C' était le 24 juin 1968. Suite aux élections législatives, le gouvernement imposait à la Section française de l'Université de Louvain " l'implantation d'unités pédagogiques entières dans des sites nouveaux choisis par elle ". Ce fait marquant dans notre histoire était la conséquence d'une crise politique débutée fin 1967, alors que trente mille Flamands défilaient à Anvers afin de réclamer le départ des francophones du campus louvaniste. Moins de trois ans plus tard, la première pierre de Louvain-la-Neuve était posée. " Plusieurs lieux ont été envisagés et finalement le bourgmestre d'Ottignies, Yves du Monceau, a écrit aux instances académiques pour proposer un plateau agricole, raconte Philippe Piette, responsable de l'Office de tourisme. L'université a bénéficié d'un prêt de l'Etat national pour acheter l'ensemble. Et très vite, l'administrateur général du projet, Michel Watrin, a exprimé le désir de créer, là, une véritable ville. Il avait fait le tour de la planète, des Etats-Unis au Japon, en passant par la Hollande et la France, et il s'était rendu compte que l'arrivée d'une université développait l'activité économique mais nécessitait d'autres infrastructures : logements, commerces, culture. "
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C' était le 24 juin 1968. Suite aux élections législatives, le gouvernement imposait à la Section française de l'Université de Louvain " l'implantation d'unités pédagogiques entières dans des sites nouveaux choisis par elle ". Ce fait marquant dans notre histoire était la conséquence d'une crise politique débutée fin 1967, alors que trente mille Flamands défilaient à Anvers afin de réclamer le départ des francophones du campus louvaniste. Moins de trois ans plus tard, la première pierre de Louvain-la-Neuve était posée. " Plusieurs lieux ont été envisagés et finalement le bourgmestre d'Ottignies, Yves du Monceau, a écrit aux instances académiques pour proposer un plateau agricole, raconte Philippe Piette, responsable de l'Office de tourisme. L'université a bénéficié d'un prêt de l'Etat national pour acheter l'ensemble. Et très vite, l'administrateur général du projet, Michel Watrin, a exprimé le désir de créer, là, une véritable ville. Il avait fait le tour de la planète, des Etats-Unis au Japon, en passant par la Hollande et la France, et il s'était rendu compte que l'arrivée d'une université développait l'activité économique mais nécessitait d'autres infrastructures : logements, commerces, culture. " Dès le départ, un choix fort sera également fait : celui de créer une entité assez petite, très dense et piétonne, favorisant la rencontre entre étudiants et habitants. " C'est Raymond Lemaire qui a conçu le plan directeur. Il n'était ni architecte, ni urbaniste mais historien, spécialiste des cités médiévales. Il avait notamment rénové le petit béguinage à Leuven ", explique Philippe Piette. C'est donc sur ce modèle ancien qu'il imaginera son implantation faite de places reliées par des voies étroites, dans le respect de la topographie. Seule une dalle - qui fait aujourd'hui 14 hectares - sera construite pour permettre de caser, en dessous, circulation automobiles, bus et trains. Se balader dans Louvain-la-Neuve, c'est prendre la mesure d'une ville nouvelle des années 70 qui est bien plus qu'un repaire d'étudiants - même s'il n'est pas rare d'entendre, au détour d'une rue, un chant paillard résonner sur le pavé. Le patrimoine architectural de l'endroit est d'une richesse inattendue et de nouveaux buildings continuent à sortir de terre. Désormais, on y compte 10 000 à 11 000 résidents, auxquels il faut ajouter 10 000 kotteurs et tous ceux qui étudient sur le campus. " A midi, on estime qu'il y a 45 et 50 000 personnes, évalue le responsable touristique. A minuit, on est à 22 000 personnes. " En cette année anniversaire du Walen Buiten, une visite de ce joyau architectural peu connu s'imposait. Suivez le guide ! C'est là que tout a commencé, c'est donc logiquement que nous entamerons l'itinéraire à cet endroit. Si le premier bâtiment érigé, en 1971, fut le Cyclotron, un centre de recherche nucléaire, c'est la place des Sciences, et son emblématique bibliothèque, devenue fin 2017 le musée L, qui fut le déclencheur d'une stratégie urbaine. " L'idée était de dire : on va renaître de nos cendres, résume Anne Querinjean, la directrice du musée. Les autorités académiques ont donc choisi un architecte, André Jacqmain, et lui ont donné carte blanche, ce qui lui a permis d'être très créatif. " Le concepteur, imprégné par Le Corbusier, dans sa dernière période, plus baroque, a mis au point un ensemble en béton d'une grande cohérence, comprenant la place, le restaurant U, des auditoires et bien sûr la bibliothèque. " Pour cette dernière, il s'est inspiré des grandes granges du Brabant wallon, relate Anne Querinjean. Les pilastres, en façade, rappellent quant à eux les géants des processions de carnaval qui protègent en quelque sorte l'institution. Pour l'époque, l'usage de ce matériau de structure travaillé comme une sculpture, c'était hyper contemporain. " Un ouvrage aujourd'hui superbement mis en valeur grâce au musée qui abrite les collections de l'UCL. " Le lieu était initialement rempli de rayonnages et de bureaux dessinés sur mesure par Jules Wabbes - on en a d'ailleurs conservé quelques-uns, et des luminaires que nous avons reçus de sa veuve. Quand nous avons investi ce bâtiment, je voulais créer une maison d'hôtes où l'on se sente bien, insiste Anne Querinjean. C'est pourquoi nous y avons mis du tapis plain et travaillé l'éclairage. Même si on n'a pas envie de faire le tour des collections, on doit pouvoir venir ici juste pour se poser, écrire, lire ses mails... Ce qui est agréable, c'est ce côté déambulation ; vous avez sans cesse des points de vue différents sur les oeuvres. On est loin du musée ennuyeux où les salles s'enfilent. " La visite se termine à l'extérieur, sur la place, pour se rendre compte de l'unité de ce quartier, incroyablement bien pensé en termes de fonctionnalité. Avant de rejoindre le centre actuel, les plus courageux peuvent faire un détour par la Ferme du Biéreau, l'une des huit fermes brabançonnes qui occupaient le plateau avant l'implantation du centre estudiantin. Chacune d'entre elles a été réaffectée et s'est vu attribuer une nouvelle activité, comme celle-ci devenue un centre culturel musical. On trouve à côté également un restaurant branché de la région, le Loungeatude. " On a voulu conserver une trace du passé tout en valorisant la culture, qui joue un rôle majeur dans le développement urbain ", insiste Philippe Piette. Dans ce même esprit, on compte par ailleurs 120 interventions artistiques dans toute la cité : des sculptures, des fresques... ainsi qu'une multitude de graffs réalisés lors du Kosmopolite Art Tour, en 2012. Au départ de la place des Sciences, il est aussi possible de descendre directement la rue des Wallons, un axe intéressant car il témoigne de l'architecture " médiévale " mise en place dès le départ. " Il y a eu, au début, une opposition entre les partisans du béton et ceux de la brique, observe le directeur de l'Office de tourisme. Quand on emprunte cette artère, on voit que cette deuxième l'a emporté, tout comme l'ardoise et les châssis en bois, des matériaux traditionnels. " Aujourd'hui, cette voie a un peu perdu de son lustre et est devenue un lieu de passage où l'on ne s'arrête quasi plus. Mais un projet de revitalisation est en route pour réimplanter des commerces de qualité et rénover la place éponyme, à l'horizon 2019. Au pied de cette pente, on aboutit sur le bâtiment des Halles, qui abrite la gare et l'Office de tourisme. L'édifice affiche en façade de grandes arches, clin d'oeil à celles de la Halle aux draps de Leuven. On repère là aussi l'entrée du centre commercial L'Esplanade qui " a donné le dernier coup de rein pour transformer Louvain-la-Neuve en vraie ville, il y a une dizaine d'années ", observe Philippe Piette. Direction ensuite la Grand-Place qui, au coeur de la journée, grouille de monde. Là, ce sont deux infrastructures plus récentes qui retiennent l'attention. A commencer par L'Aula Magna, une boîte en verre et acier dessinée par le Belge Philippe Samyn et abritant notamment une grande salle de plus de 1 000 places pour des congrès ou concerts. Inauguré en 2001, le lumineux mastodonte tranche avec le bâti des alentours. Il assure aussi une transition vers le lac où les Néo-louvanistes se promènent régulièrement - en réalité un bassin d'orage qui récupère les eaux qui ne peuvent plus s'écouler à cause de la dalle. Juste en face, le chantier d'un nouveau pan de ville s'achève : le Resort Urbain Agora, un complexe de 30 000 m2 comprenant des logements de standing et un hôtel ouvert récemment, le Martin's, avec restaurant, spa et salles de séminaires. Un projet colossal qui restructure un îlot et concrétise la volonté de la cité de s'orienter vers le tourisme. Un peu plus loin, un gîte d'étape de 124 lits, dans un esprit auberge de jeunesse, est également en construction. " Il faut faire jouer à ce secteur le rôle de développeur économique qu'il a ailleurs, que ce soit en matière d'affaires ou de loisirs. Ce tourisme urbain axé sur l'architecture commence à attirer du monde, se réjouit Philippe Piette. Nous avons beaucoup de Flamands notamment, surtout des pensionnés, qui viennent visiter les lieux, ayant connu en leur temps les campus réunis à Leuven... " Enfin, la balade peut se terminer au musée Hergé, ouvrage remarquable réalisé par l'architecte français Christian de Portzamparc. " En 1996, Fanny et Nick Rodwell m'ont présenté cette belle idée de musée, se souvient-t-il. Ils cherchaient le lieu. C'est en 2001 que ce site fut choisi. En 2004, je leur ai proposé l'esquisse et ils l'ont aimée. Le volume est un prisme allongé qui semble flotter dans la forêt de vieux arbres. Depuis le quai, une passerelle est tendue vers le musée comme vers un bateau. En regardant l'édifice, ce que l'on voit d'abord, c'est un intérieur coloré, onirique. On pense peut-être aux cases de la bande dessinée qui nous font pénétrer un monde sans fin. Ce paysage, mélange de ville et de nature, est caractérisé par le trait d'Hergé. On y entre, on voit le ciel de l'autre côté, et les arbres... Sommes-nous entrés dans un dessin ? Le trait d'Hergé sera notre ligne. Parfois agrandi, projeté. Nous sommes dedans ", conclut le concepteur dans une note de présentation. Juste à côté, le parc de la Source, rénové dans la foulée de ce chantier terminé en 2009, sera le point final verdoyant de notre visite au pays de la brique et du béton...