C'est d'abord par amour qu'Inge Watteeuw quitte la Belgique, fin des années 80. Direction le continent noir, en compagnie de son futur époux, rencontré lors d'un atelier d'architecture à Turin. "Il devait faire son service militaire, se souvient la Brugeoise d'origine. Mais il a décidé d'opter pour l'aide au développement à l'étranger. Il avait le choix entre la Thaïlande, l'île Maurice ou la Zambie et il a choisi cette dernière destination. Je l'ai accompagné avec la garantie que je pourrais continuer à bosser comme architecte d'intérieur. Je ne voulais pas abandonner mon job pour une vague occupation tropicale." Arrivée à Lusaka, Inge Watteeuw commence donc à travailler chez Lorenz and Ndilila Architects, où elle prend part à la conception d'un hôpital. "C'était une expérience formidable, raconte l'ancienne expat'. Dans notre temps libre, nous visitions les pays voisins - Congo, Zimbabwe, Tanzanie, Malawi, Namibie, Botswana... J'en rapportais à chaque fois un bel objet d'art ou utilitaire en souvenir."
...

C'est d'abord par amour qu'Inge Watteeuw quitte la Belgique, fin des années 80. Direction le continent noir, en compagnie de son futur époux, rencontré lors d'un atelier d'architecture à Turin. "Il devait faire son service militaire, se souvient la Brugeoise d'origine. Mais il a décidé d'opter pour l'aide au développement à l'étranger. Il avait le choix entre la Thaïlande, l'île Maurice ou la Zambie et il a choisi cette dernière destination. Je l'ai accompagné avec la garantie que je pourrais continuer à bosser comme architecte d'intérieur. Je ne voulais pas abandonner mon job pour une vague occupation tropicale." Arrivée à Lusaka, Inge Watteeuw commence donc à travailler chez Lorenz and Ndilila Architects, où elle prend part à la conception d'un hôpital. "C'était une expérience formidable, raconte l'ancienne expat'. Dans notre temps libre, nous visitions les pays voisins - Congo, Zimbabwe, Tanzanie, Malawi, Namibie, Botswana... J'en rapportais à chaque fois un bel objet d'art ou utilitaire en souvenir." Ce qui a commencé, il y a trente ans, avec un simple avion en bois peint s'est dès lors peu à peu transformé en une vaste collection de masques, de textiles et de petits meubles africains, avec des exceptions venues du Sri Lanka et du sud de l'Inde. "Au début des années 90, avec le développement de l'informatique, il était devenu plus intéressant pour nous, sur le plan professionnel, de revenir en Europe. Mais avant, nous avons fait un détour par l'Australie, Singapour, l'Indonésie et la Thaïlande, poursuit la conceptrice. Si mon mari avait choisi ce dernier pays comme destination initiale, je n'aurais peut-être jamais commencé cette collection. L'art africain est abstrait, rythmé, simple et chaleureux. Ce n'est que par après que j'ai compris l'attrait intuitif qu'il exerce sur moi. J'imagine les espaces de la même manière." Une fois rentrée chez elle, Inge Watteeuw dirige, pendant deux décennies, son studio d'architecture depuis Bruxelles. Mais, en 2015, le hasard la fait retourner à Bruges. "Mon mari et moi ne nous voyions pas vieillir dans la capitale. On s'est dit: "Pourquoi attendre jusque-là pour déménager?" Toutefois, hormis son orientation parfaite et la vue sur la Spinolarei, l'appartement que le couple déniche dans la Venise du Nord est à l'époque plutôt banal. Un hall de nuit sombre conduit à trois petites chambres et à deux salles de bains. Un second couloir débouche sur une cuisine fermée et une vaste salle de séjour. "Il était important à mes yeux que l'apport de lumière, tant de la façade avant qu'arrière, puisse être ressenti jusque dans le salon. C'est pourquoi j'ai décidé d'abattre le mur de la cuisine et créé, le long du feu ouvert, un passage menant à la chambre à coucher et au dressing, décrit l'architecte. De cette manière, le soleil du matin et du soir peut pénétrer profondément dans l'appartement." Pour relier la cuisine au corridor, Inge Watteeuw dessine une longue paroi en bois constituée de lattes en contreplaqué disposées de façon irrégulière et couverte d'une lasure foncée. Outre les placards de la cuisine, cette paroi cache un débarras, un vestiaire et une toilette... Elle offre par ailleurs un spectacle lumineux quotidien. "J'ai fait découper quelques lattes de la paroi pour permettre aux rayons qui entrent dans le vestiaire d'aller jusqu'au corridor. La lumière imite presque à la perfection les lignes de l'oeuvre de Luc Peire qui y est accrochée", se réjouit-elle. Cela n'a rien d'une coïncidence car chaque oeuvre et chaque meuble occupent dans cet intérieur une place réfléchie. La photo en noir et blanc du musée Sigiriya au Sri Lanka, qui surmonte le feu ouvert, répond à la vue sur le jardin des voisins où se dressent trois vieux arbres classés. Et un détail du monastère Dom Vander Laan par Friederike von Rauch dialogue avec le reflet de la fenêtre. "Partout, j'essaie de créer un lien avec le contexte. Et je me sers de la luminosité comme d'un projecteur naturel sur les éléments que je souhaite mettre en valeur. Le collectionneur britannique Jim Ede a un jour dit que la force de l'art consiste à regarder de nouveau. J'aime que mon travail contienne une certaine superposition." Malgré la rénovation intégrale, les interventions d'Inge Watteeuw témoignent, finalement, d'un grand respect pour l'histoire du bâtiment. "A mes yeux, un intérieur est réussi lorsque le visiteur ne peut pas dire où commence le neuf et où se termine l'ancien. Un ami architecte était impressionné par l'authentique plafond en bois. J'ai pris cela pour un grand compliment car ce plafond a été réalisé avec du chêne neuf, mais vieilli", s'amuse-t-elle. Le mobilier design des années 60 qui décore l'ensemble égare encore davantage les hôtes dans le temps. Tout a commencé avec une commode et une table assortie en bois de rose découvertes aux côtés d'un canapé et de deux fauteuils dans le grenier de ses parents. Au cours des années suivantes, Inge a fait le tour des marchés aux puces, des foires design et des galeries à Bruxelles et à Bruges pour compléter son aménagement. On y trouve des chaises et des fauteuils à bascule des Eames, des suspensions d'Achille Castiglioni, un pouf signé Verner Panton ou des fauteuils de Robin Day, réédités par Habitat. Un style clair se dessine: simple, parfois abstrait, composé de couleurs profondes et de matériaux authentiques. "Ici, tant ma collection que mon langage formel s'expriment au mieux. Ils se valorisent mutuellement", résume la créatrice.