Pour l'architecte d'intérieur Sumeyye Ata (32 ans) et son compagnon Kenan (35 ans), le premier confinement a été l'occasion d'enfin réaliser la salle de bains de leurs rêves.
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Il y a cinq ans, lorsque Sumeyye et Kenan sont tombés sur cette maison de maître, à Borgerhout, ils en ont tout de suite perçu le potentiel. L'ancien propriétaire était vétérinaire et l'utilisait comme habitation et cabinet. Le tandem a décidé d'en faire quatre appartements et deux studios, afin de pouvoir louer l'espace dont il n'avait pas besoin. "Nous avons commencé à rénover l'immeuble, étape par étape, raconte Sumeyye. Tout refaire d'un coup n'était pas possible." D'une part le couple ne disposait alors que de peu de moyens, mais un autre projet, plutôt imprévu, se dessinait alors: ils attendaient des jumeaux! "Nous assurions la majeure partie du chantier ; c'était compliqué mentalement et physiquement", se souviennent-ils. Il aura fallu attendre le premier confinement de 2020 pour finalement aller plus loin et se lancer dans des travaux plus conséquents, à commencer par ce rêve qui les titillait depuis un temps déjà d'aménager leur salle de bains. "Auparavant, cet espace était la chambre noire du cabinet vétérinaire. Le mur arrondi n'était pas prévu au départ, mais l'ouvrier qui est venu poser les tuyaux les a tous fait passer dans le même coin. Nous avons alors décidé qu'une courbe serait plus jolie qu'une contre-cloison", poursuit la propriétaire. Pris au jeu de la rénovation, les deux trentenaires se sont amusés à concevoir le carrelage mural - "Les modèles que j'aimais bien coûtaient beaucoup trop cher. J'ai des goûts de luxe, malheureusement", s'amuse Sumeyye. Les apprentis artisans ont acheté douze moules et passé leur temps à les remplir durant quatre mois pour produire les 8 m2 nécessaires. Ils ont également coulé le sol après s'être entraînés dans la pièce d'eau d'un des studios. "Je voulais créer une ambiance wabi sabi, la beauté dans sa forme la plus simple, résume la maîtresse des lieux. Kenan et moi partageons des racines turques. Les Turcs ne sont généralement pas aussi minimalistes, ils sont plutôt kitsch, mais en termes de respect des habitations, le mode de vie est très semblable à la culture japonaise. La salle de bains est encore plus belle que je ne l'espérais. Si la rénovation est le test ultime dans une relation, alors je pense que nous formons une équipe gagnante, mon homme et moi", conclut-elle avec entrain. Juste avant l'annonce du premier confinement, Sara visite cet appartement, désirant trouver un lieu de vie plus lumineux et spacieux. En quelques secondes, elle comprend qu'elle a trouvé ce qu'elle cherchait. Mais le moment n'est pas des mieux choisis. "Cette période a été éprouvante pour mes nerfs, avoue-t-elle aujourd'hui. Je ne pouvais presque rien prévoir et beaucoup d'ouvriers étaient indisponibles." Résultat: la jeune femme décide finalement de retrousser ses manches et se lance, elle-même, dans le projet de réaménagement, avec l'aide de sa soeur jumelle, Sofie, et de son beau-frère, Yannick, qui viennent de terminer également une rénovation. "Puisque Sofie est architecte d'intérieur et qu'avec son mari, ils ont ouvert un magasin spécialisé dans les plantes, je leur ai laissé carte blanche pour certains choix, explique Sara. Ils ont donc sélectionné la cuisine seuls, car nous ne pouvions pas aller au magasin tous les trois. Grâce à WhatsApp, j'ai pu être à leurs côtés virtuellement." Dans son ancien appartement, la trentenaire travaillait dans la salle à manger. Elle se sentait enfermée et ne parvenait pas à cloisonner ses vies privée et professionnelle. C'est pourquoi il était primordial pour elle, dans son nouveau logis, de prévoir un espace à part. "Je ne m'attendais toutefois pas à ce qu'il soit aussi vaste, concède-t-elle. Quand nous nous y sommes attaqués, j'ai opté pour une ambiance japonaise, car j'adore ce pays, que j'ai souvent visité. Nous avons choisi des armoires en rotin et une étagère que j'ai garnie de souvenirs amusants, de livres et de posters sur le Japon. Ma soeur a sélectionné les plantes parfaites pour créer une ambiance tropicale. Je voulais me sentir un peu en vacances dans ce bureau, même s'il me sert à travailler." Finalement, elle avoue que ce chantier l'a aidée à traverser cette année en vase clos. Même si la Covid-19 a engendré beaucoup d'incertitudes, la construction de son propre avenir lui a fourni la distraction dont elle avait besoin. Et même si ses collègues lui manquent beaucoup, elle se sent beaucoup mieux dans son nouveau bureau. Avec deux filles d'un an et demi seulement, Stephan et Lana ne s'attendaient pas à devoir aménager immédiatement une vraie salle de jeux... Mais comme de très nombreux parents, le couple s'est vite rendu compte qu'avec le confinement, enfermée 24 heures sur 24, une famille pouvait vite transformer un intérieur en véritable capharnaüm. "Personnellement, un peu de chaos ne me dérange pas, mais ce n'est pas le cas de mon compagnon...", explique Lana. "C'était horrible!, rétorque Stephan, en soulignant son exclamation d'un clin d'oeil. Le soir, je ne pouvais pas me détendre dans le canapé alors que des montagnes de jouets s'amoncelaient à mes pieds. Nous passions presque toutes nos soirées à ranger, et nous avons donc décidé de créer un espace qui serait réservé aux filles. Ainsi, nous pourrions juste fermer la porte et leurs bazar serait canalisé dans un seul endroit." Sur les plans de construction originaux, cette pièce était désignée comme "salle de jeux", mais comme à l'époque de l'installation, le couple n'avait pas d'enfant, Stephan y avait installé un bureau... qui n'a finalement servi qu'une dizaine de fois! "J'y avais mis mes guitares et mon ordinateur de gaming, décrit-il. Mais avec l'arrivée de Lily et Elle, je n'avais plus trop de temps à leur consacrer et ils prenaient juste la poussière. Toutefois, m'en séparer n'a pas été simple." Pour décorer l'aire de jeux, Lana a passé des heures sur Pinterest à chercher l'inspiration. Quand il a fallu aller choisir la peinture, puisque les courses devaient alors se faire seul, elle a rapporté à la maison une bonne douzaine d'échantillons à tester... Ensuite, les deux bricoleurs s'y sont mis. "C'était chouette d'avoir quelque chose à faire de nos mains. Ces derniers mois, nous nous sommes beaucoup promenés dans le quartier, et au bout d'un moment, nous connaissions toutes les rues par coeur. Ce projet était plus que bienvenu", avoue le papa des jumelles.... qui, lorsqu'elles ont vu leur salle de jeux pour la première fois, ne savaient plus où donner de la tête... Avec leur fille Rose, ils étaient impatients de quitter leur appartement bruxellois pour une jolie maison du Brabant wallon. Initialement, la petite famille allait devoir quitter la capitale avant de pouvoir investir sa nouvelle demeure, mais ce n'était pas un trop gros problème: en attendant la fin des travaux, ils allaient squatter quelques semaines chez les parents de Tom, certainement ravis de pouvoir chouchouter leur petite-fille. Serré mais jouable, le timing fut évidemment flanqué par terre par l'arrivée de la pandémie. "Quand il a fallu réorganiser le déménagement, dans la panique du premier confinement, on a pas mal stressé, se souvient Tom. Il faut dire qu'on était encore en plein chantier, il a fallu se débrouiller. On a donc emménagé dans deux pièces pendant que tout le rez-de-chaussée était en travaux. On n'avait que la salle de bains et deux chambres à l'étage: une "salon", l'autre avec nos matelas jetés par terre." Finalement, cet épisode de camping forcé leur fait gagner pas mal de temps, et leur laisse l'occasion d'aller plus loin dans l'aménagement. On en vient à ce fameux mur d'escalade: un équipement sportif hors du commun, dont Rose parlait déjà depuis un moment. "Elle est dingue d'escalade, impossible de la décoller d'un mur si elle en voit un, on s'en est aperçus lors de nos derniers passages au Festival des Solidarités ou à Louvain-la-Plage. En plus, Muriel lui avait déjà montré des images sur Pinterest, des exemples de murs sur mesure installés chez des particuliers; elle était trop fan", raconte le paternel. Quand il tombe un jour sur un kit de prises d'escalade dans un magasin de sport, il n'hésite pas longtemps, et ce d'autant qu'il sait bien que son prochain événement festif en plein air n'est pas pour demain. "Ça m'a pris toute une journée à installer, notamment parce qu'il a fallu vitrifier et poncer des plaques de MDF, plusieurs fois. Ensuite, j'ai disposé toutes les prises au sol, et j'ai essayé de m'imaginer un parcours qui soit adapté à sa taille. Et depuis, elle s'éclate. Un peu trop, d'ailleurs, elle grimpe de plus en plus facilement, donc je dois penser à des variantes, des petits jeux pour compliquer l'exercice. Je vais devoir bientôt ajouter des panneaux. Ou faire une partie en surplomb au plafond, ce serait pas mal."