Un costume rayé, un pull marin ou encore une robe-chemise à rayures: dans le monde de la mode, les lignes redébarquent régulièrement sur les catwalks. Intemporelles, stylées, élégantes et efficaces, elles arrivent désormais aussi dans nos maisons... laissant libre cours à de jolis effets d'optique. Tout comme une jupe rayée affine la silhouette, un papier peint rythmé par des bandes colorées verticales donne une impression de hauteur à la pièce. A l'inverse, les rayures horizontales élargissent l'espace. Une astuce intéressante à appliquer au sol ou au plafond dans un petit volume. Par ailleurs, ce graphisme apporte ordre et structure à l'aménagement, tout en orientant le regard dans une certaine direction. En prime, ces compositions zébrées font généralement sensation, en plus d'être hyper instagrammables.
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Un costume rayé, un pull marin ou encore une robe-chemise à rayures: dans le monde de la mode, les lignes redébarquent régulièrement sur les catwalks. Intemporelles, stylées, élégantes et efficaces, elles arrivent désormais aussi dans nos maisons... laissant libre cours à de jolis effets d'optique. Tout comme une jupe rayée affine la silhouette, un papier peint rythmé par des bandes colorées verticales donne une impression de hauteur à la pièce. A l'inverse, les rayures horizontales élargissent l'espace. Une astuce intéressante à appliquer au sol ou au plafond dans un petit volume. Par ailleurs, ce graphisme apporte ordre et structure à l'aménagement, tout en orientant le regard dans une certaine direction. En prime, ces compositions zébrées font généralement sensation, en plus d'être hyper instagrammables. Pour l'observatrice des tendances Hilde Francq, qui a inclus les rayures dans son rapport pour l'hiver prochain, ces dernières "évoquent la nostalgie. Néanmoins, elles sont aussi joyeuses et positives. Et c'est tout particulièrement important pour les jeunes de la génération Z. Ces derniers désirent du positivisme dans leur vie, car ils se rendent compte qu'ils vivent dans une période où les défis sociaux sont importants. Parallèlement, c'est une génération nostalgique qui s'inspire de tous les styles historiques". L'experte considère cette vague très géométrique comme une ramification du cottagecore, une mouvance qui se délecte du romantisme de la vie à la campagne, et estime qu'elle va de pair avec des éléments inspirés de l'art et l'artisanat anglais de la fin du XIXe siècle. "En ce moment, nous voyons de nombreux intérieurs éclectiques à tendance champêtre qui mélangent rayures et motifs floraux avec des meubles anciens, décrit-elle. Ces lignes apportent aux maisons de campagne un cachet frais et jeune." Outre cette déclinaison rurale, façon Laura Ashley, Hilde Francq voit également apparaître la variante graphique des années 80: "De tels motifs brisent le sérieux de l'architecture moderne. En partie aussi car ils sont souvent utilisés dans des couleurs vives qui contrastent." Et de citer en exemple le travail du designer belge Dries Otten. Dans son portfolio, on retrouve, entre autres, du papier peint rayé bleu et blanc dans le café de la librairie anversoise Luddites, une cuisine zébrée ainsi que des tables alternant les lignes pastel. Pour lui, ce gimmick apporte dynamisme, fraîcheur et optimisme: "Les rayures me rendent heureux tout en me donnant un sentiment immédiat de vacances. Peut-être à cause des tissus typiques des auvents, des chaises de plage et des parasols." Lorsqu'il a dû créer une palette de couleurs pour une maison moderniste à Zurich, le concepteur a suggéré un plafond garni de traits jaunes dans le hall. "Je me suis inspiré de la Villa Planchart à Caracas, au Venezuela, réalisée par Gio Ponti en 1957, explique-t-il. Bien sûr, j'ai aussi regardé du côté de Daniel Buren qui, en tant qu'artiste, a peint de nombreux espaces architecturaux de rayures." Parmi ses oeuvres les plus connues: la cour d'honneur du Palais-Royal à Paris mais aussi, chez nous, la chambre d'un couple d'artistes gantois qu'il a hachurée pour son expo Chambres d'amis, en 1986. Coïncidence ou non: jusqu'au 22 mai, la galerie Xavier Hufkens, à Bruxelles, expose également ce concepteur. Si le travail de Daniel Buren est si célèbre, c'est grâce à la puissance des lignes graphiques. Elles se détachent du mur et sont impossibles à ignorer. Un avantage comme un inconvénient, selon le décorateur et adepte du genre Gert Voorjans. "Elles sont un peu comme la coriandre de la décoration: on adore ou on déteste. Certains clients en demandent, d'autres n'en veulent surtout pas. J'aime comparer leur effet avec le sol en damier des tableaux de Vermeer, au XVIIe siècle. Il attire votre attention et garde votre regard alerte." Son collègue bruxellois Gerald Watelet dispose également de ce motif dans sa boîte à outils. "Avant, je travaillais comme styliste et mon amour pour les rayures remonte à ce temps-là. Elles sont universelles et apparaissent dans toutes les cultures et à toutes les époques. Il suffit de penser aux lignes orientales multicolores des tissus bayadères ou aux strictes zébrures néoclassiques noir et blanc. Ou encore aux meubles de jardin ou aux auvents lignés. Ils donnent instantanément un petit goût de Miami." C'est aussi cette allusion aux vacances qui a inspiré le décorateur Jean-Philippe Demeyer lorsqu'on lui a demandé de décorer une piscine. "L'espace était constitué de plusieurs volumes accolés et semblait plutôt encombré. Les rayures que j'ai imaginées attirent tellement l'attention que l'architecture est unifiée. Les murs sont turquoise, comme l'eau, mais s'ils avaient été unis, cela aurait été trop plat. Les lignes apportent de la profondeur. Ça a été un travail énorme pour le peintre. Et puis, il y a aussi de l'humour caché: le design est un clin d'oeil aux habitants qui gèrent une chaîne de supermarchés... et nagent donc dans les codes-barres. Pour moi, ce motif dégage quelque chose de militaire. Le sport, la virilité et la puissance. Ce n'est pas un hasard si Napoléon aimait l'utiliser, tout comme les Romains. Il suffit de penser à leurs tentes et drapeaux. Il y a là quelque chose d'héraldique", estime Jean-Philippe Demeyer. Si les décorateurs aiment ces hachures, les architectes, eux, restent souvent plus frileux. C'est ce qu'avance le studio de design londonien 2LG, dans son dernier livre Making Living Lovely. "Ils ont souvent peur des motifs. Pour eux, c'est une couche inutile qui détourne l'attention du bâtiment. Nous, en tant qu'architectes d'intérieur, nous considérons que cela crée un lien entre la fonction et la décoration. Cela donne à un intérieur de la profondeur, de l'intérêt et du plaisir, argumente le duo, qui utilise lui-même régulièrement des rayures. Peintes à la main, elles apportent un effet maximal pour un effort minimal. Tout ce dont vous avez besoin, c'est de ruban adhésif et d'un peu de patience. Rien ne donne plus de satisfaction que de retirer le papier collant et de voir le résultat." Le designer d'intérieur néerlandais Patrick Kooiman, plus connu sous le nom de The Interiorator, en a fait lui-même l'expérience. En décembre, il a orné les murs et le plafond de son salon de larges bandes rose tendre et vert vif. "Ma première idée était un motif razzle dazzle, mais c'était un peu trop intense, même pour moi. Dès lors, J'ai pris cette option plus calme. C'est un travail précis pour lequel il faut consacrer du temps. Mais de cette manière, vous créez un intérieur spectaculaire à moindres coûts. Car ce n'est pas parce qu'on vit dans un petit espace que l'on est condamné à une déco neutre. Par exemple, mon appartement fait 65 m2 et déborde de couleurs. Par contre, il est important de "casser" de si grandes rayures avec un beau tableau, par exemple. Sinon, elles dominent trop." Dernier argument en faveur de ces dessins hautement instagrammables, si le reste ne suffisait pas: les rayures sont particulièrement polyvalentes et s'adaptent tant à une demeure rurale qu'à un loft, à un aménagement scandinave ou full color... Elles peuvent par ailleurs s'appliquer par petites touches - coussins, tentures... - ou sur un mur entier. Enfin, elles sont faciles à combiner avec d'autres imprimés. Impossible donc d'y résister. La preuve, on en retrouve même - dans une alternance de jaune, vert, rouge et bleu - dans le flamboyant salon de la légendaire rédactrice en chef de Vogue, Diana Vreeland. Et Michelle Obama avait fait tapisser la salle à manger privée de la Maison-Blanche d'un zébrage bleu-gris, associé à des meubles anciens en acajou et des tableaux modernes abstraits. La génération Z appréciera.