Cette maison, bien avant qu'elle ne sorte de terre, Gilles et Marie l'avaient déjà rêvée très précisément dans leur tête. Ils la voyaient contemporaine - "Un geste fort", disent-ils en choeur -, bien agencée pour y vivre avec leurs trois garçons mais également pourvue d'une "fibre écologique", une évidence de nos jours. Le couple vivait alors en pleine ville, à Schaerbeek, et envisageait de quitter la capitale pour trouver plus d'espaces verts et de calme. "En entamant nos recherches, nous sommes tombés sur une habitation cubique à vendre, à Braine-le-Château, dans l'ouest du Brabant wallon, raconte le maître des lieux. Elle était hors budget mais elle nous plaisait vraiment. Nous avons donc décidé d'acheter plutôt un terrain où nous pourrions, nous aussi, bâtir notre cube moderne." Passionné d'architecture depuis sa jeunesse et fan du Pavillon de Mies van der Rohe à Barcelone, l'ingénieur de profession et son épouse médecin poursuivent alors leur exploration de ce coin de la province et tombent sur une parcelle une fois encore très chère, mais que l'agence peine à vendre car l'arrière est orienté au nord - pas idéal pour un jardin - et une partie de la superficie est perdue à cause d'une "colline" inexploitable. Ils font une offre revue à la baisse; elle est acceptée; l'aventure commence.

En été, grâce aux terrasses à l'avant et à l'arrière, la salle-à-manger s'ouvre complètement sur la nature environnante. © Utku Pekli

Tel un trait dans le paysage, la demeure s'étire sobrement, très vitrée et entourée de coursives.

Dans un premier temps, une prescription urbanistique de taille vient néanmoins freiner les envies de formes rectilignes des maîtres d'ouvrage: l'imposition d'un toit à double pan. Chargé du projet, le studio Open architectes trouve la parade et imagine un volume parallélépipédique allongé, placé au fond du site et couvert d'une toiture effilée conforme aux normes en vigueur. Pour préserver les 4,5 mètres sous corniche encore imposés par le règlement de lotissement et éviter les zones mansardées, les concepteurs prennent par ailleurs le parti de semi-enterrer le niveau inférieur et d'y placer les trois chambres enfants, celle d'amis, le bureau et le carport. "Ces pièces profitent néanmoins de belles fenêtres afin que les occupants n'aient pas l'impression d'être au sous-sol. Le séjour, lui, est à l'étage, ce qui n'est pas classique mais qui s'est avéré finalement judicieux, observe Bertrand Noël, l'un des associés de cette agence. Lorsqu'on est sur la terrasse avant, pour bénéficier du soleil de midi ou du début de soirée, on est assis plus haut que la rue. On n'est donc pas dérangé et la vue passe par-dessus les villas voisines, vers la nature environnante."

Dans le salon, on reconnaît les fauteuils Barcelona, première acquisition du couple, ainsi qu'une étagère Olof Pira et un contemporain sofa Sur&Plus. © Utku Pekli

Épure graphique

Tel un trait dans le paysage, la demeure s'étire ainsi sobrement, très vitrée et entourée de coursives protégées par le toit débordant. "C'était un élément important pour moi, explique Gilles. En Belgique, il pleut souvent mais il ne fait pas forcément froid. Cela nous permet donc d'ouvrir les baies, de se sentir dehors, tout en étant à l'abri. Et l'été, cette casquette réduit également la surchauffe." Côté teintes, les façades en crépi et panneaux de fibrociment se déclinent du blanc au gris anthracite, ce qui donne un côté très graphique à l'ensemble, renforcé par le petit volume du garage, placé perpendiculairement à l'aile principale et marquant l'accès au logis.

À cette mise en espace particulièrement nette, répond un aménagement d'intérieur qui l'est tout autant.

A cette mise en espaces particulièrement nette, répond un aménagement d'intérieur qui l'est tout autant... Et qui une fois encore fût imaginé par les habitants bien avant qu'ils y prennent leurs quartiers. "Sur les plans, je voulais déjà savoir où tout allait se mettre. Je désirais une place pour chaque chose à l'avance, jusqu'aux casiers à chaussures, s'amuse Gilles. Rien n'est laissé au hasard, on a fait énormément de recherches. Le meuble intégré en plaqué chêne clair dans le hall d'entrée? C'est mille photos analysées sur Pinterest pour trouver le design idéal..." C'est aussi en parcourant sites et magazines de déco que les époux ont opté pour le lattage en MDF plaqué qui caractérise le plafond de leur séjour, une finition aux vertus acoustiques donnant à l'endroit un petit air de chalet scandinave. Pour la mise en couleur des parois, ils ont été séduits par le rendu patiné de l'argile murale, un matériau aux qualités phoniques, hygrométriques et thermiques. "On ne regrette vraiment pas ce choix. On craignait que cela crée une ambiance provençale mais en réalité, la palette de tons pastel disponibles est très large et permet une multitude de possibilités contemporaines", commente la propriétaire.

© Utku Pekli

Trésors de chine

Passionné de vintage, le couple a glané durant de nombreuses années du mobilier en prévision de cette maison qu'il n'avait pas encore. "A un moment donné, notre ancienne habitation ressemblait à un garde-meuble, avec partout des sofas et des étagères sous voiles, que nous conservions précieusement pour la suite", se souvient Marie, pointant la frappante banquette jaune installée dans le vestibule et achetée au Brussels Design Market. "Mon beau-frère était fan de mobilier scandinave et participait à des enchères en ligne, poursuit son mari. J'ai commencé à m'y intéresser et à regarder comment cela fonctionnait. Je me suis rendu compte qu'on pouvait faire de belles affaires sur le Web. Ce qui coûte cher, c'est surtout le transport. Mais si on a le temps d'attendre quelques mois pour un tir groupé, c'est avantageux... Nos premières acquisitions ont été les fauteuils Barcelona. Ils se trouvaient déjà dans notre logement bruxellois. Après, on a tout chiné progressivement." C'est ainsi qu'on reconnaît dans la composition, en vrac, des chaises Eames orange et beiges autour de la table de salle-à-manger, de hauts baffles rétros et une étagère Olof Pira venant du site secondemain.be et datant des années 50 dans le salon, ou encore une lampe Here comes the Sun des seventies, dans la chambre parentale, située, elle, à l'étage.

Dans ce grand volume sous toiture, le plafond est particulièrement travaillé, avec un lattage d'inspiration scandinave et des luminaires choisis avec soin, comme ces anneaux au-dessus de l'escalier. © Utku Pekli

A ces collectors du XXe siècle répondent des éléments plus récents comme le canapé double face modulaire Sur&Plus, une marque limbourgeoise, la cuisine sur mesure, déclinée dans les noirs et cachée derrière une cloison de 1,70 mètre de hauteur... Ou quelques oeuvres disséminées çà et là, telles les peintures de l'artiste liégeois Dany Visentin - un coup de coeur de la maîtresse des lieux - ou la photo langoureuse placée dans la salle d'entraînement de cette famille très sportive - "Nous l'avions acquise pour l'accrocher dans le séjour mais Gilles la trouvait trop sensuelle. Finalement, elle est très bien ici", constate Marie. Sans oublier l'escalier sculptural blanc qui articule l'ensemble et est surplombé de deux anneaux lumineux. "Je ne voulais pas à la base d'un colimaçon, avoue notre hôte. Mais nous avons mené une réflexion progressive avec le ferronnier. Et avec la teinte blanche, le fût central et cette effet de pelure perforée qui se déploie en montant, il est presque transparent, en fait." Un ouvrage à l'image de l'entièreté de ce projet léché et parfaitement mis en scène, qui, dès que les trois enfants débarquent, dévoile d'un coup son côté convivial et chaleureux. Un rêve devenu réalité.

En quelques mots

En 2006, Open Architectes voit le jour sous l'impulsion de Ruddy Picard et Bertrand Noël, deux confrères qui se sont rencontrés lors de la réalisation d'un concours d'idées par équipe. Un peu plus tard, un troisième associé, Jérôme Peteno, rejoint le navire, amarré au pied du Plan incliné de Ronquières, à la frontière du Hainaut et du Brabant wallon. Désormais, le bureau compte une dizaine de collaborateurs et travaille dans toute la Wallonie et à Bruxelles essentiellement. Il réalise des habitations privées mais explore également d'autres types de projets et d'échelles: logements groupés, écoles, surfaces commerciales, etc. Avec toujours une philosophie: "trouver un langage spécifique à chaque situation et à chaque budget, tout projet étant un défi unique et personnalisé."

Tout en longueur, l'espace bénéficie de coursives qui permettent d'ouvrir les baies, quelque soit le temps. © Utku Pekli
L'escalier en colimaçon est entouré d'une "pelure" en tôle perforée blanche qui le rend à la fois sculptural et transparent. © Utku Pekli
Dans le hall, une oeuvre de Dany Visentin et une banquette chinée au Brussels Design Market. © Utku Pekli
Au-dessus du lit, une lampe Here Comes the Sun datant des seventies. © Utku Pekli
La cuisine, tout en noir, a été pensée dans un esprit bar. Les rangements ont été très précisément dessinés pour que rien ne dépasse lorsqu'elle n'est pas utilisée. © Utku Pekli
La cuisine est isolée du reste du séjour par une paroi noire d'1,70 mètre de hauteur, afin d'en assurer l'intimité. © Utku Pekli
La salle de sport, supervisée par une sensuelle photo d'art. © Utku Pekli
Un détail déco glané au Salon Cocoon. © Utku Pekli
Le bureau, au niveau semi-enterré mais bénéficiant tout de même d'une belle fenêtre. © Utku Pekli
La salle d'eau offre un design très épuré, avec une baignoire donnant l'impression de prendre son bain en pleine nature. © Utku Pekli
La salle d'eau offre un design très épuré. © Utku Pekli