On dit souvent que mode et design sont liés, et à raison : d'une saison à une autre, tons et tendances se font écho ; les inspirations observées sur les podiums des défilés tapissent ensuite les pages des magazines de déco - les plus prestigieux acteurs de l'industrie textile ont d'ailleurs lancé leur propre ligne Home, il y a des années. Il demeure cependant des différences, des exceptions caractéristiques et notamment le rapport à une certaine ringardise assumée, qui frappe les Fashion Weeks depuis quelques années, portée par les très commentées collections de Gucci. Le postulat graphique est à la fois kitsch et vintage, fait de motifs fleuris surannés, lunettes à grosses montures, noeuds en pagaille et cols en dentelle, dans une palette de couleurs plutôt osée. Plus c'est ringard, plus c'est tendance. Tant d'audace décalée et de second degré ne manquent pas de diviser les foules, et quand certains se déclarent conquis par le " granny chic ", d'autres ne comprennent pas cette " mémérisation ".
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On dit souvent que mode et design sont liés, et à raison : d'une saison à une autre, tons et tendances se font écho ; les inspirations observées sur les podiums des défilés tapissent ensuite les pages des magazines de déco - les plus prestigieux acteurs de l'industrie textile ont d'ailleurs lancé leur propre ligne Home, il y a des années. Il demeure cependant des différences, des exceptions caractéristiques et notamment le rapport à une certaine ringardise assumée, qui frappe les Fashion Weeks depuis quelques années, portée par les très commentées collections de Gucci. Le postulat graphique est à la fois kitsch et vintage, fait de motifs fleuris surannés, lunettes à grosses montures, noeuds en pagaille et cols en dentelle, dans une palette de couleurs plutôt osée. Plus c'est ringard, plus c'est tendance. Tant d'audace décalée et de second degré ne manquent pas de diviser les foules, et quand certains se déclarent conquis par le " granny chic ", d'autres ne comprennent pas cette " mémérisation ".Côté déco, si l'on observe quelques analogies, qui nous reviennent par petites touches, ce n'est que rarement que l'on peut observer un total look rétro ascendant bobonne - les tendances se suivent et, souvent, se ressemblent, sans grande rupture ni surprise. Pourquoi le secteur reste-t-il si sage alors que Gucci s'éclate à revisiter le dressing de mamy ? Plusieurs éléments de réponse émergent. Déjà, ce granny chic bénéficie de la force de persuasion d'une maison mondialement connue comme Gucci, et de celle de son directeur artistique, le fantasque Alessandro Michele. De plus, notre intérieur relève de notre intimité, là où un vêtement peut se permettre de ne refléter que notre humeur du moment - et, il s'avère nettement plus facile de changer sa tenue que toute sa déco.Avant d'examiner d'autres éléments de déco qui sont déjà réhabilités, ou en passe de l'être, penchons-nous sur un cas qui s'attire invariablement les inimitiés du milieu tout entier : le fauteuil relax. Des dizaines d'années après l'arrivée des premiers modèles sur le marché, ce type d'assise reste considéré comme l'un des pires tue-l'amour par les amateurs d'aménagement d'intérieur, et ce malgré d'incomparables propriétés au niveau de l'ergonomie. Selon Frederik Delbart, qui fut amené à plancher sur de tels modèles en tant que directeur créatif de la marque Recor Home (lire par ailleurs), ce tabou est " une sorte de réflexe, hérité d'une période où il fallait choisir, parce qu'un fauteuil était soit beau, soit confortable ", résume-t-il. Et l'on admettra sans peine qu'évoquer le concept de fauteuil relax revient souvent à s'imaginer un mobilier moche et massif, truffé de mécanismes disgracieux et spécifiquement taillé pour le troisième âge, segment prêt à sacrifier l'esthétique pour la fonctionnalité. " Pour le grand public, c'est gros, c'est lourd, bref, c'est stigmatisant - même s'il y a toujours une clientèle et des tas de gens qui aiment ça. Or, de nos jours, on a le savoir-faire pour parvenir à la synthèse des deux, confort et beauté, avance Frederik Delbart. On est tous d'accord : si on te bande les yeux et qu'on t'installe dans un relax, tu vas juste penser " Waouh, je suis vraiment bien ". J'ai déjà fait le test, et tant que j'étais assis, je me disais " J'achète ". Puis, en le voyant, je suis tout de suite moins catégorique. Pourtant, un fauteuil devrait toujours remplir ses deux fonctions, statique et dynamique. Quand tu es dedans, tu dois être parfaitement bien, et quand tu le regardes, il doit te faire de l'oeil. Donc, quand j'ai briefé les designers au sujet de ce nouveau projet, je leur ai dit : " Faites-en un que j'aurais envie d'avoir ; si j'avais quelques milliers d'euros à dépenser. Débrouillez-vous pour que je choisisse celui-là et pas le Eames ", relate-t-il en citant le populaire Lounge Chair de chez Vitra.Le défi était lancé. " Il fallait déjà régler un premier problème : habituellement, le relax n'est pas assorti au salon ; c'est un design différent, qui détonne dans un intérieur. La première chose était d'uniformiser tout ça et de l'intégrer aux collections. Et si l'on veut encore aller au-delà, tout est personnalisable, au niveau des matériaux, tissus, cuirs, couleurs. " Cette personnalisation jusque dans les surpiqûres n'étonne plus personne à l'ère de la customisation et du sur-mesure. Mais alors que chaises de bureau ou sièges auto sont désormais réglables au millimètre près pour offrir une expérience la plus douillette possible, pourquoi cette noble ambition reste-t-elle absente des salons ? Pourquoi continue-t-on à imposer le même canapé à toute la famille sans faire cas des envies ou morphologies, alors que l'on s'apprête à y passer des milliers d'heures à discuter, se reposer, lire ou regarder la TV ? On trouverait presque étonnant que cette quête du confort absolu ne soit pas devenue une tendance lourde auprès des éditeurs prestigieux, qui se contentent généralement de proposer quelques fonctionnalités au niveau des appuie-tête ou des accoudoirs. Un comble, alors même que certains labels italiens collaborent avec des fabricants de supercars, comme Zanotta avec Maserati ou Poltrona Frau avec Ferrari.Grand fan de design automobile, Frederik Delbart ne manque pas de rebondir sur notre comparaison avec les habitacles de voitures : " C'est exactement ça ! J'ai visité l'usine Lamborghini, je me suis installé dans une Murcielago, tout y est électrique. J'ai examiné l'intérieur du fauteuil, et j'ai bien vu qu'il était très proche de celui d'un relax, c'est la même structure, les mêmes moteurs. Alors on a poussé notre boulot plus loin, on a questionné chaque pièce, pour essayer d'en réduire les dimensions et tout affiner, la base, le dossier, etc. " Tout est mis en oeuvre pour se débarrasser de l'encombrante image de " chaise à papy ", avec sa grosse manette à boule qui met l'engin en branle dans un concert de ressorts. Afin d'éviter les réactions épidermiques, de nombreux efforts ont donc été produits pour dissimuler toute trace de mécanique apparente. " Maintenant, on a réussi à tout cacher, on a redessiné les petits boîtiers à boutons, ainsi que leurs pictogrammes. Au départ, j'avais demandé " pas de boîtier " ; je voulais un système complètement intégré au fauteuil, qui se déclenche par geste ou par infrarouges. Mais on a réalisé qu'il nous en fallait tout de même. " Intuitif, le recours aux boutons permet de trouver sa position idéale en quelques manipulations. Recor dispose aussi de fauteuils connectés et contrôlés via une interface sur smartphone. " La technologie ne cesse d'évoluer, observe Frederik Delbart. D'ici quelques années, on verra encore plus de fauteuils ou l'on pourra travailler ou même dormir, grâce à une ergonomie soigneusement étudiée - avec notamment la position des pieds plus hauts que le coeur, pour une circulation parfaite et le moins de fatigue possible. Sans compter qu'un nombre énorme de gens ont des problèmes de dos, et ce de plus en plus jeunes - en fait n'importe qui souffre après une journée assis à son bureau. " A parler de bien-être au quotidien, on repense au monde de la mode, avec ces fashionistas qui enfilèrent des baskets pour le style, et ne peuvent désormais plus se passer de ces moelleux accessoires. Notre Designer de l'année ose même une dernière analogie : " Quand ils ont lancé les vélos électriques, même mon grand-père n'en voulait pas, il disait que c'était " un truc de vieux ". C'est lourd, c'est moche, c'est juste bon pour les mamys. Maintenant, plus personne ne penserait à dire ça. Oui, c'est un confort, mais tout le monde a droit au confort. " On en reparle d'ici quelques années.