(Re)Confinement oblige, ces derniers mois, nous avons passé et passons plus de temps que jamais chez nous. Pour certains, cette retraite forcée s'est traduite par l'évacuation de nombreux objets jugés inutiles. Pour d'autres, il aura eu en quelques sorte l'effet inverse. Pour Jennifer Howard, auteur de Clutter : An Untidy History interrogée par The Guardian, "la pandémie nous a obligés à réévaluer ce que nous avons, à mieux utiliser les objets et l'espace... et à voir leur valeur, souvent pour la première fois." Ainsi, être confiné aurait permis à certains de se réapporier leur foyer et ses objets. Et de trouver à travers eux du divertissement en plein confinement, ce qui n'est pas forcément le cas des habitants d'intérieur minimaliste, vidé de ce que l'on pensait jusqu'à récemment superflu.

Sur les réseaux sociaux, cette réappropriation des objets oubliés - notre brol - a été baptisée cluttercore. Sur TikTok, les vidéos apparaissant sous le hashtag #cluttercore se multiplient et multiplient les vues. Idem sur Instagram, pourtant royaume du dépouillement et de la netteté. Beaucoup d'entre elles présentent des lits empilés avec des vêtements et des murs tapissés de photos.

D'autres images ont un aspect plus intime: des vêtements bien serrés les uns contre les autres, des murs remplis de peintures et des cheminées bruissants de souvenirs. Comme le rappelle The Guardian, cette idée de désordre existe aussi dans des lieux plus luxueux, notamment dans le numéro de novembre de la revue Modern House, dans lequel la designer Alison Lloyd évoque avec affection du "désordre organisé", de ses bric-à-brac de bon goût. Au delà du simple lieu, la maison devient une extension de soi, une archive vivante, une exposition de nos souvenirs, de notre mémoire."

Chez les créatifs, ce capharnaüm peut ainsi être présenté comme "faisant partie du processus de création". Une sorte de mood board constitué d'objets, des pièces dessinant notre personnalité. Pour certains aussi, notamment les locataires de maison ou appartements, ces objets sont une bouée d'amarrage. On l'aura compris, l'encombrement mis en valeur par ces intérieurs semble signifier autre chose qu'un désordre excessif causé par une accumulation de choses dispensables. Il devient à la fois esthétique et support d'émotions.

., Instagram
. © Instagram

Largement représenté sur TikTok, il est aussi le pendant du perfectionnisme neutre, marque de fabrique d'Instagram. Ici c'est l'honnêteté qui est de mise, les espaces sont souvent exigus, habités, intimes. Les vêtements s'entassent. Ce bazar est inclusif, contrairement au minimalisme d'Instagram qui laisse le spectateur aux portes de sa perfection. Ainsi, alors que le minimalisme serait une sorte de zen commercial, souvent artificiel, qui imagine une maison libérée de la tyrannie du mode de vie de son propriétaire, le cluttercore viendrait remettre le mode de vie de celui qui l'habite au centre de la maison.

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. © Instagram

Avec la pandémie, la maison est aussi, désormais, un bureau, une crèche, salle de classe ou de réunion. La maison doit être regardée, mais aussi vécue. Une dualité dont beaucoup d'entre nous n'ont pas encore réussi à s'accommoder six mois après le premier confinement, souligne The Guardian. Évidemment, de nouvelles manières de tirer économiquement profit de notre anxiété de désordre ont également émergé, à travers le travail de Marie Kondo qui vient de lancer un cours en ligne pour aider les gens à désencombrer pendant la pandémie. Ou encore la production Netflix intitulée Get Organized With the Home Edit, traduit Chaque chose à sa place qui ambitionne de faire pour l'organisation ce que Mary Kondo a fait pour l'élimination.À chaque épisode, l'espace encombré d'une célébrité ou pas est pris en main et transformé par le duo Clea Shearer et Joanna Teplin, grâce à un arsenal de conteneurs, d'étiquettes et d'endurance.

De là à prétendre que notre propension à l'une ou l'autre des tendances refléterait notre vision du monde, il n'y a qu'un pas. D'un côté la recherce de la maîtrise, du contrôle de son environnement, et de l'autre la jouissance des émotions provoquées par des objets, des souvenirs, et l'exposition de son intériorité. Ou quand la déco revèle votre intérieur.

(Re)Confinement oblige, ces derniers mois, nous avons passé et passons plus de temps que jamais chez nous. Pour certains, cette retraite forcée s'est traduite par l'évacuation de nombreux objets jugés inutiles. Pour d'autres, il aura eu en quelques sorte l'effet inverse. Pour Jennifer Howard, auteur de Clutter : An Untidy History interrogée par The Guardian, "la pandémie nous a obligés à réévaluer ce que nous avons, à mieux utiliser les objets et l'espace... et à voir leur valeur, souvent pour la première fois." Ainsi, être confiné aurait permis à certains de se réapporier leur foyer et ses objets. Et de trouver à travers eux du divertissement en plein confinement, ce qui n'est pas forcément le cas des habitants d'intérieur minimaliste, vidé de ce que l'on pensait jusqu'à récemment superflu.Sur les réseaux sociaux, cette réappropriation des objets oubliés - notre brol - a été baptisée cluttercore. Sur TikTok, les vidéos apparaissant sous le hashtag #cluttercore se multiplient et multiplient les vues. Idem sur Instagram, pourtant royaume du dépouillement et de la netteté. Beaucoup d'entre elles présentent des lits empilés avec des vêtements et des murs tapissés de photos. D'autres images ont un aspect plus intime: des vêtements bien serrés les uns contre les autres, des murs remplis de peintures et des cheminées bruissants de souvenirs. Comme le rappelle The Guardian, cette idée de désordre existe aussi dans des lieux plus luxueux, notamment dans le numéro de novembre de la revue Modern House, dans lequel la designer Alison Lloyd évoque avec affection du "désordre organisé", de ses bric-à-brac de bon goût. Au delà du simple lieu, la maison devient une extension de soi, une archive vivante, une exposition de nos souvenirs, de notre mémoire."Chez les créatifs, ce capharnaüm peut ainsi être présenté comme "faisant partie du processus de création". Une sorte de mood board constitué d'objets, des pièces dessinant notre personnalité. Pour certains aussi, notamment les locataires de maison ou appartements, ces objets sont une bouée d'amarrage. On l'aura compris, l'encombrement mis en valeur par ces intérieurs semble signifier autre chose qu'un désordre excessif causé par une accumulation de choses dispensables. Il devient à la fois esthétique et support d'émotions. Largement représenté sur TikTok, il est aussi le pendant du perfectionnisme neutre, marque de fabrique d'Instagram. Ici c'est l'honnêteté qui est de mise, les espaces sont souvent exigus, habités, intimes. Les vêtements s'entassent. Ce bazar est inclusif, contrairement au minimalisme d'Instagram qui laisse le spectateur aux portes de sa perfection. Ainsi, alors que le minimalisme serait une sorte de zen commercial, souvent artificiel, qui imagine une maison libérée de la tyrannie du mode de vie de son propriétaire, le cluttercore viendrait remettre le mode de vie de celui qui l'habite au centre de la maison. Avec la pandémie, la maison est aussi, désormais, un bureau, une crèche, salle de classe ou de réunion. La maison doit être regardée, mais aussi vécue. Une dualité dont beaucoup d'entre nous n'ont pas encore réussi à s'accommoder six mois après le premier confinement, souligne The Guardian. Évidemment, de nouvelles manières de tirer économiquement profit de notre anxiété de désordre ont également émergé, à travers le travail de Marie Kondo qui vient de lancer un cours en ligne pour aider les gens à désencombrer pendant la pandémie. Ou encore la production Netflix intitulée Get Organized With the Home Edit, traduit Chaque chose à sa place qui ambitionne de faire pour l'organisation ce que Mary Kondo a fait pour l'élimination.À chaque épisode, l'espace encombré d'une célébrité ou pas est pris en main et transformé par le duo Clea Shearer et Joanna Teplin, grâce à un arsenal de conteneurs, d'étiquettes et d'endurance. De là à prétendre que notre propension à l'une ou l'autre des tendances refléterait notre vision du monde, il n'y a qu'un pas. D'un côté la recherce de la maîtrise, du contrôle de son environnement, et de l'autre la jouissance des émotions provoquées par des objets, des souvenirs, et l'exposition de son intériorité. Ou quand la déco revèle votre intérieur.