"Tout ce que je peux faire, Ray peut le faire mieux que moi", disait Charles Eames à propos de sa compagne. Si ce couple créatif (dont certains pensent encore peut-être qu'il s'agit de deux frères) reste indissociablement lié à la conception de la Lounge chair ou de la Case Study House n°8, d'autres professionnelles ont par contre été complètement effacées de l'histoire.

Ainsi, le travail de Charlotte Perriand (lire ici) est longtemps resté dans l'ombre de Le Corbusier, tout comme celui de Jane Drew, pour le plan d'urbanisation de Chandigarh. De même, tout le monde ignore que Lilly Reich participa à la mise au point du fauteuil Barcelona qu'on attribue à Mies van der Rohe. Plus récemment, lors de la remise du Pritzker Prize 2012 - sorte de Nobel de la discipline -, Lu Wenju, l'associée (et épouse) de Wang Shu, le Chinois primé cette année-là, fut carrément oubliée... Et quand enfin, comme feu Zaha Hadid, le nom d'une consoeur réussit à s'imposer, le monde se permet de "juger sa personnalité, avant son travail", la Britannico-Irakienne ayant subi toute sa vie le sobriquet de "diva".

C'est pour répondre à ce constat décapant que les éditions Phaidon ont rassemblé les projets signés par 150 de ces expertes en volumes pour la plupart anonymes, collaborant pourtant souvent dans de grands bureaux de par le monde, à part égale avec leurs homologues masculins. Un recueil de 180 bâtiments dont ces architectes (parce qu'il n'est pas indispensable de préciser qu'elles sont femmes pour en apprécier la qualité) peuvent revendiquer fièrement la maternité.

Je ne suis pas une femme architecte, je suis architecte, par Jane Hall, Phaidon, 224 pages.

Mariam Kamara de l'Atelier Masomi, pour ce complexe autour de la religion, au Niger. © ATELIERMASOMI AND STUDIOCHAHAR / JAMES WANG