passé sa scolarité à l'athénée Robert Catteau, à quelques mètres de celui que certains détracteurs considèrent comme un éléphant d'architecture d'un autre siècle, boulet pour la justice moderne. Ce lifting, c'est un défi parmi d'autres, celui des serres de Laeken, par exemple, en collaboration avec François Chatillon, l'architecte qui a restauré le Grand Palais à Paris. "La difficulté ne me fait pas peur, c'est même un moteur!", rassure celui qui carbure aux projets, jonglant entre les vieilles pierres et les chantiers plus contemporains, tels que l'hôpital Erasme. Le comble? Ce passionné a choisi ses études en art de bâtir par défaut. "C'était la seule branche dans laquelle il n'y avait ni anglais, ni néerlandais", sourit le sexagénaire, intarissable sur ce qui le porte depuis plusieurs décennies. Et son C.V. de confirmer cet appétit. Parmi les projets achevés et en cours, de vrais joyaux: la Villa Empain, la bibliothèque Solvay, la gare Centrale, les maisons Autrique et Delune, l'hôtel Astoria, l'Aegidium, les églises Notre-Dame de Laeken et Saint-Servais, la Galerie Louise, le centre universitaire Zénobe Gramme... Ou encore la très récente maison Saint-Cyr, chef-d'oeuvre Art nouveau, pour laquelle son cabinet, Ma2, a reçu en juin dernier le Prix spécial du jury AADIPA (Association des Architectes de la Défense et d'Intervention en Patrimoine Architectural), remarqué pour "l'excellent travail exécuté pour mettre en valeur toutes les caractéristiques d'un édifice iconique de la ville". Une magnifique reconnaissance pour lui et son équipe, qui ressuscitent de véritables trésors. "Tout mon travail consiste à dialoguer avec ces architectes disparus. Tous me captivent, m'étonnent, même si mon préféré reste Victor Horta. Je suis très admiratif de sa gestion de l'espace et de la lumière, cela me fascine ! Mais j'adore également le contemporain, que j'enseigne d'ailleurs à l'ULB. Etre acteur de la restauration du patrimoine ou imaginer le futur, c'est un privilège inouï. A partir de quasi rien ou de fragments intacts, mon plaisir est d'inventer une histoire homogène. C'est palpitant!"