Quand Jean-Claude Jacquemart débarque dans une habitation, en vue de la réaménager, il ne lui faut généralement pas longtemps pour avoir ce qu'il appelle "une vision". "Si rien ne me vient, c'est qu'il ne se passera jamais rien entre moi et ce lieu. Il faut que je ressente quelque chose, explique-t-il. Je suis conscient qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et, de mon côté aussi, il y a des gens qui me parlent et d'autres pas. S'il s'agit simplement de décorer une maison "pouvoir", comme j'appelle ces logements qui ne servent qu'à démontrer la puissance de leur propriétaire, cela ne m'intéresse absolument pas."
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Quand Jean-Claude Jacquemart débarque dans une habitation, en vue de la réaménager, il ne lui faut généralement pas longtemps pour avoir ce qu'il appelle "une vision". "Si rien ne me vient, c'est qu'il ne se passera jamais rien entre moi et ce lieu. Il faut que je ressente quelque chose, explique-t-il. Je suis conscient qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et, de mon côté aussi, il y a des gens qui me parlent et d'autres pas. S'il s'agit simplement de décorer une maison "pouvoir", comme j'appelle ces logements qui ne servent qu'à démontrer la puissance de leur propriétaire, cela ne m'intéresse absolument pas." Pour ce projet situé non loin de Bruxelles, le courant passa immédiatement entre le créateur et sa cliente, qu'il connaissait déjà de longue date. Avant même de toucher au mobilier, l'homme la convainquit d'ouvrir davantage sur le jardin ce bâtiment aux allures de villa néo-palladienne, grâce à de larges baies vitrées. "La lumière est hyper importante dans une demeure, dit-il. Soit on prend le parti de vraiment tout fermer, soit on laisse entrer le soleil à flots pour faire respirer l'espace. Il n'y a pas de demi-mesure." La porte d'entrée fut également remplacée par une sculpture en billes de chêne sur deux niveaux, réalisée sur place, par l'artiste français né à Bruxelles Nicolas Alquin. Lorsqu'on est dans la chambre d'amis, à l'étage, on perçoit d'ailleurs cette oeuvre qui joue les claustras et filtre élégamment la lumière. Côté teintes et matières, on retrouve essentiellement des tons chauds mais avec une volonté d'alterner éléments plus précieux, voire bourgeois, et détails davantage bruts, à tendance ethnique par touches: "Je n'aime pas les choses trop bien assorties, ni la prédominance de tons gris comme on le voit beaucoup dans les intérieurs contemporains, complète Jean-Claude Jacquemart. C'est une couleur un peu trop belge." Vint ensuite le moment de mettre en musique les meubles et objets pour créer un tout cohérent, et moins classique, dans cet intérieur alors très axé sur le XIXe siècle. Une mission compliquée car aux biens déjà en possession de la maîtresse des lieux s'ajoutèrent des acquisitions faites en cours de route, comme cette immense bibliothèque en noyer qui trône dans le salon et où Jean-Claude Jacquemart a placé chaque livre ou bibelot de manière réfléchie. Désormais, des antiquités datant du XVIIIe voisinent des éléments beaucoup plus modernes comme ces fauteuils Wire violet de Warren Platner qui ne séduisaient pas vraiment les occupants au départ, mais qu'ils adorent aujourd'hui. "Il faut avoir des audaces par rapport aux clients, leur faire découvrir d'autres univers, souligne le spécialiste. Mais en parallèle, ils m'apportent eux aussi beaucoup. Il y a un véritable échange et c'est ce qui est passionnant." Pour éviter toutefois que cette vaste collection n'étouffe l'habitat par sa densité, le décorateur a appliqué une théorie que l'on retrouve également dans la scénographie de sa boutique ixelloise, celle d'alterner des parties très chargées et d'autres plus vides, pour créer des respirations. Dans cette même optique, il a mis en scène, notamment dans la cage d'escalier, plusieurs tableaux ou photos placés presque bord à bord en une sorte de mosaïque - une composition "touche à touche", comme il l'appelle -, ce qui donne des murs chargés, contrebalancés par d'autres plus dépouillés. Aujourd'hui, le projet a encore évolué, la propriétaire ayant décidé de revenir en ces murs après les avoir quittés un temps. "C'est quelqu'un qui achète beaucoup de choses et à chaque fois, il faut faire de la place pour les nouveaux venus et repenser l'ensemble, résume le Bruxellois. Dans mes projets, j'imagine toujours les meubles comme une famille d'objets et je me demande s'ils vont s'entendre avec le petit nouveau... Mais ce sont toutes ces contraintes qui font la qualité du résultat. Pour moi, les plus belles réalisations ne sont pas celles où l'on reçoit carte blanche. Avoir une liberté totale est ennuyeux car il n'y a pas d'échanges. Le dialogue est la clé de la réussite."