"Je nous vois encore dans l'espace glacial du gros oeuvre. Jean-Philippe et moi étions immédiatement sur la même longueur d'onde. C'était un moment de pure folie, se remémore en souriant cette export manager de 28 ans. Malgré mon jeune âge, je savais que Jean- Philippe était la bonne personne pour élever ce projet vers un niveau supérieur." La propriétaire a beau être fière de cet accomplissement, elle n'en fait pas moins preuve de discrétion. "Cet intérieur est de la haute couture, répétait sans cesse le décorateur. Et pour cause: en partant de zéro, nous l'avons construit graduellement, en sondant nos âmes respectives, ce qui a donné lieu à un univers imaginaire taillé sur mesure. Le résultat est le parfait reflet de notre personnalité."
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"Je nous vois encore dans l'espace glacial du gros oeuvre. Jean-Philippe et moi étions immédiatement sur la même longueur d'onde. C'était un moment de pure folie, se remémore en souriant cette export manager de 28 ans. Malgré mon jeune âge, je savais que Jean- Philippe était la bonne personne pour élever ce projet vers un niveau supérieur." La propriétaire a beau être fière de cet accomplissement, elle n'en fait pas moins preuve de discrétion. "Cet intérieur est de la haute couture, répétait sans cesse le décorateur. Et pour cause: en partant de zéro, nous l'avons construit graduellement, en sondant nos âmes respectives, ce qui a donné lieu à un univers imaginaire taillé sur mesure. Le résultat est le parfait reflet de notre personnalité." Retour en 2017. Un jeune couple - une Bruxelloise et un Gantois - rêve de construire un penthouse en ville. Leurs chances de réaliser leur objectif sont maigres. Jusqu'à ce qu'un ami architecte, Servaas Vertongen, se voie confier la rénovation d'un petit immeuble à appartements à Gand. Le bâtiment n'a rien de particulier en soi, mais la vue sur la ville et l'emplacement - sur les rives d'un affluent de la Lys et un grand parc - sont exceptionnels. "Nous avons décidé d'ajouter un volume au sixième étage, sur la plate-forme." Aujourd'hui, au départ d'un hall d'entrée minimaliste en noir et blanc, un ascenseur silencieux nous emmène vers une autre dimension. Les portes s'ouvrent lentement sur un vestibule intime rouge de Chine intense. Plusieurs types de marbre coloré forment un escalier tournant. Le contraste avec le rez-de-chaussée ne pouvait être plus grand. "Nous voulions pénétrer immédiatement dans notre univers dès la sortie de l'ascenseur. Souvent, nos invités ont l'impression de se retrouver dans un parc d'attractions. Ils ne peuvent s'empêcher d'effleurer les différentes textures et sont curieux de savoir ce qui se cache derrière le moindre recoin. Nous aussi, nous découvrons encore cet endroit, toujours avec un regard neuf." Pourtant, on ne peut pas dire que ce couple n'ait pas beaucoup voyagé. Ils ont tous les deux un travail très prenant qui implique, hors période Covid, de nombreuses nuitées dans des hôtels à l'étranger. "Cette sensation, lorsqu'on s'émerveille en arrivant dans un splendide hôtel ou restaurant, pourquoi ne pourrait-on pas l'éprouver chez soi?", s'exclame la jeune propriétaire en refermant l'une après l'autre les portes qui donnent sur le hall de nuit. Autour de nous se forme un palais en verre fumé, où le sol et les murs parés de motifs tigrés et une lumière tamisée se répètent à l'infini. Le son s'estompe, sur un doux écho de Billie Jean de Michael Jackson qui résonne depuis le salon. Tout à coup, le couloir semble mener vers un somptueux bar tokyoïte ou londonien. "Je voulais profiter de ce genre d'atmosphère chez moi aussi." Jean-Philippe Demeyer n'a pas son pareil pour combiner les motifs, couleurs et textures. Il compose des intérieurs à la manière des bouquets de fleurs sauvages qu'il agrémente d'espèces exotiques surprenantes. A aucun moment, il n'a recouru à une planche de tendances ou à un rendu numérique. "Cela s'appelle la confiance. Quand on se comprend, on peut vraiment créer des choses inouïes", ajoute la propriétaire. Afin d'injecter une âme authentique dans cette nouvelle construction, le décorateur a intégré des matériaux de récupération dans un contexte moderne. Dans la cuisine, le carrelage en céramique des années 70 provient du hall d'entrée d'un immeuble à bureaux. D'anciens éléments en bois patiné forment un puzzle sur les armoires à provisions, ornées de poignées sobres jaune éclatant. Quant à la bibliothèque orange vif, elle constitue la pièce maîtresse du living, où le sol en terre cuite belge et le monumental tapis mural contrebalancent les grandes baies vitrées encastrées. Un coup d'oeil vers le bas donne immédiatement le vertige. "Le concept de cet appartement n'aurait pas convenu à une maison de maître au centre-ville ni à une habitation quatre façades dans un quartier résidentiel. La vue revêt une importance cruciale. L'horizon est indispensable pour retenir le regard. L'équilibre entre le vide et la profusion est mince. Ça passe ou ça casse", ajoute la propriétaire. Non qu'elle qualifie son intérieur de chargé. "Pour moi, ceci est un environnement serein, zen. Aucun autre lieu ne m'offre cette quiétude. Après une journée agitée, je tamise les lumières, et mes pensées s'estompent. Depuis la baignoire ou le canapé, mes yeux se promènent sur les textures et les motifs des murs et sur la vue panoramique. Je me trouve toujours à la fois chez moi et ailleurs; dans une nouvelle ville, un pays inconnu, voire une autre planète. Cet appartement a la particularité de vous emmener vers le lieu de votre choix."