Pour beaucoup d'entre nous, les cours de gymnastique à l'école font partie des souvenirs qu'on préférerait oublier. Poirier, soleil, grimper de corde: des activités ludiques pour certains, cauchemardesques pour d'autres. Pourtant, les anciens gymnases jouissent d'un réel attrait esthétique. Tapis de gym vintage en cuir, cheval d'arçons, espalier... autant d'équipements sportifs devenus objets design.
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Pour beaucoup d'entre nous, les cours de gymnastique à l'école font partie des souvenirs qu'on préférerait oublier. Poirier, soleil, grimper de corde: des activités ludiques pour certains, cauchemardesques pour d'autres. Pourtant, les anciens gymnases jouissent d'un réel attrait esthétique. Tapis de gym vintage en cuir, cheval d'arçons, espalier... autant d'équipements sportifs devenus objets design. Ce n'est pas un hasard si ce loft renferme également un tapis de gym vintage, puisque le bâtiment fut un gymnase dans les années 40. Un entrepreneur néerlandais a eu la chance de dénicher cette pépite en plein coeur de Rotterdam, lorsqu'un promoteur immobilier a vu son projet d'appartements tomber à l'eau suite aux plaintes des voisins. Une question s'est rapidement posée: comment faire rimer ce loft avec la tendance actuelle du "vivre compact"? Et comment créer de l'intimité et du confort dans un si vaste espace? Les architectes du bureau MASA ont relevé le défi. L'avantage est qu'ils avaient déjà travaillé pour ce client auparavant et qu'ils connaissaient déjà ses goûts et son style. Par ailleurs, inutile de chercher d'anciens espaliers ici, le gymnase a connu bien d'autres fonctions au fil des ans. "Le bâtiment a accueilli des bureaux, une station de radio et une crèche. Impossible de retrouver des traces de sa fonction initiale", explique l'architecte Hiroki Matsuura. Heureusement, un élément était encore intact lorsqu'ils ont dépouillé l'intérieur: la structure porteuse en béton et en briques, typique des bâtiments industriels de cette époque. "Nous avons mis au jour la beauté de ces matériaux. C'était encore plus beau que ce que nous espérions, ajoute notre interlocuteur. Les chevrons d'origine donnaient à l'espace une si belle dynamique que nous ne voulions pas la briser en construisant des murs jusqu'à la hauteur du plafond. Nous avons effectivement divisé l'espace, mais sans interrompre ce rythme, car les cloisons sont en partie en verre. La cuisine en est un bel exemple." La taille du bâtiment a rapidement poussé les architectes de MASA à installer une verrière en son centre. Grâce à cette ouverture, la lumière du soleil baigne l'entièreté de l'habitation. "Vous avez alors l'impression d'habiter dehors", explique Hiroki Matsuura. Les baies vitrées donnant sur l'extérieur ont aussi été agrandies, rendant la frontière entre intérieur et extérieur encore plus floue. "D'un point de vue technique, ce changement est relativement simple, mais il a eu un effet considérable sur l'espace et l'atmosphère. On se croirait dans une villa au Vietnam ou en Indonésie." Les haies de bambou à l'extérieur n'y sont pas pour rien dans cette sensation d'évasion. "Nous cherchions une plante qui pousse vite, sans prendre trop de place", explique Hiroki Matsuura, qui a conçu l'aménagement extérieur avec son autre bureau, MADMA. "Les tiges de bambou de cinq mètres de haut bloquent la vue, car l'ancien gymnase se trouve au milieu d'une cour entourée d'autres immeubles d'appartements." L'inspiration asiatique transparaît également à l'intérieur du loft en lui-même. On en veut pour preuve les gigantesques plantes tropicales, les fauteuils traditionnels chinois ou les tables indonésiennes. Dans la cuisine, les armoires ont été recouvertes d'aluminium, traité comme du papier de riz japonais. L'espace avec la mezzanine a été conçu comme un grand meuble, entièrement recouvert de bambou. "Pour des raisons écologiques, mais surtout car ce matériau est tellement chaleureux, ajoute l'architecte néerlandais. Toute cette section en bambou sépare l'espace de vie de l'espace de nuit." Pour cette rénovation, Hiroki Matsuura et son cabinet MASA Architects ont suivi un principe particulier: chaque matériau ne devait apparaître qu'une seule fois. "La robuste fenêtre intérieure qui donne sur la piscine est en acier laqué noir. Et rien d'autre. La pierre naturelle noire utilisée pour la cuisine n'apparaît nulle part ailleurs. Tout comme le verre coloré de la table à manger. Utiliser un matériau une seule fois permet de mettre sa puissance en avant." Une rénovation de cette ampleur fait immédiatement penser à La Fabrica de l'architecte espagnol Ricardo Bofill. En 1975, celui-ci a acquis une cimenterie désaffectée près de Barcelone et l'a transformée en une habitation et en bureaux hors du commun. Cette cimenterie est devenue une oeuvre d'art brutaliste qui fascine les passionnés d'architecture depuis des décennies. Les hautes fenêtres, la division de l'espace, la taille inhumaine, les rideaux vertigineux: les ressemblances avec le projet de Rotterdam sont légion. "Nous ne nous en sommes pas inspirés volontairement, explique Hiroki Matsuura. Mais en effet, un lien conceptuel peut être établi. La maison de Ricardo Bofill n'a pas l'air d'avoir été conçue. Il est impossible de déterminer où l'usine d'origine s'arrête et où son intervention commence. Et la frontière entre l'intérieur et l'extérieur est complètement floue. C'est aussi le cas dans notre projet."