Pour leurs 30 ans, ils rêvaient d'un appartement. Tous deux nés en France et expatriés en Belgique, Betty Kafouni et Frédéric Zouag ne pouvaient toutefois imaginer poser leurs cartons ailleurs que dans le bas de Saint-Gilles... "Nous adorons ce coin cosmopolite, près du parc. Nous y avons toutes nos habitudes et nos amis. Il y a une vraie vie de quartier, malgré le fait que nous soyons dans une grande ville. Et puis, nous savions que nous pourrions y trouver quelque chose dans notre budget", résume Betty, alors que nous nous installons dans son salon, au dernier niveau d'un haut bâtiment mitoyen sans ascenseur. Avant de tomber sur la perle rare, le couple a toutefois dû visiter de nombreux logements car il voulait trouver un lieu spacieux et en friche, une page blanche pour y créer un projet à son image. "Nous sommes tombés sur cet endroit par hasard, via une amie, poursuit notre hôte. J'étais à Paris et Fred l'a visité seul. Il a fait une vidéo et nous avons fait une offre sans que je le voie en vrai. Mais comme cela faisait un an que nous cherchions et que nous avions déjà fait plus de soixante visites, nous nous sommes lancés."
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Pour leurs 30 ans, ils rêvaient d'un appartement. Tous deux nés en France et expatriés en Belgique, Betty Kafouni et Frédéric Zouag ne pouvaient toutefois imaginer poser leurs cartons ailleurs que dans le bas de Saint-Gilles... "Nous adorons ce coin cosmopolite, près du parc. Nous y avons toutes nos habitudes et nos amis. Il y a une vraie vie de quartier, malgré le fait que nous soyons dans une grande ville. Et puis, nous savions que nous pourrions y trouver quelque chose dans notre budget", résume Betty, alors que nous nous installons dans son salon, au dernier niveau d'un haut bâtiment mitoyen sans ascenseur. Avant de tomber sur la perle rare, le couple a toutefois dû visiter de nombreux logements car il voulait trouver un lieu spacieux et en friche, une page blanche pour y créer un projet à son image. "Nous sommes tombés sur cet endroit par hasard, via une amie, poursuit notre hôte. J'étais à Paris et Fred l'a visité seul. Il a fait une vidéo et nous avons fait une offre sans que je le voie en vrai. Mais comme cela faisait un an que nous cherchions et que nous avions déjà fait plus de soixante visites, nous nous sommes lancés." Deux bonnes années plus tard, le tandem a finalisé sa rénovation, il reste juste quelques détails à peaufiner. L'espace se compose de deux appartements en enfilade réunis, ce qui donne une surface intéressante, et tout, du sol au plafond, a été refait - "Nous avons cassé beaucoup de murs afin de créer des zones de vie et de nuit. Nous avons aussi installé une deuxième chambre et rajouté une estrade pour la séparer du salon." Afin de penser et superviser la transformation, les deux Français ont fait appel à Kraft Studio et à Amaury Caeyman, des amis architectes, et ont réalisé plusieurs moodboards eux-mêmes. Désirant un lieu non standardisé, le couple a également convié une série d'artisans pour son chantier. Ainsi, le parquet originel noir et blanc a été décapé, restauré et huilé par un expert travaillant pour les boutiques Bellerose, celles-ci privilégiant le bois dans leur déco. La table de salle à manger a, elle, été fabriquée par Inkutlab, un spécialiste bruxellois de la découpe de bois au laser, et s'inspire d'un meuble de Jean Prouvé pour le pied. Dans la salle de bains, que le couple a voulue "avec un petit air de Bali", la douche est fermée, de façon originale, par un tissu cousu sur mesure et qui donne l'impression d'entrer dans une cabine d'essayage. Quant à la cuisine - très vaste car les habitants adorent passer du temps aux fourneaux -, elle a été façonnée par d'anciens architectes reconvertis, l'atelier Jajrag, sur la base d'un modèle Ikea "hacké" et d'un plan de travail en pierre. Ils ont aussi installé, près de la fenêtre, une petite loggia qui se métamorphose en quasi-terrasse grâce à un châssis papillon - "Un lieu parfait pour prendre l'apéro, d'autant qu'on est à l'ouest et que le coucher de soleil est dingue." C'est également cette équipe qui a élaboré le bureau suspendu en okoumé du séjour et l'impressionnante porte de 100 kg, sur pivot, qui sépare le dressing de la salle de bains. "Personne ne voulait la fabriquer car c'était trop ambitieux. Mais eux ont accepté car c'était neuf pour eux", se réjouit Betty qui, depuis un an, a lancé son business de meubles vintage, qu'elle achète et revend via son compte Instagram, La Kasbah. Son nouveau domicile sert d'ailleurs de terrain d'expérimentation et d'exposition pour cette boutique virtuelle: "L'espace évolue en fonction de ce que je chine, je vends, je rachète... Je fonctionne beaucoup au coup de coeur, raconte Betty. Il y a aussi une part de chance. J'aime ces objets de seconde main qui ont un vécu, qui ont déjà été chez des personnes, et je trouve que la qualité est indéniablement meilleure." Ici, on repère un Wall Unit scandinave non griffé, et là un fauteuil Magistretti qu'elle doit faire recouvrir... Au-dessus de la table de salon, la suspension est "de style Louis Poulsen" et vient de chez Massive. Betty l'a achetée aux enchères sur l'appli Catawiki - "Tous les jours, il y a des ventes, c'est hypersimple, il y a plein de bon deals." Partout, sont aussi dispersés des vases, la propriétaire en étant fan. "J'aime quand ils sont sculpturaux et peuvent s'intégrer dans un univers sans fleurs, précise-t-elle. Ils apportent de la joie et de la couleur à un espace. J'en vends, j'en rachète. Je prépare même une collection personnelle en grès, en édition limitée, que je vais faire produire au Portugal l'année prochaine." Enfin, Betty et Frédéric ont choisi avec soin les oeuvres qui décorent leur home sweet home. Dans la salle à manger, une pièce sans lumière utilisée surtout le soir et peinte en bleu nuit à la chaux pour jouer la carte cosy et introvertie, on retrouve une énorme fresque de Bieke Buckinx représentant... un pain-saucisse. "Cette artiste flamande a créé dix panneaux illustrant dix hot-dogs d'enseignes existantes. Celui-ci vient de Saint-Gilles. C'est un clin d'oeil au quartier", souligne Betty qui a accroché de nombreuses affiches et dessins par-ci, par-là aux murs. L'ensemble ne fait néanmoins pas bric-à-brac, il est même plutôt épuré, car le reste de la déco est sobre - rideaux écrus, canapé beige, tapis en jonc... "Mes parents ont toujours beaucoup accumulé et les univers très chargés me stressent, résume Betty. Si nous avons envie d'une belle pièce, nous préférons économiser six mois plutôt que d'aller chez Ikea et d'avoir des trucs plic-ploc." Mission accomplie, ce premier projet est à leur image: imaginatif, sans esbroufe et fonctionnel à la fois. "C'est un véritable tremplin pour nous, conclut notre interlocutrice. Fred va reprendre des études de menuiserie et ça m'a permis de lancer La Kasbah." Et de rêver déjà au prochain projet en duo...