"Mon premier conseil? N'ouvrez pas votre portefeuille trop vite. Au début, vos goûts changeront tellement souvent qu'il vaut mieux d'abord investir dans des livres ou des magazines sur le sujet", explique l'Anversois Boris Devis, expert pour la marque belge Goldwood et spécialiste en design contemporain d'avant-garde pour l'Everyday Gallery. "Veillez à être bien informés avant de vous lancer, sinon, vous risquez de faire de mauvaises affaires. Renseignez-vous, analysez, comparez et observez un maximum de pièces."
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"Mon premier conseil? N'ouvrez pas votre portefeuille trop vite. Au début, vos goûts changeront tellement souvent qu'il vaut mieux d'abord investir dans des livres ou des magazines sur le sujet", explique l'Anversois Boris Devis, expert pour la marque belge Goldwood et spécialiste en design contemporain d'avant-garde pour l'Everyday Gallery. "Veillez à être bien informés avant de vous lancer, sinon, vous risquez de faire de mauvaises affaires. Renseignez-vous, analysez, comparez et observez un maximum de pièces." "Achetez avec vos yeux, pas avec vos oreilles. Ne copiez pas les autres, cherchez ce que vous trouvez vous-même beau ou intéressant. Une collection doit d'abord être un autoportrait, pas une réplique de celle d'un autre", précise Alexis Vanhove, expert bruxellois, qui contribue à la conception d'une importante collection privée de mobilier des années 50 et 70 pour un client français. "Les styles reviennent périodiquement à la mode. Il y a vingt ans, ce sont les fifties qui étaient les plus prisées. Aujourd'hui, nous assistons au revival des nineties, et en tant que jeune collectionneur, j'essayerais de me concentrer sur celles-ci." Faut-il essayer d'avancer à contre-courant? Chercher ce dont personne ne veut? "C'est une stratégie, mais, pour les vrais collectionneurs, ce n'est pas facile. Acheter des pièces importantes qui ne vous plaisent pas, c'est l'affaire des spéculateurs ou des marchands. Pour moi, la collection ultime est un ensemble de belles découvertes et de coups de coeur, de moments où vous tombez amoureux d'un objet. Si vous suivez votre intuition, le résultat sera personnel. Même si la plupart des collections sont alimentées par le réseau que vous vous construisez avec des vendeurs spécialisés." "Si vous voulez acheter du design contemporain, n'oubliez pas de visiter l'exposition de fin d'études de la Designacademie d'Eindhoven, dont la formation affiche les oeuvres les plus radicales. Cherchez quelque chose d'intéressant, ne vous contentez pas de ce que vous trouvez beau. Optez pour du design pertinent ou inédit pour la société de son époque. Sélectionnez d'abord des pièces innovantes en termes de matériaux et d'impact sur l'environnement. Je n'achèterais pas de design décoratif ou néo-vintage, qui se base trop sur les formes et les traditions d'antan", explique Boris Devis. Le critère principal du spécialiste berlinois Ulrich Fiedler va dans le même sens: "Je recherche toujours des pièces qui étaient en avance sur leur temps." Marc Hotermans, l'un des collectionneurs de design les plus respectés d'Europe, suit aussi la même devise depuis cinquante ans. "Le fil rouge de ma collection est la quête des racines du modernisme. Les nouveaux matériaux mènent à de nouvelles formes: pour moi, c'est ça le moteur de l'histoire du design. La technique de Michael Thonet pour courber le bois a entraîné une vraie révolution. Sans le polyester, nous ne parlerions plus d'Eames aujourd'hui", déclare-t-il. En tant que restaurateur de mobilier, Marc Hotermans a contribué en toute discrétion aux collections du Centre Pompidou, du Musée d'Orsay, du Vitra Design Museum et du Design Museum Gent. "Etre collectionneur requiert de nombreuses connaissances, mais aussi un bon oeil et une mémoire photographique. Et il vous faudra des livres, évidemment, mais ils ne doivent pas particulièrement être chers. 1000 Chairs des éditions Taschen est un outil fantastique." "Avant d'acheter un objet, demandez-vous si vous l'avez déjà vu auparavant. Ressemble-t-il à une création plus ancienne? Est-ce une réédition ou un original? Entourez-vous de collectionneurs et d'experts, ils s'y connaissent et pourront vous aider dans votre recherche, explique Dries Vanlandschoote, marchand d'art à Bruges. Vérifiez également l'état de l'objet et renseignez-vous sur ses matériaux. Quel bois a été utilisé? Quelles vis? C'est à ces détails que vous saurez s'il s'agit d'une contrefaçon ou non. Retenez bien ce conseil: plus un objet original est complexe, plus il sera difficile de le copier. N'achetez pas non plus les choses autour desquelles on fait tout un foin. Les prix astronomiques doivent vous alerter. Prenez les créations historiques de Pierre Jeanneret: même les pièces les plus courantes se vendent maintenant à des prix exorbitants, sur un marché qui foisonne d'imitations et de rééditions. Si vous avez 30.000 euros à dépenser, investissez dans autre chose." Pas besoin d'être riche pour démarrer une collection, selon l'architecte d'intérieur gantois Pieterjan. "J'ai commencé à acheter des objets design quand j'avais 14 ans. J'avais très peu d'argent, donc je fouinais dans les marchés aux puces et les magasins de seconde main. J'aimais beaucoup le style Space Age des seventies, avec sa couleur orange rétro très reconnaissable. Quand j'ai découvert la collection design de Philippe Decelle, tout en plastique, je n'avais plus qu'une idée en tête: acquérir au moins une pièce de chaque page de son catalogue. Il y a vingt ans, j'ai vendu tous mes trucs orange et, avec les bénéfices, je me suis spécialisé dans le design italien des années 60 et 70. Mes critères sont devenus de plus en plus précis en termes de créateur, producteur, marque et édition. On pourrait croire que je dispose d'un budget infini, mais je finance ma collection avec ma collection. Je vends des pièces pour pouvoir en acheter d'autres. Ainsi, j'évite aussi de transformer ma maison en musée. Ma devise: je ne veux rien de laid chez moi. Si vous achetez un bête éplucheur de pommes de terre chez Blokker, vous le garderez des années. Autant en acheter un qui est un peu plus cher, mais dont la vue vous satisfera tous les jours." "N'utilisez pas Internet comme l'encyclopédie du design. De nombreuses fausses informations y pullulent, comme des créations associées au mauvais designer. Les catalogues des maisons de vente aux enchères, elles aussi, contiennent parfois des erreurs. Vérifiez toujours en vous référant à des livres pertinents", précise Dries Vanlandschoote. Même son de cloche chez Alexis Vanhove: "Tout le monde se considère expert en design grâce au Web. Mais c'est comme se faire son propre diagnostic via Google. Mon conseil: éteignez votre ordinateur, sortez de votre bureau et affûtez votre regard en observant le plus possible de créations. Ne faites pas attention aux prix que vous trouvez en ligne. Certains sites comme Pamono ou 1stDibs demandent une commission tellement élevée aux vendeurs que le tarif est parfois aussi exorbitant que tronqué. Vous comparez alors des pommes et des poires." Plutôt perfectionniste? Faites comme le marchand et collectionneur bruxellois Jimmy Beyens: sélectionnez quelques designers qui vous parlent en matière de style et d'idées. Informez-vous bien sur leurs oeuvres et productions, puis dirigez-vous vers leurs créations. "J'aime collectionner en profondeur. A 20 ans, j'ai commencé à acheter des couverts signés Arne Jacobsen. En cinq ans, j'avais acquis un millier de pièces: assez pour les revendre en lots. Depuis quelques années, je me spécialise dans l'oeuvre du créateur suédois Pierre Forssell. C'est aussi devenu une obsession. Récemment, j'ai également jeté mon dévolu sur le Suisse Willy Guhl, connu pour son mobilier et ses pots de fleurs en Eternit. Une fois que ma collection est cohérente, je la propose sur le marché. Néanmoins, à côté de cela, je conseille toujours aux gens d'utiliser leurs objets au quotidien. Pourquoi acheter une chaise si c'est uniquement pour l'admirer? Une création design n'est pas une pièce d'art à accrocher au mur. Il faut s'en emparer, par respect pour le designer."