Briques rouges, toitures à deux pans et volets blancs... Cette rue de Muizen, non loin de Malines, enfile comme des perles les clichés architecturaux belges. A l'exception d'une construction, celle où vivent Wim et Annemie, un couple aux idées novatrices. Rien de fou ou d'excentrique cependant, ni de couleurs audacieuses. Ce qui distingue cette habitation des autres, c'est sa volumétrie. " Elle est en forme d'étoile de Ninja ", assure Stefanie Dieleman, architecte chez DMOA. " Ou de hand spinner ; vous savez, ce gadget tournant qui a fait le buzz l'été passé ", complète la propriétaire. Ce projet est en effet constitué de trois ailes courbes et dévoile, lorsqu'on le parcourt, une grande ingéniosité.

Pour éviter une ambiance trop léchée, les habitants ont opté pour du béton, du bois et de la brique mouchetée. Une peinture jaune illumine la cuisine. © Luc Roymans

Les surprises commencent dès le jardinet en devanture - qui en fait n'en est pas une. " A cause des formes rondes de l'ensemble, il est difficile de parler d'avant ou d'arrière. Nous avons évité de traiter les abords de façon classique, explique Stefanie. On néglige trop souvent la zone qui sépare la route du bâtiment, comme si ce n'était qu'un bout de terrain sans grande valeur. " Le Belge se contente en général d'y garer son auto et d'y installer une boîte aux lettres. Pour le reste, il est rare que cet endroit fasse l'objet d'une telle réflexion. Ici, c'est différent. On longe un sentier bordé de haies et d'arbustes jusqu'à la porte d'entrée, façon parcours pédestre. Les voitures, elles, sont tapies sur le côté, derrière la végétation. Cet aménagement est l'oeuvre du paysagiste Johan Stroobants. Passé le seuil, on pénètre d'emblée dans les pièces de vie percées de larges baies vitrées de part et d'autre, avec vue imprenable sur le jardin. Ainsi, le bureau s'ouvre sur un espace de jeux pour les enfants, tandis que le living et la cuisine donnent sur un étang de nage. Où que se pose le regard, le vert est omniprésent.

Le plan de cette maison, très particulier, ne comprend pas de couloir et offre de belles perspectives d'une pièce à l'autre. © Luc Roymans

Out of the box

Et c'était bien là la volonté d'Annemie et de Wim lorsqu'ils ont fait appel à DMOA. " Nous souhaitions un lien direct avec la nature et une circulation fluide ", précise l'habitante qui ne parle pas ici de l'apport d'air mais de la liberté de mouvement pour ses rejetons pleins de vie et d'énergie : " Dans notre ancienne propriété, ils pouvaient galoper partout. On désirait conserver cela. " Check ! La maison semble conçue sur mesure pour ces bambins... et pour le chien Qofi, qui s'en donne à coeur joie. " C'est un plan déstructuré qui n'a rien à voir avec celui d'un logis traditionnel, desservi par des couloirs ", observe l'architecte. Les maîtres des lieux avaient par ailleurs demandé à ce que le désordre inhérent à une famille puisse être évité grâce à de nombreux rangements dissimulés un peu partout.

Le parquet, posé de façon courbe, suit la volumétrie atypique de l'habitat. © Luc Roymans

Côté matériaux, l'objectif était également de sortir du lot, en évitant les textures trop lisses ou trop léchées. Le bois, le béton et une brique grise mouchetée de noir furent privilégiés. Dans un même esprit, le parquet, loin d'être tracé au cordeau, est volontairement courbe. Les plans inédits ont en effet obligé les constructeurs à, eux aussi, penser " out of the box ". " Dans une maison standard, on peut placer des lattes bien droites, ici c'était impossible, souligne Stefanie. Mais allez demander à un parqueteur de cintrer un sol en bois massif ! Nous y sommes arrivés mais avec des lattes de 2 cm de largeur seulement. "

Permis de s'évader

Avant de s'installer dans ce paradis verdoyant, le couple vivait près d'une chaussée, non loin de là, mais le trafic était devenu tel qu'il désirait revenir à plus de calme. Ce terrain de dix ares, alors occupé par une maison en ruine, fut choisi sur un coup de coeur. La sélection de l'architecte s'avéra plus compliquée puisque les commanditaires en consultèrent huit avant de trouver le concepteur qui répondait à leurs envies, le bureau louvaniste DMOA, réputé pour sa créativité et sa minutie dans le traitement de chaque dossier. " Les pièces du puzzle se sont alors mises en place ", se souvient Annemie qui, aujourd'hui, peut profiter pleinement de cette villa offrant, toute l'année, un avant-goût de vacances. Est-ce l'étang de nage ? La lumière à foison ? Les trois espaces verts ? Grâce aux larges baies vitrées, le soleil fait danser les ombres à longeur de journée. " Le jaune de la cuisine prend des tonalités changeantes, du pastel au doré, ajoute la Malinoise. On a beaucoup hésité avant de choisir cette teinte. Elle n'est pas évidente et on avait peur qu'elle prenne le dessus. Finalement, on ne le regrette pas : c'est un coloris joyeux. " Une maison si radieuse avait besoin d'un nom à la hauteur. Etoile Ninja, Fidget Spinner et Huis Muiz furent évoqués. " Mais officiellement, on s'en tiendra à Sundial. " Le cadran solaire.

Intérieur et extérieur s'interpénètrent, renforçant l'impression de fluidité des espaces. © Luc Roymans

En deux mots

DMOA est un bureau situé à Louvain, créé en 2009 par Benjamin Denef et Matthias Mattelaer. Il compte aujourd'hui seize architectes. Sundial est une réalisation signée Stefanie Dieleman et Marleen Rosier. L'équipe est connue notamment pour The Maggie Shelter, une tente durable destinée à abriter des réfugiés et qui a été couronnée d'un Belgian Building Award et d'un Henry van de Velde Award.

Même dans la salle de bains, le patchwork des matériaux et couleurs est parfaitement étudié. © Luc Roymans
A l'avant, le jardinet typique des devantures locales est remplacé par un travail paysager signé Johan Stroobants. © Luc Roymans