Quelle était votre ambition avec cette exposition ?

L'idée, c'était de proposer un panorama de l'architecture d'intérieur sur une période d'à peu près cent ans, et de mettre en avant les différents métiers qui entrent en jeu. Le principe même d'architecture d'intérieur est une spécialité belge, il n'existe pas dans les autres pays, où l'on parle plutôt de décorateur.

Quelle est la différence entre les deux ?

Selon la version historique, le décorateur, c'est celui qui va poser les surfaces, le papier peint, les moulures, les rosaces, etc. Ensuite, dans les années 20, vient l'ensemblier, qui va composer et utiliser ses propres créations, mais aussi celles d'autres artisans. Enfin vient l'architecte d'intérieur, qui est une sorte d'ensemblier amélioré, doté d'une vision plus architecturale - son métier vient de l'architecture, c'est l'aboutissement de l'architecture dans le détail. Alors que le décoratif, lui, viendra des arts décoratifs. A l'heure actuelle, un décorateur aura un bagage culturel, au sujet des styles qui composent l'histoire de l'art, qu'un architecte d'intérieur n'aura pas, étant plus préoccupé par la fonctionnalité des choses, les circulations, la spacialité...

La discipline est finalement assez récente...

Le premier cours d'architecture d'intérieur fut donné à Anvers en 1946. Et ça a même fait tout une histoire, il y a même eu un procès intenté par l'Ordre des Architectes, qui refusait que le terme " architecte " figure sur un diplôme autre que le leur. Personnellement, je préfère le terme "designer d'intérieur ", comme en anglais, je me sens plus proche des métiers de la conception et du design que de l'aboutissement d'une architecture.

Vous êtes à la fois curateur et scénographe de l'exposition ?

Oui, ce n'est pas la première fois que j'endosse les deux rôles, ça me permet de développer un sujet, de monter un projet global. Le point de départ était l'univers du chantier, dont on a repris les codes, avec des matériaux bruts, des structures apparentes, et auquel on a ajouté l'idée de déconstruction: le parcours débute avec un intérieur construit, qui se décompose progressivement, jusqu'à terminer sur le plan, tracé au sol.

Le dernier chapitre est d'ailleurs consacré à Instagram...

Oui, ce sont des extraits de mon fil. C'est une façon d'exprimer l'importance, ou au moins l'influence, d'Instagram et des réseaux sociaux en général sur les intérieurs. Dans mon travail, je m'en rends compte parce que des gens viennent me trouver et me disent " Je veux ça ". Et c'est souvent les mêmes choses qui reviennent. Je trouve que c'est un outil intéressant, qu'il ne faut pas négliger, mais qui présente évidemment le risque de standardisation du goût. En tant qu'outil de diffusion, ça complète la boucle entamée en début d'expo avec les magazines.

Spaces - Interior design evolution, jusqu'au 3 novembre au ADAM - Brussels Design Museum