"Si ça n'avait tenu qu'à moi, nous n'aurions jamais quitté l'atelier de la rue du Bourgmestre, à Ixelles, même si l'endroit était trop froid en hiver, trop chaud en été, et que la pluie passait à travers les plafonds", explique Armand Jonckers. Fort heureusement, il dégote ensuite un nouvel espace de création aux Ateliers Zaventem, Q.G. industriel et arty de l'architecte d'intérieur Lionel Jadot, dont il est plus que ravi. "Le ruisseau sous nos fenêtres est le Maelbeek, qui prend sa source à La Cambre. En fait, on a simplement suivi son cours", résume-t-il, causant un étrange écho avec son propre parcours, plutôt riche en méandres inattendus.
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"Si ça n'avait tenu qu'à moi, nous n'aurions jamais quitté l'atelier de la rue du Bourgmestre, à Ixelles, même si l'endroit était trop froid en hiver, trop chaud en été, et que la pluie passait à travers les plafonds", explique Armand Jonckers. Fort heureusement, il dégote ensuite un nouvel espace de création aux Ateliers Zaventem, Q.G. industriel et arty de l'architecte d'intérieur Lionel Jadot, dont il est plus que ravi. "Le ruisseau sous nos fenêtres est le Maelbeek, qui prend sa source à La Cambre. En fait, on a simplement suivi son cours", résume-t-il, causant un étrange écho avec son propre parcours, plutôt riche en méandres inattendus. Formé en sculpture et gravure aux beaux-arts de Lausanne, le jeune Armand débute un peu dans son coin dans un petit village du Beaujolais; il y travaille le fer "tricoté" et réalise quelques statues figuratives alors que la mode est plutôt à l'abstrait, sans trop savoir où tout cela le mènera. Côté affaires, c'est le calme plat. Dès lors, quand on lui propose de présenter son boulot à Bruxelles - qu'il connaît mal, bien qu'il soit à moitié belge -, il accepte. Et c'est le carton, avec une trentaine d'oeuvres écoulées en trois semaines dans l'un des premiers magasins des Galeries Louise. "Mais au bout d'un moment, ça m'occupait tellement que je n'avais plus de temps à consacrer à ma créativité, se souvient-il. Pour m'échapper du magasin, j'ai donc commencé la décoration." S'ensuit une période foisonnante où il assure l'aménagement de boîtes de nuit et même d'une improbable boutique de mode, utilisant avec inventivité des matériaux de récup', pare-brise de vieilles Américaines ou moules à tablettes de chocolat. Amoureux des objets, visiteur assidu des brocantes et ferrailles, il mêle métaux, minéraux et résines à ses trouvailles, pour aboutir à un résultat unique, au gré de ses humeurs et inspirations. "Et comme ça marchait pour moi, les gens venaient me chercher", rappelle simplement Armand Jonckers, qui enchaîne donc les projets sans se poser de questions et entame, l'air de rien, une belle ascension. D'une rencontre à une autre, il récolte des monceaux d'anecdotes savoureuses - d'une commande monumentale de la Banque Nationale du Zaïre ("huit mètres de hauteur et huit tonnes de cuivre, quand même!") au nombre considérable de palais aménagés en Arabie saoudite et au Koweit, en passant par une histoire rocambolesque qui implique le président Giscard, un prince du Golfe et un hôtel particulier de l'avenue Foch. Au sommet de son activité, il emploie jusqu'à une douzaine de personnes et, pris par la frénésie des commandes qui se succèdent, il oublie même d'en signer certaines. "A l'époque, on ne se rendait pas compte. Quand je vendais une table 1.000 euros, c'était déjà beaucoup d'argent." Aujourd'hui, certaines d'entre elles ont dépassé les 50.000 euros - "ça m'étonne toujours un peu, évidemment", commente-t-il avec modestie. A tout juste 80 ans, Armand Jonckers ressasse le passé sans déplaisir et sourit à la vue de vieilles photos, le montrant en train de graver à l'acide nitrique au fond du jardin, sans masque et cigare à la main. "Je ne renoncerais pas à revivre la même chose, malgré quelques erreurs", glisse-t-il avec malice. Et on le comprend: depuis une dizaine d'années, ses créations plus anciennes s'arrachent dans les salles de vente, alors que sa production actuelle continue à séduire. Pour relancer la machine au tournant du millénaire, l'artiste collabore avec Alexandra et Grégoire, deux de ses enfants au C.V. bien fourni ("Il a eu cinq enfants de cinq femmes différentes: il aime les pièces uniques", plaisante Grégoire). De ces projets ponctuels germe bientôt l'idée d'une plus grande implication dans la société, dont la gestion "à six mains" se matérialise en 2013 quand elle est rebaptisée "Maison Jonckers". Une entreprise familiale désormais dirigée par un triumvirat bien balancé, dont le slogan rend un hommage largement mérité à son fondateur: "Un nom, trois créateurs."