Lorsque Hervé Van der Straeten et son mari Bruno Frisoni ont décidé de vendre leur ancien loft dans le quartier du marché d'Aligre à Paris, ils se sont mis en quête d'un endroit foncièrement différent. "Nous avions envie d'habiter un lieu qui soit une expérience que nous n'avions jamais tentée", explique le premier. Leurs recherches les ont amenés vers l'Ile Saint-Louis et un appartement de 175 m² situé à l'étage noble d'un immeuble imprégné d'histoire. Construit au milieu du XVIIe siècle, il compte parmi ses anciens résidents l'un des plus grands peintres de l'école de Barbizon, Charles-François Daubigny. Ils n'ont pas pu résister à ses belles proportions, sa hauteur sous plafond de 4,20 m, et son emplacement directement sur la Seine. "La proximité de l'eau a un charme fou", admet Hervé.
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Lorsque Hervé Van der Straeten et son mari Bruno Frisoni ont décidé de vendre leur ancien loft dans le quartier du marché d'Aligre à Paris, ils se sont mis en quête d'un endroit foncièrement différent. "Nous avions envie d'habiter un lieu qui soit une expérience que nous n'avions jamais tentée", explique le premier. Leurs recherches les ont amenés vers l'Ile Saint-Louis et un appartement de 175 m² situé à l'étage noble d'un immeuble imprégné d'histoire. Construit au milieu du XVIIe siècle, il compte parmi ses anciens résidents l'un des plus grands peintres de l'école de Barbizon, Charles-François Daubigny. Ils n'ont pas pu résister à ses belles proportions, sa hauteur sous plafond de 4,20 m, et son emplacement directement sur la Seine. "La proximité de l'eau a un charme fou", admet Hervé. Le charme justement, ils en savent quelque chose. C'est l'une des qualités qui font d'eux un couple si recherché et respecté. Doté d'une aisance naturelle, Bruno est le plus expansif des deux. Son expression artistique se déploie dans le monde de la mode et plus précisément dans la création de souliers ultraféminins et pleins de fantaisie. Ex-directeur créatif de la marque Roger Vivier - un poste qu'il a occupé pendant seize ans avant son départ en février 2018 -, il dénombre parmi ses fans les actrices Cate Blanchett, Scarlett Johansson et Jessica Alba. Quant à son époux, sous son air plus discret se cache un talent sans égal dans le domaine du design de mobilier contemporain. Il est le premier à admettre que son style n'est pas facile à résumer. Il peut passer d'un vocabulaire lyrique, avec miroirs décorés de branchages, à un registre plus géométrique, proposant des buffets rectilignes ou des bases de lampe constituées de blocs rectangulaires empilés. Néanmoins, il est possible de détecter quelques lignes de force. "Dans beaucoup de mes pièces, il y a une espèce d'intrigue visuelle, reconnaît-il. On croit que tout tient par enchantement." La qualité de l'exécution est une autre constante. "C'est incroyable, s'enthousiasme ainsi la décoratrice new-yorkaise Muriel Brandolini. Si vous retournez un de ses meubles, il est tout aussi parfait en dessous." Né en 1965 à Savigny-sur-Orge, au sud de Paris, Hervé Van der Straeten s'est initialement dirigé vers un autre secteur créatif. Alors qu'il était encore étudiant en peinture à l'Ecole des beaux-arts, il a commencé à fabriquer des bijoux à partir de chambres à air de voiture et de fils métalliques. Le succès fut immédiat. "C'était comme une espèce de tornade, se rappelle-t-il. D'un seul coup, je me suis retrouvé avec dix employés, un agent à New York, une autre à Tokyo et un attaché de presse à Londres." En 1985, Thierry Mugler a sélectionné plusieurs de ses pièces pour un défilé. Plus tard, le designer a imaginé un casque en pièces de yens pour Alexander McQueen et, pour Christian Lacroix, des colliers africains avec des dents de rhinocéros en métal doré. Il a également attiré une clientèle qui comptait dans ses rangs des personnalités telles que Demi Moore et Janet Jackson. Mais, selon lui, sa carrière de créateur de bijoux serait passagère. "C'était comme une parenthèse, insiste-t-il. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai voulu faire du mobilier et des luminaires. Adolescent, déjà, je couvrais mes carnets de dessin de lampes et de meubles." Il a ouvert son showroom parisien dans le Marais en 1998 et, six ans plus tard, a établi ses propres ateliers dans une ancienne usine de composants électroniques à Bagnolet, en banlieue. Aujourd'hui, il a sous son égide une trentaine d'employés et peut se targuer d'une clientèle de décorateurs prestigieux, comme Jacques Grange, Jean-Louis Deniot et Tony Ingrao.Pour la décoration des différentes résidences qu'il partage avec Bruno - le duo possède aussi des maisons en Bourgogne et à Tanger -, c'est Hervé qui dirige les opérations. "C'est plus logique, comme il est dans le design, remarque Bruno. Je préfère lui laisser présenter ses idées. Ensuite, les choses se font naturellement, avec beaucoup de discussions." Ici, ils ont décidé de limiter les travaux, repeignant les murs dans des tons neutres, tels un vert d'eau ou un beige rosé. "Comme nous avions pas mal de tableaux et de meubles assez expressifs, nous avons souhaité laisser parler les oeuvres, plutôt que d'adopter un parti pris de décoration très fort", explique Hervé. La seule exception est la petite chambre de maître, qu'ils ont rendue encore plus cosy avec un marron chocolat.Sans surprise, Hervé a intégré bon nombre de ses propres créations à la décoration. Parmi elles, on compte la table basse Trace dans la bibliothèque, les fauteuils Shanghai d'inspiration chinoise dans le salon, et la lampe Epines sur la cheminée de la salle à manger. "C'était assez intéressant de passer de l'autre côté de l'activité et d'agir comme un décorateur, qui pioche dans ma collection pour constituer un décor", confie-t-il. S'il y a une chose qu'il déteste, c'est la notion d'uniformité. "J'aime rapprocher des éléments a priori contradictoires, dit-il. Les contrastes apportent la musicalité à un intérieur." Ici, le mélange exquis a été concocté en partie grâce à quelques objets contemporains, comme la table basse au profil d'aile d'avion de Pierre Charpin, et à des acquisitions de design du XXe siècle originales, comme la paire de chaises Floris en fibre de verre orange, dessinées par le designer allemand Günter Beltzig en 1967. Mais les opus les plus magistraux sont sûrement les plus anciens - le bureau Régence, la console en bois doré sculpté et la commode en bois laqué, marbre et bronze datant du début du XVIIIe siècle. "Une pièce d'époque raconte d'emblée son histoire, déclare Hervé. On pense aux différents propriétaires et ça fait une espèce de supplément imaginaire. J'ai tendance à avoir un goût pour des meubles antiques avec une certaine dose de fantaisie. Il y a toujours la notion de mouvement, qu'on retrouve dans mes pièces aussi, et qui crée une sorte de fil rouge." Le même esprit d'éclectisme imprègne la collection d'art du couple, comme en témoigne la présence à la fois de Vénus et les Quatre Saisons, un tableau de l'école flamande du XVIe siècle, et d'une sculpture métallique en forme de rocher de l'artiste parisien quadragénaire Pierre Malphettes. "Nous achetons généralement assez rapidement, sans regret, raconte Bruno. C'est plus le coeur qui prime qu'une réflexion très mûrie." L'exemple parfait est le portrait de l'officier de cavalerie dans le bureau, peint par René-George Gautier en 1927, qu'il a découvert dans une vente chez Christie's et offert à Hervé pour ses 50 ans. "C'est un portrait très particulier, très élégant et en même temps très masculin, remarque Bruno. Une fois de plus, c'était une évidence." Ce qui était également clair pour les deux hommes, c'est que le passage d'un loft à un lieu plus grandiose ne devait pas transformer leur mode de vie. "L'appartement a une structure classique, mais le classique pour moi est plus un mot qui parle d'excellence et d'exception que d'ennui, déclare Bruno. On aime recevoir, mais avec un côté plus bohème chic que trop contenu." "Nous préférons faire un buffet où les gens s'installent avec une assiette sur les genoux, plutôt qu'un dîner assis", s'accorde Hervé, dont l'un des endroits préférés dans l'appartement est le lit de repos de Hans Wegner, installé dans la bibliothèque, d'où il peut observer le va-et-vient constant sur la Seine. "Ça va des hommes grenouilles à toutes sortes d'oiseaux, et même des soirées tango en été au petit café en face, s'émerveille-t-il. Avant de me poser ici, je ne m'étais jamais rendu compte qu'il y avait une activité fluviale aussi diversifiée et intense."