Ils cherchaient un endroit où vivre à deux, où Anna Lehmusniemi pourrait travailler à la création de ses sacs NO/AN, souvent oversize, toujours minimalistes, et où ils pourraient aussi inviter leurs amis et leur famille venue de Finlande ou de France. Ils le préféraient casco, vide de tout, car ils savaient ce qu'ils voulaient. Alors quand ils sont tombés sur ce bel-étage d'une ancestrale maison bruxelloise début de siècle, qui avait des airs de chantier ravagé, mis à part les moulures au plafond, ils n'ont pas hésité. Rien ne leur a fait peur: ni le délabrement de ce "bunker complètement détruit", ni la cave au sol en terre battue qui servait de pigeonnier sauvage.
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Ils cherchaient un endroit où vivre à deux, où Anna Lehmusniemi pourrait travailler à la création de ses sacs NO/AN, souvent oversize, toujours minimalistes, et où ils pourraient aussi inviter leurs amis et leur famille venue de Finlande ou de France. Ils le préféraient casco, vide de tout, car ils savaient ce qu'ils voulaient. Alors quand ils sont tombés sur ce bel-étage d'une ancestrale maison bruxelloise début de siècle, qui avait des airs de chantier ravagé, mis à part les moulures au plafond, ils n'ont pas hésité. Rien ne leur a fait peur: ni le délabrement de ce "bunker complètement détruit", ni la cave au sol en terre battue qui servait de pigeonnier sauvage. Très vite, Anna et Simon se rendent compte qu'ils doivent se faire épauler pour repenser la circulation de ce qui sera leur duplex. Ils font alors appel à Hylé, "un jeune bureau d'architectes qui sortent de La Cambre. C'est un duo franco-belge hyper complémentaire... They think outside of the box!" La précision est d'Anna Lehmusniemi, qui jongle avec plusieurs langues, le finnois par son père, le suédois par sa mère, l'anglais pour sa praticité, le français parce qu'elle vit en Belgique avec Simon depuis 2012 - l'amour fait voyager et parfois s'enraciner. Le (très) gros chantier débute en mars 2019, après "des discussions sans fin sur les détails" avec les concepteurs - "Les pauvres, ils nous arrivaient de terminer nos réunions à 1 heure du matin. Ils ont été patients..." Cinq mois plus tard, ils emménagent dans le petit studio de 20 m2 qui servira de chambre d'amis et plus tard, sans doute, d'espace ado. Car entre-temps, surprise, Aino est née, il leur faut désormais repenser leur lieu de vie, ajouter une extension dans la cour-puits de lumière, ce sera pour plus tard. Pour l'heure, ils doivent encore fignoler quelques détails, trouver le juste canapé et peindre les portes de l'armoire en meranti de l'atelier/showroom. Il est le sas d'entrée du duplex, 40 m2 et deux pièces en enfilade à ce bel-étage typique de l'architecture 1900, qui a donné son visage à la capitale. Au sol, le bois court sur toute la longueur, sans interruption: de larges planches de douglas traitées avec un "white soap" unifient et agrandissent l'espace. "Ce bois vieillira bien. C'est une marque danoise, Dinesen, dont on est tombés amoureux en faisant nos recherches. C'était difficile de décider sur échantillon, alors pour nous rassurer et en avoir le coeur net, on a été jusqu'à Copenhague visiter le showroom, c'est d'une beauté à tomber par terre." Le jour entre à flots par la grande fenêtre qui donne sur un balcon en fer forgé et sur la courette à l'étage inférieur - bientôt, le mur en sera végétalisé, c'est la prochaine étape de cette rénovation pensée au millimètre près. A l'image du claustra en douglas qui dissimule la porte d'entrée et celle qui donne sur le petit studio ingénieusement conçu avec kitchenette, lit, douche et vue sur le puits de lumière. Pour pénétrer dans l'espace intime et familial, en sous-sol, on emprunte l'escalier, trois marches recouvertes de douglas suivies d'autres en béton brut. Il donne véritablement sur un élément de rangement de la même matière, lequel fait miroir à deux autres éléments, de service et de cuisine, avec la Rolls-Royce des pianos de cuisson, un Lacanche, qu'il a fallu faire entrer ici à l'aide d'une grue - quand on aime cuisiner, on ne compte pas. "Nous avons vraiment cherché le compromis entre la fonctionnalité, le côté industriel et un supplément d'âme. Il n'y avait rien ici, juste une cave et un mur, on a uniquement gardé la poutre de soutènement et on l'a peinte en noir." Il a fallu creuser la terre pour avoir une hauteur sous plafond de 2,50 mètres, couler une dalle de béton, y inclure un chauffage par le sol et poser du chêne - signé Dinesen aussi, "brut, avec des craquelures et tous les détails de menuiserie dedans, les papillons pour solidifier le bois. On avait vu ce sol au Noma, à Copenhague, on l'aimait, il donne du caractère." Autour de la grande table conviviale - qui fut le premier meuble acheté ensemble chez Via Antica, rue Blaes, et qui a tout l'air d'avoir servi de table de travail à un boulanger, ils ont placé les chaises CH20 de Hans Wegner pour Carl Hansen, "ergonomiques et confortables". Les portes en meranti huilé, le service finnois Iittala, la céramique d'Alyssia Belloso et la chaise Tripp Trapp d'Anio prouvent avec élégance que ce jeune couple privilégie le less is more, les formes et les matières racées et intemporelles. "On essaie de se limiter à l'essentiel." Pareil dans la suite parentale qui se termine par une salle de bains minérale, avec douche en poudre de pierre mélangée à de la résine et à des pigments, c'est l'oeuvre d'Atelier Muku, créé par l'artiste Olga Maldonado, par ailleurs mère de Simon - bon sang ne saurait mentir. "On a rénové ce lieu de tout notre coeur", disent-ils en choeur tandis que, en tanguant, la petite Aino fait ses tout premiers pas sur le plancher doux.