A Knokke, rares sont les habitations dont le style diffère du cottage caractéristique. En matière d'architecture moderne, les autorités communales sont exigeantes, et il n'en était pas autrement dans les années 60. Certains y voient une malchance, d'autres une belle occasion. Guy Mortreu, ancien entrepreneur dans le secteur de la mode, qui a fait connaître les marques belges Giovane et Julia June grâce à son Mortreu Fashion Design, fait partie des seconds. Il y a deux ans, il a su arracher une villa exceptionnelle des mains de promoteurs immobiliers. "Il était prévu de la démolir et de la remplacer par une nouvelle construction. Vous n'imaginez pas combien de personnes m'ont exprimé leur joie de voir cette villa épargnée", raconte-t-il. Et "épargner" est un euphémisme. Son fils Louis et lui n'ont pas lésiné sur les moyens ni sur les efforts pour réhabiliter la Villa O.K. selon la vision originale de son architecte.
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A Knokke, rares sont les habitations dont le style diffère du cottage caractéristique. En matière d'architecture moderne, les autorités communales sont exigeantes, et il n'en était pas autrement dans les années 60. Certains y voient une malchance, d'autres une belle occasion. Guy Mortreu, ancien entrepreneur dans le secteur de la mode, qui a fait connaître les marques belges Giovane et Julia June grâce à son Mortreu Fashion Design, fait partie des seconds. Il y a deux ans, il a su arracher une villa exceptionnelle des mains de promoteurs immobiliers. "Il était prévu de la démolir et de la remplacer par une nouvelle construction. Vous n'imaginez pas combien de personnes m'ont exprimé leur joie de voir cette villa épargnée", raconte-t-il. Et "épargner" est un euphémisme. Son fils Louis et lui n'ont pas lésiné sur les moyens ni sur les efforts pour réhabiliter la Villa O.K. selon la vision originale de son architecte. Louis établit un parallèle entre la rigueur avec laquelle il a procédé et la passion de son père pour les "oldtimers". "Lorsqu'on restaure une voiture ou une moto, la première étape consiste toujours à démanteler le tout. C'est la seule façon de connaître l'état réel de l'objet. Vient ensuite la recherche de pièces de remplacement existantes. Les éléments introuvables sont reproduits selon les plans d'origine, dans l'esprit de l'époque et dans un souci de concordance des matériaux et techniques utilisés." Père et fils ont fait appel à une équipe de quinze professionnels chevronnés qui, selon ces principes, se sont occupés de la restauration du plafond de chaume, du parquet en teck et des délicates dalles de sol. Les recherches minutieuses de Guy ont permis de dénicher des photos du gros oeuvre initial et des plans originaux que l'architecte De Clerck avait mis en couleur à l'aquarelle. "Nous avons immédiatement remarqué que des éléments avaient été ajoutés au fil des ans, mais aussi que des parties de ses plans n'avaient pas été respectées lors de la construction." Ainsi, l'entresol attenant à la cuisine n'était pas destiné à une cave, mais à une salle de télévision ou à une bibliothèque offrant de la fraîcheur en été. La construction vitrée, quant à elle, a fait l'objet d'un compromis. "L'architecte envisageait une autre affectation qui n'a jamais vu le jour. Mais comme l'orangerie représente une grande plus-value en hiver, nous l'avons maintenue, reconnaît Louis, bien que nous ayons remplacé les lourdes boiseries par une structure fine en fer forgé." Chaque action a été consignée minutieusement dans un carnet de bord qui comporte aussi une liste détaillée de chaque meuble. Tout a été choisi en fonction de l'année de construction de la villa : essentiellement des pièces des années 60 que le tandem a trouvées en chinant ensemble sur des marchés design et bourses vintage aux quatre coins de l'Europe. Un canapé deux places PK31 peu courant et deux PK22 de Poul Kjaerholm, un Butterfly de Pierre Paulin, des suspensions de Louis Poulsen, des sièges d'Arne Jacobson côtoyant ceux de Charles et Ray Eames. Et un LC2 conçu par Le Corbusier avec Perriand et Jeanneret en 1929, produit surtout au milieu des sixties pour un marché plus large. "Même si, à ce genre de bourse, des tas d'objets sont amoncelés, notre regard est toujours attiré par les mêmes pièces. Mes autres enfants ont aussi le sens de l'esthétique. Mais notre manière de repérer ces choses-là est unique", précise Guy Mortreu. Le design belge de cette période a également été mis à l'honneur, comme en témoignent les appliques murales de Jules Wabbes et la moquette de l'étage supérieur. Celle-ci a été spécialement repêchée des archives de BIC Carpets et produite exclusivement pour cette maison. Puisque la villa dégage incontestablement un petit air californien des années 50, Guy et Louis ont opté pour des moellons sur toute la longueur de la terrasse, jusqu'au jardin. Pas de rhododendron ni de noyer, mais des agaves, yuccas et palmiers éventails, plantés à côté des pins méditerranéens. Grâce aux Mortreu, Knokke a peut-être perdu une nouvelle construction typique, mais elle s'est enrichie d'une pièce architecturale originale à proximité du Zwin.