La pluie pénétrait à l'intérieur, des arbres poussaient dans le caniveau et les murs étaient tous recouverts d'une épaisse couche de lierre. Rien d'insurmontable toutefois pour Nathalie Leen, qui habite aujourd'hui ce loft spacieux au coeur de Borgerhout. " Enfant, j'adorais entrer en douce dans des maisons abandonnées avec une amie. Nous vagabondions entre les débris, confie-t-elle. Je suis vraiment tombée sous le charme de cet endroit. "
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La pluie pénétrait à l'intérieur, des arbres poussaient dans le caniveau et les murs étaient tous recouverts d'une épaisse couche de lierre. Rien d'insurmontable toutefois pour Nathalie Leen, qui habite aujourd'hui ce loft spacieux au coeur de Borgerhout. " Enfant, j'adorais entrer en douce dans des maisons abandonnées avec une amie. Nous vagabondions entre les débris, confie-t-elle. Je suis vraiment tombée sous le charme de cet endroit. " Le bâtiment, qui se cache derrière une imposante porte et un vaste patio, servait auparavant d'entrepôt pour un commerce de gros spécialisé dans les livres. Les armoires de cuisine datent encore de cette époque. " C'est là que le propriétaire conservait sa comptabilité. Les portes ne ferment plus très bien et elles sont de travers. Pourtant, je n'ai jamais envisagé de les faire réparer ou rafraîchir. Elles reflètent l'âme des lieux ", raconte l'habitante. Et leur mission de conservation se poursuit, puisqu'elles sont remplies à ras bord. Pas de casseroles et d'argenterie, mais de vieux jouets d'enfants, de souvenirs et de valises. L'habitante a ainsi un grenier à sa disposition. Pour s'attaquer aux parties qu'elle consentait à rénover, Nathalie Leen a fait appel à Elke Van Goel, à la tête de son propre bureau d'architecture TENARCHITECTS depuis 2006 : " Nous nous sommes retrouvées dans le respect que nous avions pour l'esprit industriel des lieux ", explique la première. Les travaux se sont déroulés en différentes phases, pendant vingt ans. Au cours de ces deux décennies, la propriétaire, son compagnon et leurs trois enfants ont pris leurs quartiers dans le loft. " Dès que Nathalie ne trouvait pas de réponse à une question bien spécifique, elle m'appelait, se souvient Elke Van Goel. Comment dénicher un nouveau foyer à gaz qui paraisse authentique pour le salon, par exemple ? Nous l'avons volontairement imaginé avec des défauts visibles. On pourrait penser qu'un tel travail ne prend que quelques heures. Pourtant, nous avons dû recommencer à maintes reprises. Il était à chaque fois trop beau. " L'ancien monte-charge a, lui, laissé place à la salle de bains des parents, qui peuvent aujourd'hui prendre une douche sous une coupole en verre, à la belle étoile. Une idée de l'architecte, tout comme les étagères sur mesure en acajou et les imposantes portes pivotantes qui apportent encore plus de majesté à l'habitation. " En tant que propriétaires, nous étions obligés par la loi de faire réviser le monte-charge plusieurs fois par an, ajoute Nathalie Leen, pour justifier son choix, qui peut sembler un sacrilège pour certains. Il avait beau être charmant, les coûts d'entretien n'en valaient plus la peine. Nous ne pouvions plus l'utiliser sans prendre le risque d'atterrir chez les voisins. " Dans le salon, le regard est tout de suite attiré par les oeuvres de Rinus Van de Velde. " Mon compagnon ne manque presque aucun événement de la Tim Van Laere Gallery anversoise ", précise Nathalie Leen. Ce qui a parfois été une source de conflit au sein du couple. " Il voulait exposer tous ses achats alors que je recherchais une ambiance sereine et minimaliste. J'aurais préféré qu'il me propose le travail de Sergio De Beukelaer ou d'Edward Lipski. " Mais ils sont finalement arrivés à un compromis. " Les pièces qui ne plaisent qu'à un seul d'entre nous décorent la cage d'escalier ", plaisante-t-elle. Parmi leurs passions communes, Prince reste toutefois une constante, un coup de coeur musical qui date de leur rencontre à l'adolescence, tout comme le portrait de Chet Baker par Raoul Van den Boom. Et les nombreuses affiches de film qu'ils ont achetées presque compulsivement, comme celles de La Piscine et de 37,2 le Matin, longs-métrages qu'ils ont vus des dizaines de fois ensemble. Alors que les anciennes armoires de comptable sont l'âme du nid douillet de Nathalie Leen, la longue table à manger en est le coeur : " J'ai toujours rêvé d'avoir une vieille table rustique, explique la maîtresse des lieux. Les enfants étudient plus souvent là que dans leur chambre. Nous partageons tout ici, les bons comme les mauvais moments. Et ceux-ci sont immortalisés par les taches et les coups dans le bois. " A l'évocation du coin qui semble parfait pour se détendre avec un bon livre et un verre de vin, devant le feu crépitant dans la cheminée, on sent que l'on touche une corde sensible cependant - " Cette lampe rouge est un des pires achats de ma vie. Elle me dérange énormément. " L'habitante avait jeté son dévolu sur un lampadaire Arco signé Achille Castiglioni, mais le spécialiste en luminaire à qui elle avait eu recours, à l'époque, lui avait déconseillé ce choix, car cet espace méritait plus de peps et d'audace, d'après lui. Depuis cinq ans donc, cette acquisition décevante éclaire la pièce, aux côtés d'un canapé Togo de Michel Ducaroy, le tout premier achat design du couple. " Nous avons payé trop cher pour nous défaire de cet objet tout de suite. Et nous n'avons pas encore trouvé d'alternative. C'est un endroit compliqué dans la maison ", conclut Nathalie. Compliqué, certes, mais pour le moins photogénique.